TRAITEMENT DES MALADIES ORGANIQUES DU CCWR
cœur. Les uns déclarent que cet organe est parfaitement sain, Im autres qu'il est arrivé à un état d'altération très-avancé. La raiacw de ces dissidences est dans le moment où Texamen a été fait : un cas, le malade était dans une période de repos ; dans l'autre. Ta cultation a été pratiquée au moment de Taccès. Il est peu dout^u que la répétition fréquente d*une irrégularité prolongée de Torgane cardiaque ne produise à la longue une maladie organique. Cependini j'ai observé tout dernièrement un malade chez lequel se rencontraient depuis plusieurs années les alternatives dont il vient d*étre queslioo. Après un traitement mercuriel, le cœur fonctionnait si réguliùremeRl et présentait des phénomènes si naturels, qu'il était difficile de croire qu'on eût sous les yeux l'individu observé quelques jours auparavant.
Chez ce malade il existait une tumeur du foie permanente, et aa moment de la recrudescence des s)mpl6mes cardiaques, cet organe devenait très-sensible à la pression. Il n'; eut jamais cependant m ictère, ni fièvre inflammatoire.
Ce fait peut servir de passage aux exemples, beaucoup plus coah munsy d'affaiblissement du cœur que l'on traite si avantageusénaat par le mercure. Voici les conditions qu'on rencontre le plus ordinairement dans ce cas :
1^ Les malades sont en général avancés en âge ; presque tous ont cinquante à soixante-dix ans.
2'' Ils sont, primitivement, doués d'une constitution saine al vigoureuse.
3*" Ils sont sujets à la goutte, et cette maladie, après s'être montrée, pendant longtemps, sous sa forme régulière, se larve, ou devient irrigulière.
à"" Ils sont siyets à la bronchite, et celle-ci peut, au moment dai exacerbations, s'aggraver au point de simuler le catarrhe suffocant.
5** Le foie est hypertrophié d'une façon permanente et cependant la jaunisse manque souvent. La tumeur hépatique est babituelleineRt indolente, et les veines épigastriqucs sont rarement variqueuses.
ô*" Le cœur se présente sous deux étals différents. Dans Tun et dans l'autre, il y a irrégularité permanente, augmentant toujours pendant les paroxysmes. Chez quelques malades, les signes physiques indiquent une hypertrophie qui s'accompagne d'une affection vaivulaire ayant souvent son siège aux deux orifices; chez les autres, on trouve seule-
TIAITEMClfT DE L'AFFAlBLISSEIlfiNT DU CCCUR, AVEC DILATATION. 359
■iot les signet de la dilatation du cQBur, tels qu'ils sont décrits dans la chapitre consacrée Tétude de cotte maladie. Ces derniers malades présentent, de temps à autre, de Thydropisie qui commence par les fldrémités, et qui gagne le corps tout entier, si on ne la combat pas. Cal accident est précédé par une diminution dans la quantité de la ikrétioa nrinaire; le cœur devient de plus en plus excitable et irrépdier ; le foie se tuméfie à la façon d'une tumeur erectile et les poulaoBs se congestionnent. Bientôt il s'établit de l'orthopnée avec accès (i*asthme cardiaque très-graves ; l'ascite peut apparaître et la vie du naïade est menacée à chaque instant. Cependant, malgré tous ces sfinptômes formidables, on voit chaque jour, sous reiïel du mercure, Taoasarque disparaître, la tumeur hépatique se réduire, et le cœur revenir à son état ordinaire, qui n'est point, toutefois, l'état de santé. Le malade peut ainsi continuer, pendant plus ou moins longtemps, à livre d'une vie active et laborieuse.
Les doses auxquelles il convient de porter le médicament varient, cela se conçoit, dans les différents cas. Quelquefois il est utile de produire le ptyalisme; dans d'autres circonstances, l'amélioration de l'état du cœur et la disparition de l'hydropisie s'obtiennent fÊT un traitement très-doux et qui, à l'exception de l'effet diurétique, n'a donné lieu à aucun des effets caractéristiques du mercure. Parfois on devra faire suivre le traitement mercuriel de l'emploi des diurétiques; souvent, à l'aide de cette méthode, il se produit une hypersécrétion nrinaire singulièrement abondante, bientôt suivie de il décroissance rapide de Thydropisie et des troubles viscéraux. Il est avantageux d'employer simultanément et à l'état de combinaison les diurétiques tirés du règne végétal et ceux qui sont fournis par le r^ne minéral ; la digitale elle-même trouve ici sa place, unie à des diurétiques appartenant i la classe des médicaments toniques et stimulants. Le succès de cette médication paraît dépendre de l'administrslion préliminaire du mercure. Souvent j'ai essayé de faire disparallre Thydropisie par les diurétiques seuls, chez des malades qui mient pris du mercure en grande quantité, lors des paroxysmes précédents; toujours le résultat a été nul ; et cependant le même médicament, jusque-là inefficace, agissait énergiquement, après un traitenent mercuriel continué pendant quelques jours.
Noos pouvons dire, en toute assurance, que dans les cas dont il s'agit, il 10 faut pas craindre l'emploi répété des préparations mer-
360 TBAIT£MËEfT DES MALADIES ORGANIQUES DU GOBOI.
curielles, car rien n'est plus remarquable que la faculté qu'ont lit malades, non -seulement de supporter l'administration du mercure, mais encore d'en retirer les plus grands atantagesy au poiat de vue de la santé générale. Parfois même il semble que l'usage continu du médicament, donné à petites doses, suspende, pendant ddo période de temps indéfinie, le retour des paroxysmes. Les malades reprennent de l'embonpoint, de l'appétit et des forces. Dans d'autres cas, et j'en ai observé dernièrement un exemple, le mercure donné à des doses très-faibles, et à des intervalles assez rapprochés, a pa prolonger l'existence pendant plusieurs années; à l'aide de ce moyen, le malade que je viens de citer a continué Texercice d'une pro* fession fatigante. Il n'a pas été soumis moins de trente fois au trai« lement mercuriel; pour lui ce traitement est un véritable pafttiiiiai vitœ. Jamais dans ce cas, ni dans aucun de ceux que j'ai rencontrés, je n'ai vu se montrer les accidents de l'intoxication mercurielle: ilae se produit ni périostite, ni éruptions cutanées, ni tremblement, ni ulcérations de la bouche.
Il va sans dire qu'il arrive enfin un moment où, ainsi que noss l'avons vu dans l'observation du docteur Colles, l'organisme ne répoa* dant plus aux efTets du médicament, le malade est emporté par Thy* dropisie et par la congestion pulmonaire.
Pendant le cours de ce traitement, et surtout lorsque la diurèse est établie, on doit administrer avec précaution le vin et les autres stimulants diiïusihles ; en même temps on soutient l'organisme par une alimentation convenable. Rien n'est plus dangereux que de chan* ger les habitudes des malades, et de provoquer une diminution dans Ténergie des contractions du cœur.
TrmiUinkent ée la dégéBércflceaee ipratosease ém eaew.
Lorsque le cœur est atteint de dégénérescence graisseuse, peut-oa le faire revenir à son étal normal ? Ce résultat ne parait pas impos* sible à obtenir, si l'on a affaire à un cas simple, et qu'on ait recanna la maladie dès le début. Hais, le plus souvent, cette lésion se ren* contre chez des individus avancés en âge, et elle se combine avec des altérations athéromateuses de l'aorte, et avec des affections bronchiques ou hépatiques; elle s'accompagne souvent d'états goulteax, slrumeux ou anémiques ; aussi le retour du cœur à l'état physiolo-
TAâlTBlIfiirr DE LA DÊGÉNÈRESGENCIi: GRAISSEUSE DU CXKUR. 361
tesl-il fort douteux. D*un autre côté, l*analogie semble prouver fieTorgane atrophié peut reprendre son volume primitif et sa force. Ce résultat se produirait plutôt lorsque le tissu adipeux, déposé (Tibord à Textérieur de Torgane, refoule devant lui le tissu musculaire et pénètre dans ses interstices. Ne traçons pas à la puissance de la naUire des limites trop étroites; tous les praticiens savent bien que^ par une médication convenable, on peut faire disparaître les premiers Sfroptômes de raifaiblissement du cœur. Pourquoi les progrès de la nédecine, et surtout ceux du diagnostic et de Thygiène, ne nous permettraient-ils pas un jour d*arrêter dans le cœur le développement du lissa graisseux, et même de rendre aux fibres musculaires leur puissance première et leur volume normal (1)?
Dans rétat actuel de la science, voici les principes sur lesquels on peut baser le traitement de la dégénérescence graisseuse à son début :
i* Il faut habituer le malade, progressivement, mais d'une façon continue, à supprimer toutes les habitudes d*une vie trop recherchée. Il devra se lever de bonne heure et se soumettre à un exercice musculaire journalier et gradué; souvent il pourra, après quelque temps, pousser cet exercice beaucoup plus loin qu'il ne le pouvait aupa-
[1; On pourrait opposer ù In curahilitê de la malndio et à la possibilité de reroni^tituer le tissu musculaire du cœnr^ les résultats des travaux du docteur QMiin, Kur la nature chimique de la déj^énérescence ^aisseuse de l'or^ninc centi«l de la circulation. Mais, lors même qu'il y aurait une analogie plus complète ({■e celle qui ciistc réellement, entre les efTets qui se produisent lorsque l'on met des fibres musculaires pri\ées de vie en contact avec des réactifs chimiques et Tétat des oiusiMes cardiaques dnns rnflfectiou graisseuse , ce ne serait point une raison ^mir qu'il fût impossible d'obtenir la suspension ou la modification du tra\ail morbide. I^ puissance vitale de l'organe a diminué, il est vrai, mais eUc existe toujours; il serait bien hardi d'avancer que les globules graisseux eux-mêmes peuvent résifter à l'influence de la force vitale. Il y a <langer à décourager le» tentatives lûtes dans le but d'obtenir la guérison d'une maladie en en proclamant l'incura- ^té ; car alors, le médecin praticien le plus accompli, bien que mauvais anatomopaUM>lof^ste, perdra courage et renoncera à obtenir une guérison qu'on aura déclarée impossible. L'histoire tout entière des médications spécifiques prouve ^'H y a encore bien des progrès à faire dans ce sens. Peut-être, à côte des BMfures hygiéniqoes et du traitement convenable, indiqués par le docteur Quain, et 8%aiit lui par Lathain, Hope et d'autres encore, dans leurs travaux sur la dégc- ■érescence graisseuse et sur l'afl'aiblisiiement et la dUatation du cœur en général, eiiste-t-il des moyens que l'on découvrira plus tard, pour arrêter la formation des globules graisseux, et même pour augmenter le déTcloppement du tissu ■vscttlaire ?
362 TRAITEMENT DBS MALADIES ORGANIQUES DU CCBOTL
ravant, en raison de la difficulté de la respiration; il y prendra plaisir et en retirera de grands avantages. Ce traitement par l'exercice musculaire est encore plus indiqué chez les sujets jeunes, que chez ceux qui sont avancés en âge. Les symptômes qui accompagnent la débilité du cœur disparaissent souvent sous Tiiifluence d'exercices gymnastiques réguliers ou par la marche, même dans des pays de montagne, tels que la Suisse, ou les parties élevées de TÉcosse ou de rirlande. On observe souvent chez ces malades de la dyspnée et des palpitations très-fortes, puis, s'ils persévèrent avec modération, ou bien après un repos de quelques instants, ils achèveront leur tâche et pourront même gravir avec facilité des montagnes très-élevées(l). Chez les sujets avancés en âge, la complication fréquente des allérations athéromateuses de Taorte , des affections du foie et des poumons doit rendre prudents ceux qui conseilleraient le moyen hygiénique que nous venons d'indiquer.
2^ Le régime doit être nourrissant, sans être institué de manière à développer la masse du corps, et plus particulièrement les tissos graisseux. Le malade mangera des viandes fraîches de toute espèce; il évitera de prendre une quantité trop considérable d'un même aliment. Il s'abstiendra de substances oléagineuses et probablement aussi des viandes blanches. On devra défendre l'usage de la soupe et du laitage en excès : les légumes n'entreront que pour une petite part dans l'alimentation. Les liquides devront être pris en aussi petite quantité que possible. La boisson qui convient le mieux est l'eau pure ou l'eau mêlée à une petite quantité d'eau-devie ou de vin; l'eau de Seitz et les boissons alcalines seront proscrites. Enfin, il sera utile que le malade s'habitue à prendre chaque jour une douche
(1) L'exercice à pied parait avoir un double cflet : non-9euleinent réncrgrie et le volume (les muscles n'accroissent, mais l'augmontation de la m*crétion de la peau élimine une prrnnde quantité de pro<luits huileux de l'organisme. J'ai ru fief exemples très-remarquables «les bons elTets de cet exercice chez des personnes qoi avaient pasM* Tété i parcourir les Alpes à pied, et qui aTaienl ain$iété placées dinf un état presque continuel de transpiration. En rapprochant ce fait de la prédominance de l'obcsité dans les pays froids, il nous parait rationnel de prescrire la marche duns les climats chauds, lorsqu'il s'agit d'empêcher l'accumulation de It graisse dans les organes intérieurs. On consultera a>ec avantage les recherches de SchuUze {[)c adipit f/enere f»athohgieo) et de Schmidt {Jahrbuch^ 1852, p. 147, dans MecUcal Times, n^ 113).
TBATTEMEtiT DE LA DËG£?4ÉRESG£NCE GRAISSEUSE DD COEUR. 363
froide en pluie, qu'on fera suivre d'uae friction vigoureuse sur le corps tout entier.
3* Dans cette maladie, on n'obtient pas grand'cbose par le seul usage des médicaments. Il faut veiller avec soin à ce que le ventre reste libre, et de temps à autre, le malade pourra faire usage d*un médicament mercuriel, suivi d'un cathartique chaud et tonique. Chez les jeunes sujets dont Tétat se rapproche de l'anémie, les préparations de fer, ordonnées avec prudence, trouveront utilement leur place.
Mais, lorsque la maladie est bien confirmée, chez les individus tTiDcés en âge, surtout s'ils n'ont point fait abus des stimulants, si le pouls est lent, et s'il y a tendance à la syncope ou à des attaques simulant l'apoplexie, c'est principalement sur l'emploi, largement ordonné, de l'eau-de-vie ou du vin qu'on peut confipter. Par ce moyen seul il est possible de prolonger la vie de certains malades. Les jeûnes prolongés seront évités, ainsi que toutes les fatigues physiques on morales. Ces malades devront être munis continuellement d'un stimulant diffusible auquel ils pourront avoir recours à la moindre menace de syncope, ou lorsque se montrent du côté de lu tête les troubles qui font prévoir une attaque. Ils devront vivre en plein air et habiter, s'il est possible, une localité où ils seront soumis à Teffet excitant de l'air des montagnes ou de la mer. Avant tout, on détournera leur attention de l'état du cœur, et l'on évitera d'une façon absolue le traitement banal, et trop souvent erroné, des affections cardiaques.
On est réellement étonné du temps pendant lequel, en se conformant aux principes que nous venons d'énoncer, on peut obtenir la prolongation de la vie et l'intégrité de la santé générale. Le médecin, lorsqu'il s'agira de régler les quantités du vin et de l'eau-de-vie, devra se laisser guider surtout par l'effet obtenu. Jamais nous n'avons vu les stimulants diffusibles produire des résultats fâcheux, alors même qu'ils étaient pris très-largement ; nous avons l'habitude de les ordonner à chaque repas, et quelquefois même dans les intervalles qvi les séparent. Les malades, par la facilité avec laquelle ils supportent cette médication, ressemblent h ceux qui sont atteints d'un ramollissement typhoïde du cœur. Quelquefois, dans ce dernier cas, on peut augmenter indéfmiment la dose du vin et des spiritueux sans qu'on voie se produire la moindre trace d'ivresse, ou d'afflux du sang fers la tête.
Z6U TRAITEMENT DES MALADIES ORGANIQUES DU CflBUR.
L*expérience de chaque jour nous apprend que cette maladie est fréquente, et peut même atteindre un haut degré de développement, sans qu'elle soit reconnue par le malade et par ceux qui le soignent Voici, dans ces circonstances, un accident qui ne se rencontre que trop souvent : un individu , que Ton croyait en bonne santé , est atteint d*un accès de goutte ou d*une aiïection inflammatoire et locale quelconque. On supprime Tusage d'un stimulant auquel il est habitué et on le garde au lit pendant quelques jours ou quelques semaines. Le malade guérit, puis, au moment où tous ceux qui Tentourent le félicitent de son retour à la santé, il meurt subitement d*une syo* cope, d'une apoplexie, d'une attaque d*asthme cardiaque, ou bien avec un ensemble de symptômes qui semble résulter de la combinaison de ces divers états pathologiques.
Les cas de métastases^outteuses sur le cœur, se terminant par la mort, sont probablement beaucoup plus rares qu'on ne Ta cru. Je n*en ai jamais rencontré, mais j'ai vu beaucoup d'accidents auxquels on donnait ce nom et qui étaient, manifestement, produits par la debilitation subite du cœur, se produisant à la suite d'qn long accès de goutte, pendant lequel le malade avait été privé de l'usage du vin. C'est ainsi que bien des vies précieuses ont étésacriGées. Peu importe qu'il y ait dans ce cas affaiblissement simple ou bien dégénérescence graisseuse et atrophie du cœur; dans Tun et l'autre cas, les indications sont les mêmes, et le danger d'une médication déprimante est
N'oublions jamais, dans le traitement des affections locales ou constitutionnelles, qu'on ne doit supprimer les stimulants dont le malade a l'habitude qu'avec une prudence extrême, et qu'il faut loi permettre d'y revenir le plus tôt possible, toutes les fois que l'existence d'un affaiblissement du cœur est probable. Un bon médecin ne suspendra jamais l'usage des stimulants, sans avoir examiné attentivement l'état du cœur, lors même que rien ne peut faire supposer une maladie de cet organe.
Enfin, rappelons-nous qu'il peut y avoir danger à ce qu'un malade en convalescence reprenne trop promptement la position verticale. Ceci est vrai, surtout chez les personnes avancées en Age et atteintes de la diathèse goutteuse.
Dans les détails qui précèdent sur la maladie dont nous formulons le traitement, nous avons spécifié que l'invasion des symptômes céré-
TtArraiBlIT DE LA DÉGÉNÉRESCENCE GRAISSEUSE DU CCKUR. 365
braux est un des signes diagnostiques importants de la débilité cardiaque. Nous avons insisté sur la rareté de la paralysie conséculivei si commune dans Tapoplexie ordinaire. Cependant on la rencontre qoelquefoiSy et à ce propos, il est utile de rappeler les recherches du docteur Law sur les rapports qui existent entre les affections cardiafaes et les affections cérébrales (1).
Cet auteur a étudié Tinfluence que peut avoir sur le cerveau, la diminution de Tafilux du sang, dans le cours des affections du cœur. Toutes les altérations ânatomiques qu*il a décrites n'existent pas, aécessaireroent, dans tous les cas d'affaiblissement du cœur, ni même dans ceux où les fausses attaques d'apoplexie s'accompagnent, comme dans Tobservation du docteur Fleming, d'une paralysie transitoire et se produisant à plusieurs reprises. Nous né pouvons, cependant, nous refuser à admettre que le ramollissement cérébral signalé par le docteur Law, neçoit, pour ainsi dire, le résultat ultime d'une circulabtion artérielle insuffisante.
Le ramollissement cérébral blanc de Rostaii a été rapporté par cet auteur à une affection des artères cérébrales, et il n'est pas douteux que cette cause ne puisse avoir une grande influence dans la production de la lésion cérébrale. Mais le ramolli.ssement peut résulter également d'une affection du cœur lui-même, ainsi que l'a démontré le docteur Law ; et il nous parait probable que dans quelques cas analogues à ceux de Rostan, il existait réellement un aflaiblissement cardiaque.
Voici dans quelles circonstances le docteur Law a rencontré le ramollissement cérébral :
1* Insuffisance aortique, avec reflux du sang dans le ventricule;
T Rétrécissement mitral ;
3* Insuffisance mitrale avec régurgitation dans l'oreilletle.
Toutes ces conditions pathologiques peuvent empêcher le cerveau de recevoir une quantité suffisante de sang , cela est évident. Bien que le docteur Law ne rapporte aucun cas où la maladie fût le résultat d'une simple dégénérescence graisseuse du cœur, il n'est pas moins évident qu'il admet cette cause d'anémie cérébrale, en dehors même de toute affection valvulaire.
(!; /V< afffi'tiowi du rervenu con.^éruiirPi aux a/ft'rihn< ihi c(rut\ par Robert Ufi, ^. D. ilhibliii Journal of mtdicni srienrr^ V^ stTio, vol. XVII, 1840).
366 TBAITEMENT DES MALADIES ORGANIQUES DU CCBUB.
Nous ne saurions dire [pourquoi Tanémie cérébrale donne Ken tantôt h une syncope seulement, et tantôt à du coma syncopal nuîn de paralysie fugace, tandis qu'elle va quelquefois jusqu'à amener une yéritable désorganisation du tissu cérébral (ramollissement exsangue du docteur Laisv). Cependant, tous ces accidents, s'ils ne constituent point les diverses phases d'une même altération, dépendent de la même cause, et l'on doit noter qu'une portion du cerveau peut être désorganisée et détruite sans qu'il y ait paralysie. Ainsi, dans on fah remarquable où il y avait à la fois affection de l'orifice mitral el insuffisance aortique avec hypertrophie considérable du ventricola gauche, le docteur Law trouva le lobe antérieur de rhémisphire gauche ramolli, dans la portion qui repose sur le plancher de l'orbite, et dans une étendue équivalant à la section longitudinale d'une noisette. Le ramollissement avait détruit la superficie des circonvolstiens, mais ne pénétrait pas profondément. Le malade n'offrait ni paralysie ni aifaiblisscment de Tune des moitiés du corps.
L'affection cérébrale rapportée par le docteur Law au défaut de Tafllux sanguin artériel, peut revêtir les formes suivantes :
1*" Il se produit de fausses attaques d'apoplexie auxquelles mi pourrait donner le nom de coma syncopal^ ces accès sont sobili, fugaces, et ils ne sont pas suivis de paralysie.
2'' Les attaques, semblables à celles que nous venons de signaler, donnent lieu à une paralysie qui persiste ; il existe souvent alors mi aifaiblissement des i'acultcs intellectuelles (1).
S* Il y a ramollissement exsangue du cerveau, sans paralysie.
A*" Il y a paralysie, sans aucune désorganisation locale manifeste.
Nous avons rapporté ici le résultat des recherches du docteur Law, en raison de leur importance pratique, dans les cas de dégénérescence graisseuse du cœur, lorsqu'il s'agit du traitement des accidents cérébraux. Celte question a déjà été discutée par nous, mais il reste à décider si Ton peut employer les saignées dans les cas d'at* taques apoplectiques résultant de l'anémie artérielle. Dans le cas communiqué au docteur Adams par M. Duggan, il n'y eut pas moins de vingt attaques apoplectiques dans l'espace de sept années; le traitement adopté consistait en une saignée immédiate et dans l'administration d'un purgatif des plus énergi({ues. 11 est ù remarquer que
1} Vn cas (le atle v^^ccc <>i cite par ic docteur Law {op. nt., p. 197).
TBAIT£M£irr DE JLA DÉGÉNÉRESCENCE GRAISSEUSE DU COEUR. 367
lors de la dernière attaque, on ne put avoir recours à la lancette, le malade étant mort avant l'arrivée du médecin (1). Cet exemple prouve seulement que Ton peut quelquefois saigner impunément. L'emploi de ce moyen de traitement dépendra, du reste, beaucoup des conditions où se trouve Torganisme, de Tâge du malade et de l'absence ou de Texislencc d'un état général d'anémie. On devra s'abstenir des émissions sanguines, lorsque l'impulsion du cœur est iaibley lorsque le pouls est continuellement lent, et lorsqu'il y a bruit de souflDe aortique. Dans l'observation citée par le docteur Fleming , le malade tomba dans une prostration extrême à la suite d'une de ses attaques pendant laquelle, en l'absence du docteur Fleming, on npprima l'usage des stimulants et l'on institua une médication destinée à diminuer l'afflux sanguin du côté de la tôle. Dans une autre observation rappQrtée par nous-méme, le malade, atteint d'un affaiblislement du cœur avec bruit de souffle dans l'aorte, évitait les attaques apoplectiques en se mettant la tète en bas. Ces faits tendent à nous bire adopter les règles posées par le docteur Law dans le traitement des accidents cérébraux dus au défaut de sang artériel, soit avec lésion valfulaire, comme dans les cas cités par lui, soit qu'il y ait affection graisseuse du ventricule gauche.
Une observation importante a été communiquée par le docteur Law ila Société pathologique de Dublin en 1SÂ5. Le malade, âgé de ringt-quatre ans, avait des hémoptysics, de la toux, de la dyspnée, et on le crut atteint de phthisie pulmonaire, bien que les signes locaux fussent ceux de la bronchite. Au cccur, on constatait les signes d'une affection des orifices mitral et aortique, c'est-à-dire un double nurmure à la base du cœur, et un murmure simple ayant son siège à gauche de la mamelle. Le malade quitta l'hôpital, mais il y rentra bientôt, plongé dans un état de stupeur. La face était injectée et les uteres temporales battaient avec force *, cependant limpulsion car* Haquc avait perdu de son énergie et les bruits pathologiques ne t^tnief^aient plus. Il y avait paralysie partielle du côté gauche, et dans la nuit qui précéda l'admission à riiôpilal, il y avait eu des accès de convulsion. Le traitement consista dans l'application de langsues, et dans l'administration du calomel et de la poudre de James. Au bout de huit à dix jours, la paralysie avait presque com-
(1) Duàttn kanintat Heports^ vol. IV.
368 tBAltEMENT DEd IIALAblES OBÔAlflQOes DU QCÊOM.
plétement disparu lorsqu'il sunrint, subitement, du coma au où ]e malade allait à la selle, et il succomba immédiatement. Les sinus et les veines superficielles contenaient beaucoup de sang liquide. Le corps strié du côté gauche était ramolli ; une grande quantité de matières purulentes grisâtres recouvraient le pont de Varole; on en trouvait également dans le ventricule gauche et dans le canal Tertébral. Les valvules aortiques et mitrales étaient altérées et le cœur offrait la forme sphérique, qui est si commune dans le rétrécissement auriculo-ventriculaire gauche.
Une autre observation fort intéressante fut également communiquée, par le docteur Law, à la Société dans le cours de la même année : les valvules mitrales étaient seules affectées. Le cœur se con* tractait tumultueusement, très-irrégulièrement et faiblement. La face était bleuâtre et les extrémités froides. Le traitement adopté fut l'administration des stimulants diffusibles unis à un régime nourrissant. L'état du malade s'était amélioré, lorsqu'à la suite d'un refroidissement il survint une pneumonie. Le docteur Law prescrivit aton, et avec répugnance, une saignée de huit onces, mais à peine eut-an retiré la moitié de ce tie quantité de sang^ quon vit apparaître des convulsions. Le lendemain^ la bouche s'était déviée d'un côH, le malade était hémiplégique et l'action du cœur était extrêmement faible. Le traitement stimulant fut repris avec succès et Thémiplégie disparut. Subséquemment, il survint une nouvelle attaque de paralysie et le malade succomba. Le cerveau ne fut point examiné. Le ventricule gauche du cœur était dilaté et hypertrophié ; Toreillelle était dilatée, ainsi que le ventricule droit. L'orifice mitral, rétréci par des dépôts osseux, semblait divisé en deux ouvertures; cette apparence résultait du raccourcissement des cordes tendineuses et de répaississement des colonnes charnues.
L'application de ventouses sèches ou scarifiées à la nuque, en même temps qu'on a recours aux stimulants à l'intérieur et â l'extérieur, est probablement avantageuse. 11 en est de même des sinapisroes promenés sur la région précordiale, comme l'indique le docteur Fleming : si la déglutition était impossible, on pourrait administrer en lavements les médicaments stimulants, tels que Teau-de-vie, l'étheri l'ammoniaque ou la térébenthine.
Le docteur Law a employé l'extrait de noix vomique et l'infusion d*arnica, dans le but <ie stimuler l'action des muscles cardiaques;
TlAITEyEirr de la DÊCÉNÊRESCENCR GRAtSsetSE DU CGKUR. 369
i n*avons jamais prescrit ces médicaments, et nous nous bornertns à Taire remarquer que le premier d'entre eux nous paratt offrir d*aalant moins de danger, que les symptômes cérébraux sont dus à l'anémie cérébrale. Or, les travaux du docteur Bardsley prouvent que les efiels pernicieux de la strychnine se montrent surtout lorsqu'il y a hypérémie et inflammation du cerveau (1).
De toutes les affections locales coïncidant avec la dégénérescence graisseuse du cœur, les plus communes sont certainement les diverses ibrmes de maladies bronchiques. L'altération du cœur, dont nous traitons ici, se rencontre chez les vieillards atteints de bronchorrée et de catarrhe suffocant revenant par accès. On la rencontre également chex les ? ieilles femmes amaigries, qui présentent des pneumonies congestives, et elle accompagne parfois Tatrophie pulmonaire et les dilatations bronchiques qui succèdent à la guérison de la pleurésie et à l'oblitération de la cavité pleurale. Enfin, elle peut être liée à la bronchite chronique ordinaire, avec emphysème de Laennec; c'est dans ce dernier cas surtout que l'on voit se produire les effets les plus désastreux, lorsque l'affection du cœur échappe à l'observateur.
Avant même d'avoir reconnu la fréquence de la dégénérescence graisseuse du cœur, nous avions remarqué combien les individus atteints d'emphysème, supportaient mal le traitement spoliatif institué dans le but de combattre les poussées inflammatoires. Nous explifoions cette circonstance par une artérialisation incomplète du sang, qui durait depuis longtemps déjà : aujourd'hui, nous avons la conviction qu'on doit attribuer la mort rapide du malade, dans le cas d'un traitement antiphlogistique ordinaire, à l'existence d'un affaiblissenent et d'une dégénérescence graisseuse du cœur. Ainsi, tel malade est pris, sous l'influence des causes habituelles, d'une bronchite ligné on d'une pneumonie congestive : le praticien, guidé par les teals signes d'une inflammation pulmonaire, prescrit les mercurianx ou le tartre slibié , et défend l'usage des stimulants : tout d'abord, le résultat semble lui donner raison : la dyspnée cesse et les «gnes de la congestion ou de Tinllammation du tissu pulmonaire l'amendent et peuvent même disparaître complètement. Mais bientôt il se produit de gros râles dans toute Félendue de la poitrine, et le
[\) HoipUal focU find ob'iervaiions, b) James Loinnt Bordntey, M. D. London, 1S30.
&TOSU. 24
S70 TBAITEMENT DES MALADIES ORGANIQUES DU CXKUR,
malade, guéri de sa pneumonie, succombe aux progrès de Tasphyxie. On attribue alors la mort à une tout autre cause que la véritable (1).
(i) Chez t>caucoup de ces malades^ on perçoit à la base des deux poumoiUy on de Tun d*eux seulement, un râle crépitant presque aussi fin que celui de k pneumonie^ et qui eiistc d'une façon permanente. A la percussion^ il n'j a pat de matité. Ce n\le a été bien souvent la cause de U mort des malades; wm pat qu'il ait aucune importance par lui-m<^inei mais on l'a touvcui confondu avec le r&Ie crépitant de la pneumonie aiguë : le praticien voyant le malaile pour k première fois^ prend pour un phénomène développé depuis peu, un acri<lent qui date de plusieurs mois, voire même de plusieurs années.