‹ Traité des maladies du cœur et de l'aorteChapitre 88 sur 121 · RUPTURE DES VALVULES MITRÂLES · texte numérisé non relu

RUPTURE DES VALVULES MITRÂLES

n'avaient rien perdu de leur intensité. Le pouls était intermittent, petit et fréquent, les extrémités Troides et couvertes d'une sueur visqueuse. Il y avait de Tanasarque et de l'ascite.

La région précordiale était mate, à partir de la deuxième jusqu'à la septième côte ^ en travers, la matité occupait une étendue limitée, d'un côté, par les articulations choudro-sternales droites, et de l'autre, par une ligne verticale passant à deux pouces, en dehors du mamelon gauche. Il y avait également matité relative de la base dn poumon droit. La sonorité était normale dans le reste de la poitrine. Le murmure respiratoire, faible, s'accompagnait de râles de bronchite disséminés et d*une crépitation étendue, dans la région postéro^ inférieure du poumon droit.

Oatre les phénomènes ordinaires de l'insuffisance aortique et de la dilatation du ventricule gauche, les signes suivants furent observés par le docteur Gordon.

Au niveau du cœur existait un frémissement intense, ayant son maximum d'intensité au centre de la région précurdiale. Un bruit de souflDet qu'on ne pouvait localiser, bien qu'il fût variable dans sa force, s'entendait dans toute la poitrine. 11 se distinguait facilement da double bruit de soufflet provenant des valvules aortiques, et avait uoe intensité presque aussi grande en arrière qu*en avant. Cet homme mourut le 26 novembre, dans un violent accès d'orthopnée.

Autopsie, — Le péricarde occupe un espace qui s'étend de l'articulation sterno-claviculaire à la septième côte, et depuis les articulations chondro-costales droites jusqu'à un pouce (anglais), en dehors du mamelon gauche. La membrane séreuse est saine, et sa cavité contient environ trois onces de sérosité. À l'ouverture de la poitrine, les seules portions du cœur appréciables à lavue, sont une petite portion de l'oreillette droite et le ventricule droit ; celui-ci semble former, ea totalité, la pointe de l'organe. L'oreillette droite est agrandie; ToriCce tricuspide a presque doublé de largeur ; les valvules suut saines. Le ventricule du même côté est très-dilaté, et ses paruid :sont épaissies ; lorifice de l'artère pulmonaire est légèrement agrandi, mais ses valvules n'offrent aucune altération.

L'oreillette gauche a presque doublé de volume 5 ses parois sont épaissies. Le ventricule correspondant est énormément dilaté, et son tissu a une épaisseur considérable ^ l'orifice mitral est agrandi au point de permettre l'introduction des quatre doigts, jusqu'à la deuxième

&8& DE LA RUPTURE DtJ COEUR.

arliculation phalangienne. Les cordes tendineuses de la portion aolérieure de la valvule sont rompues en travers, tout près des colonnes charnues -, elles sont épaissies» ramollies, et couvertes de petits globules de lymphe très-molle. L'orifice aoriique est dilaté; ses valvules sont épaisses et cartilagineuses, surtout la valvule postérieure, qui est vascularisée et couverte des globules de lymphe que nous venons de signaler. L'endocarde, entre les valvules roitrale et aortiques, présente le même aspect; il est sain, du reste, ainsi que l'aorte. Les ramifications bronchiques sont tuméfiées, vasculaires et remplies de mucosités; la partie postérieure du poumon droit est congestionnée. La rate est hypertrophiée et le péritoine plein de liquide.

En passant en revue les diverses circonstances rapportées, avec tant de soin, par les docteurs Fausset et Gordon, on arrive à cette conclusion, que la rupture des cordes tendineuses de la valvule mitrale s'était produite récemment et sous l'influence des battements tumultueux du cœur, déterminés par la tentative faite par le malade, de revenir ches lui en courant. C'est, en effet, à partir de ce moment qu'on vit apparaître un nouvel ensemble de signes qui persistèrent, sans rémission, jusqu'à la mort. Il ne faut pas oublier que l'endocarde au voisinage des valvules était vascularisé et que les cordes tendineuses étaient parsemées de gouttelettes de lymphe. Au moment oà le docteur Gordon vit ce malade pour la première fois, le pouls était feible, petit et intermittent. En rapprochant ces particularités de l'histoire antérieure du malade, et de Texistence d'un frémissement extraordinaire et d'un murmure s'enlendant dans la poitrine tout entière, et très-distinct de celui qui appartenait à l'orifice aortique, le docteur Gordon fut amené à diagnostiquer la coïncidence d'une dilatation considérable des deux orifices auriculo-ventriculaires et d*une lésion de l'orifice aoriique. L'autopsie vint confirmer l'exactitude de ce diagnostic. Avec ce fait comme point de départ, c*est aux observateurs à déterminer, à l'avenir, si dans un cas bien net de reflux du sang par l'orifice aortique, l'apparition subite de symptômes nouveaux, ou l'aggravation de ceux qui existaient déjà, ainsi que la modification des caractères du pouls et le développement d'un murmure vasculaire nouveau et très -étendu, ne doivent point faire diagnostiquer la rupture des cordes tendineuses ou des valvules de Tun des orifices auriculo-ventriculaires (1).

(1) U> docteur Fausset constata; le 15 no\embre; une saiUic renurquablf de

lUFTURB DES VALVULES TRICUSPIDËS. ft85

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Je n'ai jamais rencontré cet accident, et tous les auteurs sont d'accord sur son extrême rareté. On comprend, du reste, sans peine qu'il aoii bien moins commun que pour les valvules mitrales, lorsque Ton songe aux rapports physiologiques et pathologiques des cavités droites du cœur.

Le professeur Todd a enrichi la science d'un exemple fort important de cette affection (1). Dans les remarques dont il Tait suivre Texposé du fait en question, voici comment il s'exprime :

c Mon expérience m'a démontré depuis longtemps, que la moitié

> droite du cœur ne jouit pas d'une immunité particuljère, comme

> Ta dit Bichat, et comme on l'a répété après lui. Voici sur ce

> point ce qui nous parait être la vérité : dans les altérations

> morbides chroniques des valvules, donnant lieu à des dépôts » de tissus anormaux, que ces dépôts soient interstitiels ou super-

> 6ciels, le côté droit du cœur est atteint plus tard que le » côté gauche. Il n'est pas rare de trouver les deux moitiés du ■ cœur affectées de la même manière; seulement, les lésions des

> valvules du cœur droit sont moins avancées dans leur déve-

> loppement que celles du cœur gauche : quant aux affections

> aiguës de l'oreillette ou du ventricule droit, elles sont extrê-

> meroent rares. La force plus grande déployée par le ventricule

> gauche, et qui est évaluée par Valentin à un cinquantième 9 du poids du corps , celle du ventricule droit n'étant que

> d'un centième , le développement plus considérable du tissu

> musculaire que le même physiologiste a estimé être du double ,

b partie intérieure et gauche de la poitrine ; à cette époque^ on percevait h la main «■e tentation de frémissement. Cette saillie disparut ensuite. La saignée seule pracsra quelque soulagement au malade : elle fut pratiquée à trois reprises ; les étmi premières fois, il se forma sur le sang une couenne inflammatoire. Il est probable qu'à ce moment^ le frémissement était dû uniquement à raflection ^esTalYoles aortiques, et qu'il se produisait au moment de la sortie ou de la rentrée ém mog dans le ventricule.

(1) Un cas de rupture des cordes tendineuses des valvules tricuspides du cœur, par Bobert Bentley Todd, M. D., F. R. S. (Dublin Journal of medical science, New. Series, fol. V.)

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