‹ Traité des maladies du cœur et de l'aorteChapitre 91 sur 121 · DES ALTÉRATIONS FONCTIONNELLES DU COEOR · texte numérisé non relu

DES ALTÉRATIONS FONCTIONNELLES DU COEOR

die purement nerveuse. Cependant les recherches de deux observateurs illustres, Heberden, au xviii% et Latham, au xix* siècle, ont établi que la douleur et la sensation de mort imminente sont des symptômes appartenant, fréquemment, à diverses formes de maladies organiques du cœur, quelle que soit, d'ailleurs, la cause immédiate de ces symptômes.

Ces formes ont été indiquées par le docteur Latham; ce sont :

l"" L'affaiblissement avec atrophie du cœur ;

2° L'affaiblissement avec dégénérescence graisseuse;

3*^ Quelques affections valvulaires, et surtout celles du cœur gauche ;

h!" Les maladies de Taorte, avec ou sans oblitération des artères coronaires.

L'angine de poitrine a donc été rencontrée dans la plupart des affections organiques du cœur. Ses symptômes s'observent peut-être également dans la dilatation locale de l'aorte et dans les autres anévrysmes. Nous reviendrons sur ce point à propos des antWrysmes de l'aorte. Suivant Latham, et c'est aussi notre avis, Tnngine de poitrine se montre avec une affection organique simple du cœur, et lorsqu'il y a combinaison de deux ou de plusieurs de ces affections. Il est douteux qu'elle se développe jamais chez des individus parfaitement exempts de toute maladie organique du cœur et de Taorte. Dans les faits de cette espèce qu'on a décrits, la lésion cardiaque a probablement échappé à l'observateur et le cœur n'était pas complètement indemne. Quelques-uns de ces faits doivent être rejetés : ce sont ceux qui ont été recueillis avant l'application du microscope à l'anatomie pathologique; en effet, la constatation des modifîcations de tissus, à leur début, alors qu'elles échappent encore à l'œil nu, tient le premier rang parmi les usages des recherches histologiqties. Is docteur Latham exprime quelques doutes sur la possibilité de l'absence de toute lésion organique, dans la maladie qui nous occupe. € On Ta rencontrée, dit-il, dans des cas où Ton ne retrouvait aucune

> forme de désorganisation, ni aucun état morbide du ccear et des

> vaisseaux environnants (1). » Mafe il ne cite aucun fait de cette espèce, observé par lui dans le cours de sa vaste pratique.

Dans l'état actuel de la science, nous devons nous ranger à Topi- Dion du docteur Latham, qui voit dana l'angine de poitrine plutôt un

(1) Op. cit., vol. XI, p. 362.

ANGINE DE POITRINE. /l91

eosemble particulier de symptômes, qu'une maladie ayant un caractère inalomique fixe.

11 est difficile de définir exactement le groupe d'accidents qui conslitaenl une attaque d'angine pectorale. D'autres phénomènes, dus à des complications, viennent sans doute s'y mêler accidentellement ; à vrai dire, un accès d'angine, intense et non compliqué, se rencontre rarement. Souvent l'état auquel tel praticien donne ce nom, serait désigné par tel autre sous la dénomination d'asthme cardiaque, et l'on peut se demander si ces deux états pathologiques ne se combinent pas. Le docteur Parry nous a donné la meilleure description qoe nous ayons de cette maladie, sous sa forme simple, alors qu'elle consiste en une affection paroxystique, atec douleur dans lu ré^'ion précordiale, douleur se propageant sur le trajet des nerfs de Wrisberg, pUeur de la face et sensation de mort imminente. Ces accidents formidables peuvent se montrer subitement et disparaître de même ; ils se produisent quelquefois chez des individus jouissant, en apparence, d*nne excellente santé ; la meilleure méthode de traitement à leur opposer est l'administration des stimulants et des opiacés. Enfin, comme l'a prouvé le docteur Latham, la maladie peut, à la suite d'attaques répétées, se terminer fatalement dans un temps assez court ; parfois, même, la mort survient au premier accès.

Deux opinions contraires sont en présence, quant i la nature intime d*ttne attaque d'angine de poitrine. Doit-on la rapporter à un spasme du cœur? ou résulte-t-elle d'un affaiblissement fonctionnel de l'organef Le docteur Latham s'est fait, après Heberden, le défenseur habile de la première de ces théories. Il attribue la douleur et la sen* sation de l'approche de la mort au spasme, c II est évident, dil-il, t qu'un accès d'angine de poitrine se compose de la douleur et de

> qqelque autre chose. Il n'y a point de doute possible sur le phéno-

> mène douleur; mais il ne suffit pas pour expliquer la sensation de » mort imminente qui accompagne chaque paroxysme, et la mort

> qui finit par arriver dans un accès.

> Le spasme, a-t-on dit, est un mode d'action du tissu musculaire » qui diffère de son mode d'action habituel, ou qui en est l'exagération. 1 Les fonctions de tous les muscles, volontaires ou non, s'accomplis-

> sent, physiologiquement, sans donner lieu à une sensation dont nous 9 ayons conscience. Mais le spasme est toujours douloureuX| et lorsf qa'il y a spasme et douleur à la fois, les parties qui en sont le siège

&92 DES ALTÉRATIONS P0NCTI0NNELLB8 DU CCHJl.

1 cessent de pouvoir remplir les fondions qui leur sont dévolues. Les

> coliques arrêtent le mouvement péristaltique de Tintestin, la crampe

> empêche les mains d*agir et les pieds de marcher.

x> Mais le cœur est un muscle; ses fondions sont celles d'un

> muscle. Or, nous cherchons quelque chose qui se montre au cœur

> en même temps que la douleur, quelque chose qui gêne les fonc-

> tions de cet organe, et qui peut les enrayer ou les abolir complète-

> ment. Ce quelque chose, c*es\\e sptume. A un faible degré, le cœur 1 ne se contracte plus librement sur le sang, et ne le projette plus

> complètement dans le système artériel; à un degré plus complet,

> la propulsion du sang cesse entièrement.

3 Ces faits nous donnent Texplication du phénomène principal

> de Tangine de poitrine : c'est un spasme du cœur (1). >

Enfin le docteur Latham rappelle à l'appui de son opinion l'eflicacité de l'opium. On pourrait invoquer également le succès de cette médication contre les spasmes musculaires qui se montrent dans les fractures.

Avant d'adopter cette doctrine, il est nécessaire d'entrer dans quelques considérations générales. Les personnes qui sont le plus sujettes à l'angine de poitrine, sont habituellement les individus avancés en âge, et, dans bon nombre de cas, ils offrent le tempérament pléthorique ou leuco-phlegmatique. Ils sont parfois atteints de goutte atonique ; souvent ils ont des affections hépatiques, et il est ordinaire de rencontrer chez eux les signes d'une affection valvulaire, avec ou sans diminution de la puissance musculaire du cœur. C'est chez ces sujets que se produit, le plus communément, Taffaibllssement du cœur par atrophie ou par dégénérescence graisseuse. D'un antre cAté, l'angine pectorale coïncide rarement avec l'hypertrophie active du cœur. En séparant les faits où il y a debilitation par une cause quelconque, de ceux où la contractilité est normale ou exagérée, on voit que l'angine de poitrine est bien plus fréquente dans le premier cas.

Lorsqu'on songe que le cœur est un muscle creux, il est difficile de comprendre qu'un spasme, partiel ou général, en entrave les fonctions sans les suspendre complètement. En effet, l'occlusion spasmodique complète de l'une de ses cavités doit nécessairement amener la mort, en détruisant la continuité de l'acte circulatoire.

(1) ()p. cit., p. 385.

Page 1