‹ Traité des maladies du cœur et de l'aorteChapitre 71 sur 121 · RECHERCHES DE LOUIS · texte numérisé non relu

RECHERCHES DE LOUIS

Ainsi, les recherches de Louis démontrent que dans les fièvres continues, telles qu'on les observe à Paris, il existe souvent une altération spéciale du cœur qui diffère complètement d'une lésion iollainmatoire : elle est caractérisée par la marche aiguë des acci^ dents, par la coloration pâle du tissu cardiaque et par l'absence de tonte infiltration purulente ou de tout épanchement de lymphe dans k péricarde. Il est également prouvé que cette altération est d'autant plus marquée que la maladie a duré moins longtemps, et qu'on la rencontre surtout chez les sujets qui ont succombé entre le huitième et le vingtième jour. En présence de ces faits et de la rareté des véritables inflammations locales dans les fièvres, on arrive à conclure que le ramollissement du cœur n'est pas le résultat d'une phlogose, mais qu'il se produit plutôt sous l'influence d'un état tout opposé, pour nous lervir des expressions de Louis. On pourrait objecter qu'en raison des dissemblances qui existent entre le type de la fièvre dlrlande et les fdts sur lesquels sont basées les recherches de Louis, le ramollissement du cœur décrit par cet auteur ne ressemble en rien à celui qu'on rencontre dans notre pays : on doit reconnaître, toutefois, que si les Gèvres diflèrent par certains points, elles n'en ont pas moins entre elles des rapports étroits. En règle générale, ce sont des maladies essentielles ; et elles ne revêtent qu'exceptionnellement un caractère différent. 11 faut reconnaître aussi que les lésions locales qui s'y rattachent ne sont que secondaires et que l'inflammation n'y a aucune part ; ces lésions varient dans leur siège et dans leur intensité ; se montrant souvent accidentellement, elles ne peuvent jamais servira eqiliqner les phénomènes de la maladie.

Dans la plupart des cas où nous avons observé les signes du ramollissement du cœur, les malades présentaient une éruption péléchiale abondante et d'une coloration très-foncée. La bouche était couverte de fnliginosités et le corps exhalait la fétidité particulière au typhus; enfin une stupeur et une prostration extrêmes se rencontraient le plus ordinairement. Souvent l'affection bronchique secondaire se développait d'une manière singulièrement latente vers le cinquième jour de la maladie, et celte complication atteignait une intensité extrême, au point de menacer la vie du malade, sans qu'il y eût beaucoup de toux et de dyspnée. Les symptômes gastro-entéritiques, comme on les appelle, étaient moins marqués ; ils existaient cependant dans bon nombre de cas.

376 DE jl'état du cqëur dams le typhus.

Les individus atteints étaient Tréquemment des hommes jeunes et vigoureux; les symptômes graves apparaissaient plus tôt que de cou* tume. Il en était de môme de l'éruption pétéchiale et de la prostration. Les phénomènes critiques étaient rares; cependant la convalescence s'établissait en général d'une manière satisfaisante, et le retour à la santé était complet. En un mot, les cas où nous avons trouvé le ramollissement du cœur étaient des exemples bien traucbéi du typhus de notre pays, et la maladie avait souvent la contagion comme point de départ. La santé antérieure des malades avait presque toujours été bonne. Ils n'avaient point l'apparence d'un étal scorbutique, et chez ceux qui succombaient, les muscles soumis à la volonté conservaient presque toujours leur coloration rouge, l'intégrité de leur tissu et la rigidité cadavérique.

Arrètons-nous à ces dernières conditions ; elles sont importantes, car on a dit que le ramollissement du cœur était dû à la décomposition par putréfaction, opinion, pour nous, inadmissible. Dans les iaits rapportés par Louis, Taltération était limitée à la moitié gauche da cœur, et nos propres dissections, ainsi que les signes observés au lit du malade, établissent que c'est le ventricule gauche qui est atteint le premier, et au degré le plus élevé. Il est vrai que nous avons constaté, parfois, les symptômes du ramollissement du cœur tout entier, mais les résultats de notre pratique sont d'accord avec ceux auxqueb Louis est arrivé : ce serait une singulière putréfaction que celle qoi se limitant au ventricule gauche, respecterait le ventricule droit. Ajoutons encore que dans nos observations l'autopsie a été pratiquée, souvent, avant qu'il y eût un commencement de putréfaction; d'ailleurs, nous l'avons déjà dit, les muscles volontaires n'étaient point altérés. Enfin, nous avons vu fréquemment la lésion du tissu musculaire ne pas dépasser une certaine profondeur, où elle cessait brusquement par une ligne de démarcation très-nette. Ainsi, par exemple, la lésion des couches musculaires superficielles ne s'étendait pas en profondeur au delà d'un huitième à un cinquième, de ligne, et les muscles pectines du cœur, ainsi que les colonnes charnues, conaer» vaient leur structure normale.

Mais le grand argument à opposer à cette doctrine de la putréfaction, c'est que nous ayons pu constater au lit du malade, pendant la vie, des signes importants se rapportant au ramollissement cardiaque que l'on retrouvait après la mort. Nous avons suivi, pas à pas,

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