CHAPITRE XXIII (c
SUITE DE l'ANGOR PECTORIS EXPÉRIMENTAL DU POINT VITAL INTRACARDIAQUE
§ — Expériences sur les mouvements rythmiques du cœur, par mm. G. Sée et E. Gley.
Deux opinions principales ont été admises sur les causes des contractions rythmiques du cœur; ou bien, comme M. Brown-Séquard, dès l'année 1853, et plus tard MM. Ranvier, Marey, Bowditch, on a soutenu que les mouvements du cœur ont lieu avec toute la régularité de leur rythme, sans que le système nerveux intervienne pour leur production; ou bien on a soumis les contractions cardiaques à l'influence du système nerveux, et surtout des ganglions nerveux qui sont disséminés dans les parois mêmes du muscle cardiaque; mais la plupart des physiologistes considèrent aujourd'hui ces ganglions non plus comme des organes producteurs du mouvement rythmique, mais comme des organes d'entretien et de régulation pour cette fonction rythmique, attribuée en propre à la fibre musculaire. Voici maintenant un travail de MM. Kronecker et Schmey^ qui a
1. Dus Coonlinationscenirum der Herzkammerbewegungen (Académie Jcs sciences de Vienne, 1884).
ANGOR PECTOllIS EXPÉRIMENTAL NERVO-INTRACARDIAOUE.
passé inaperçu, malgré trois ans de daLe, et qui pose la question h un autre point de vue. Ces deux physiologistes ont en effet cherché à montrer qu'il existe à la limite inférieure du tiers supérieur du sillon interventriculaire antérieur, dans le cœur du chien, un point d'entre-croisement des voies d'innervation, dont ils font un centre de coordination pour les mouvements des ventricules.
La question nous a paru assez importante pour mériter de nouvelles recherches, aussi précises que possible.
Nos expériences au nombre de trente, dont les premières remontent au mois de juillet 1886, ont été faites sur le chien, profondément curarisé ou bien chloralisé et curarisé, les deux nerfs vago-sympathiques ayant été ou non sectionnés, et la respiration artificielle étant convenablement établie. La poitrine de l'animal était ouverte et le péricarde fendu de bas en haut. Dans ces conditions, si l'on enfonce une aiguille au point indiqué par les deux physiologistes allemands, on constate qu'il se produit immédiatement des contractions très intenses des ventricules, mais tout à fait irrégulières, désordonnées, comme ataxiques, qui s'affaiblissent très vite, en se transformant en oscillations ou trémulations fibrillaires; celles-ci cessent bientôt, en même temps que les ventricules se dilatent et que les oreillettes continuent à battre rythmiquement. Dès que les trémulations ventriculaires ont commencé, le pouls artériel disparaît, la pression du sang dans les artères tombe à zéro, et désormais on ne peut plus par aucun moyen rétablir la fonction rythmique des ventricules. L'expérience réalisée de cette manière n'a cependant réussi qu'un très petit nombre de fois (3 sur 14) : ce qui prouve sans doute que le centre nerveux dont il s'agit est mal déterminé anatomiquement et très limité.
Etant donnée cette difficullé d'obtenir par l'excitation
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mécanique un résultat constant, nous avons eu recours aux excitations électriques. Ce n'est pas que l'action des courants de pile et des courants induits sur les mouvements des ventricules n'ait déjà été bien établie par MM. Panum, Liidwig et Iloffa, Einbrodl, Wooldridgc, Tigerstedt et surtout par M. Vulpian (1874) ; mais il s'agissait d'étudier l'action électrique sur le point du cœur que nous considérons. Or, nous avons vu que la faradisation de ce point, avec un courant de moyenne intensité, détermine les trémulations ventriculaires si caractéristiques, que les nerfs pneumogastriques ou modérateurs du cœur aient été ou non sectionnés ou bien paralysésou non parl'atropine.Si l'intensité de l'excitation varie, lesrésultats ne sontplusles mêmcs.En effet, nous avons constaté que, si l'on diminue la fréquence des chocs d'induction (jusqu'à 9 et 40 par seconde), l'intensité du courant restant la même, ou bien si, inversement, on diminue l'intensité du courant, sans faire varier la fréquence des excitations, on détermine une très grande accélération des contractions cardiaques, qui cesse en général immédiatement dès qu'on interrompt la faradisation. Si alors, les électrodes étant replacées au même point, on augmente soit la fréquence des excitations, soit la force du courant, on voit se produire des trémulations des ventricules.
Ce n'est pas seulement à la suite de l'électrisation du tiers supérieur de la cloison ventriculaire que nous avons observé ces phénomènes : c'est aussi par l'excitation, dans les mêmes conditions, du tiers moyen et du tiers supérieur, et même des parois des ventricules. Faut-il attribuer ces effets à la diffusion du courant jusqu'au point nerveux dont nous avons parlé, qui serait ainsi une sorte de nœud vital du cœur? Pour diverses raisons expérimentales, cette manière de voir ne nous paraît pas admissible.
Les résultats acquis ne nous autoi'isenl même pas à con-