‹ Traité des maladies du cœur et de l'aorteChapitre 58 sur 121 · DE LA DÉGÉNÉRESCENCE GRAISSE08E DU GCBOR · texte numérisé non relu

DE LA DÉGÉNÉRESCENCE GRAISSE08E DU GCBOR

Iricule; le cœur, flasque et ramolli, était couvert d*une épaisse couche de graisse, sans qu'il y eût cependant dégénérescence graisseuse com* plète. L'aorte présentait plusieurs taches athéromateuses.

Chez ce malade, le second bruit était normal, et il n'y avait pas de reflux du sang dans le ventricule; les valvules, assez malades pour produire un bruit au premier tonps, fermaient complètement, et le second temps n'était pas altéré.

Obs. XXXIII. — Attaques pieudo^apopUctiques répétées^ sans paralysie consécutive; pouls fen/, accompagné d^un murmuré vahulaire qui se propage dans Vciorte.

Edmond Butler, âgé de soixante-huit ans, est admis à l'hôpital de Mealh, le 9 février 18 A(5.

Il raconte que sa santé avait toujours été bonne, lorsqu'il y a trois ans il fut pris subitement d'une défaillance pendant laquelle il sertit tombé si on ne l'eût soutenu. Cet accident se répéta ft plusieurs reprises dans la journée, sans qu'il fût suivi de rien de ficheux. Depuis lors, les mêmes phénomènes se sont renouvelés ft des intervalles assez rapprochés, en tout, plus d'une cinquantaine de fois. Il n'y a rien de périodique dans leur invasion, ni de régulier dans leur intensité ; ces attaques étant tantôt plus faibles, tantôt plus fortes ei plus prolongées. Elles ne sont provoquées par aucune des conditions qui ralentissent ou qui accélèrent les mouvements du cœur, un eSbrt brusque, par exemple la distension de l'estomac ou la constipation* Le malade est à peine averti de l'approche d'une attaque; il sent, dit-il, un poids d'abord dans l'estomac, puis dans le côté droit du cou, puis dans la tète; là, il fait explosion et disparaît avec un grand bruit ressemblant au tonnerre^ en laissant le malade en proie à la stupeur; souvent il y a en même temps une sensation de batte* ments précipités du cœur. Pendant l'attaque, il n*y a ni convulsioUi ni écume à la bouche, mais Butler s'est quelquefois mordu la langue* La durée de la syncope dépasse rarement quatre à cinq minutes ; souvent elle est encore moins longue, mais pendant toute sa durée rinsensibilité est complète. Jamais ces attaques n'ont été suivies d'accidents ni de rien qui ressemble à de la paralysie. La dernière eut lieu un mois avant l'entrée à Thôpital. On ne lui a jamais dit qu'il y eut quelque chose de particulier au pouls ni au cœur. Au

débuf, les spiritueux semblaient être le médicament le plus propre poor faire cesser la syncope ou pour la prévenir ; depuis quelque temps, on ne les a plus employés.

A son entrée, le malade est maigre et hftye, on retrouve cependant en loi les restes d'une belle constitution. Il est toujours à demi aeoupi, mais sitôt qu'on lui parle, il reprend complètement sa vivacité el toute son intelligence.

Butler ne se plaint pas de sa santé générale ; l'appétit est bon, ainsi que le sommeil ; les fonctions digestives et urinaires s'accomplissent régulièrement. Cependant il y a un peu de toux et d'expectoration muqueuse. L'intelligence est intacte. Le malade éprouve des frissons dans tout le corps ; il prétend n'avoir jamais chaud, à moins ée se placer tout près du feu. Cette particularité existe depuis longtemps déjà; chaque jour, dans l'après-midi le plus ordinairement, il se produit un frisson suivi de chaleur à la peau, mais sans transpi* ntion.

A la percussion, la poitrine est partout sonore; le murmure respiratoire est fort, et s'accompagne, principalement en arrière, de gros r^lesrouqueux. L'impulsion cardiaque est extrêmement lente, obscure, et prolongée ; elle donne la sensation d'une contraction faible et lente en même temps. Le premier bruit s'accompagne d'un murnure doux , se prolongeant jusqu'au commencement du second temps qu'on entend très-distinctement le long du sternum, et jusque dans les artères carotides. Le second bruit est également modifié quoique plus légèrement, el cette altération se perçoit mieux à certains battements qu'à d'autres. Le pouls bal 28 fois à la minute, il est prolongé et lent; les pulsations artérielles sont visibles dans tout le corps, mais sans bruit anormal. Les artères paraissent être dans un état de distension permanente ; les ramifications des temporales sar le crâne apparaissent en relief comme sur un sujet bien injecté. Tous les autres viscères sont dans un état parfait d'intégrité. L'urine n'est ni acide, ni alcaline ; elle est claire et limpide, d'une densité de l,010y et ne précipite pas par l'acide nitrique.

On prescrit du vin et un liniment en onction sur l'épaule.

17 février. — Le pouls a oscillé entre 28 et 30 pulsations par minute ; les murmures cardiaques n'ont pas varié, celui du premier temps s'entend très-bien dans la région supérieure du thorax, mais surtout le long de l'aorte.

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La santé génénile e$l devenue bien meîileore en apparence, depuis le séjour â rhôpiial. Le malade se lève chaque jour et reprend tes forces de plus en plus. L'épaule esl preMpie guérie (1). Depuis sott entrée à Thôpital, Butler a eo deni menaces d'attaque, toutes den pendant le séjour an lit, el loiifet éemx oni été évitée$ par la monmiiTrf iuivamie. Aussiiéi f «e le malade re$$ent les premiere $ymp§&mt$ de VaccèSy il se retourne rapidement et se place iur $e$ mains éf ses genou JTy en tenant sa Me en bas; par ce moyen il fait souvent cesser wê état qui autremmU se serait terminé par un accès.

Nous remarquons ce jour-là, en auscultant attentivement le cœuTi qu'il y a de temps à autre des demi-battements entre les contractions régulières. Ils sont très-faibles, sans impulsion, et correspondent à un pbénoibène pulsatif analogue au pouls. Le pouls atteint le chiffre de 56 pulsations à la minute, les battements réguliers sont au nombre de 28, ce qui donnait 8 demi- battements par minute ; ces phénomènes sont très-peu distincts.

18 février. — Le malade se plaint de palpitations et d'un sentiment de malaise dans la région du cœur ; l'impulsion est pins forte et se compose de deux pulsations distinctes. Le murmure systolique esl un peu plus fort qu^auparavant. En écoutant attentivement, on entend de temps à autre comme des tentatives de contraction qui avortent quatre fois environ par minute. Ces bruits incomplets n'allèrent point les intervalles qui séparent les bruits normaux du cœur. Ils paraisao^ remplir cet intervalle. Il n'existe pas d'état correspondant du poubi qui bal 32 fois à la minute.

Trois mois après, le malade rentre à l'hôpital. Les phénomènes ca^ disques sont les mômes, mais un nouveau sjmplôme s'est monirét savoir, une pulsation remarquable de la veine jugulaire droite, et qui devient évidente, surtout quand le malade est couché. Il est diiSdIe de compter les pulsations réflexes, mais leur nombre est au moim double des contractions ventriculaires. Chaque troisième nulsatioB est forte, subite, et appréciable à la vue. Les autres sont moins distinctes et quelques unes sont très-fnibies ; ses dernières correspond dent sans doute aux contractions imparfaites du cœur, dont nous avons parlé. Le cou du malade est très-curieux à observer; jamais je n'avais vu jusque-là des pulsations veineuses semblables.

^4^ Dan* lo texte, il cM question ici pour la lurniiiTC fois «l'une aflcction 6e '. Celto circonstance a dû être oinisic dans 1 abrégé de robs<*rTfttioQ. (ff . S.)

Depuis sa sortie, ce malade a eu i peine quelques-unes des attacardiaques auxquelles il était siget; il rapporte les sensations pfémonitoires à la région sus-claviculaire droite. Elles se sont reprodulee souvent sans être suivies de perte de connaissance* -

L'étude clinique de la maladie graisseuse du coeur permet d'en distiaguer deux espèces. Dans Tune, Talteration a atteint différents degrés de développement, mais des organes, autres que le cœur, semblent être affectés à un degré plus élevé. Dans l'autre, l'affection cardiaque constitue la lésion principale, et la santé générale est bonne. Quelques cas de la première espèce offrent des symptômes qui peuvent mettre sur la voie de Tallération cardiaque, mais souvent on ne reconnait celle-ci qu'à Taulopsie, et encore est-il quelquefois besoin d'un eiamen microscopique. Les mémoires du docteur Ormerod et du docteur Quain contiennent des faits de celte espèce, et démontrent que dans beaucoup de maladies chroniques, Taltération graisseuse du cœur peut exister et faire des progrès, sans qu'on en soupçonne l'existence.

Ainsi l'état morbide dont il s'agit peut se montrer dans la phthisie, dans les affections chroniques du foie et des reins, dans les affections de la prostate, le rhumatisme chronique, et dans différents états pathologiques appartenant à la goutte. Dans d'autres cas encore, il te produit à uu degré assez peu marqué, pour ne point éveiller Tat- , tention du praticien. Telle est, sans doute, la cause de la mort rapide de tant de malades atteints d^affections chroniques variées, lorsqu'ils sont soumis à un régime sévère ou à une médication débilitante. D est peut-être plus important, dans ce cas, de reconnaître la maladie que lorsqu'elle est manifeste, et, pour ainsi dire, isolée.

Nous devons la connaissance de ce fait clinique important, et les ftils plus remarquables qui en aient été rapportés, au docteur OrflMrod, dont le mémoire a une grande valeur (1), en ce qui concerne

{ïf OOicrvationi sur i' histoire ciinique et In pathologie d* une forme de dégi^ mirtncencr y rail f ruse au cœur (London médical Goiette, roi. IX, p. 789).

Les rcclicri-licf lic^ docteurs Paget, Ormerod et Qnain, de Hatsa, et d'ontref tiuit<iin«i-patti<dogi«lc>S; iiou> ont appris à lUïniiaitro les* idtérations microscopiifacif de celiv ulTeclioii. Im (Ie5criptinn qu'en donne le docteur Ormerod nous a semblé U |>tu# t^Uicinctc ; vWv donne une idee trè<<-netto de la maladie ; nouf 1« cite« roii:* in :

• A 1 œil nu, dit le docteur Ormerod, le tissu nmsculairc du cœur tala offre àe* laractères qui le diflinfruent du tinMt musculaire ordinaire } il atl

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l*hi$toîre de la maladie et son analomie microscopique. Il a démon* tré qa*on ne peut guère afiBrmer, sans le secours du microscope, qw le cœur soit complètement exempt d'altération graisseuse ; à côté dos cas où la maladie est bien développée sous sa forme la plus évidente, il a rapporté des exemples d'affection graisseuse du cœur à des degrés variables, dans les maladies suivantes : le delirium irememt la paraplégie, l'hydropisie, l'hydrothorax, la bronchite, le marasme, l'épistaxb, l'hémorrhagie par insertion anormale du placenta, la phthisie aiguë et chronique, les maladies valvulaires, l'eDcéphaloîde du péricarde, les maladies rénales, les pneumonies, Tapoplexie et les flèvres. Le pralicien doit prendre note de tous ces faits ; en effet, l'état graisseux du cœur n'est pas le point de départ de toutes ces maladies, pas plus qu'il n'en est une conséquence. C'est une complication sérieuse, commune et souvent latente des maladies chro-

pactc et plus homogène, et n'est point divisé en faisceaux comme les fibres dcf muscles. A i*;iidc du microscope, on constate également quelques difTérences tranchées : les stries transversales sont moins marquées, et les fibres ont vie apparence granuleuse singulière. Il est important de signaler tout d*abord cette différence physiologique, car le travail de la dégénérescence graisseuse qui le préparc a pour premier effet de faire disparaître la continuité des stries transfersales et d'augmenter l'aspect granuleux des fibres.

Tel est le premier pas de la dégénérescence graisseuse : inappréciable à VéSi nu, il passerait inaperçu, à moins que les symptômes ou des modifications générales dans l'état du cœur n'attirent notre attention sur cet organe. Ces modificfttions consistent dans la diminution du volume, la pâleur et la flaccidité du coev, dont on compare avec juste raison la couleur à celle des feuilles mortes, et qij donne au tact la même sensation qu'un gant de peau mouillée. Ce ne sont pai cependant les signes que nous venons d'énumérer qui éveiUent rattention de l'observateur sur les altérations des tissus cardiaques ; il en est de betncoup pte manifestes.

Lorsqu'on ouvre un cœur atteint de dégénérescence graisseuse, rintériev ém ventricule est parsemé de taches jaunâtres et d'une forme singulière en ligiif. La même disposition peut exister nu-dessous du ptTicnrde, et dans les cas extrêmes on le retrouve dans toute l'épaisseur des parois du cœur et des colonnes charnues. Les muscles papillaires surtout semblent être sujets à cette altération. Existe-t-eUn également dans les parois des oreillettes? En tous cas, je ne l'y ai jamais rencontrée.

I/examen microscopique nous révèle la nature de ces taches : elles ne sont pas constituées par un trn\ail de déposition, mais bien par la dégénérescence des fibres musculaires elles-mêmes. Chaque fibrille musculaire a conservé wt contours. Mais, au lieu des stries transversales et des noyaux, indices dune *î*-"*é active, ou ne retrouve presque plus que des amas de globules bui-

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