‹ Traité des maladies du cœurChapitre 142 sur 418 · TVI'i:s NKIIVEUX DU CŒUR · texte numérisé non relu

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conservé loulcs ses connexions avec le reste du co:;ur ; celle découverle, qui apparlienl à Bowditsch, démontre que le muscle cardiaque ne se comporte en aucune façon comme les muscles striés, et que la répartition des fonctions entre les muscles et les nerfs du cœur diffère totalement de celle du corps.

La transmission d'une excitation quelconque, par exemple dans le ventricule, doit faire d'ailleurs supposer, d'après les belles recherches d'Engelmann, que l'excitation progresse directement de cellule en cellule, et ne provoque une contraction dans le muscle lui-même que si une portion du ventricule adhère encore à l'oreillette pulsatile; c'est cette portion qui après chaque systole de l'oreillette se contracte et de proche en proche jusqu'à la pointe, en passant par toutesles cellules musculaires, ce qui explique la contraction toujours maxima du ventricule. Le muscle cardiaque doit donc être directement excitable. Avec cette conception on s'explique facilementles contractions totales provoquées par l'irritation dans tous les fragments privés de nerfs.

Ces remarques importantes sur les battements des cœurs sans ganglions ne concordent guère avec les idées de Stannius qui admet deux sortes de centres, ceux qui enrayent les contractions et ceux qui les provoquent; la découverte de Bowditsch ne cadre pas mieux avec l'opinion de Ludu'ig qui considère que l'opération de Stannius n'est qu'une manière de rendre exangues les ganglions et de les arrêter. — Nous verrons bientôt quelle est l'influence du sang et d'autres liquides sur ces ganglions.

Ludwig, puis Bidder cherchèrent et trouvèrent de nouveaux groupes ganglionnaires dans l'épaisseur de la cloison auriculoventriculaire et dans le sillon auriculoventriculaire; ceux de la cloison, d'après Bidder, sont rythmiques ou automatiques; ceux de la valvule auriculoventriculaire

CENTRES NERVEUX INTRACARDIAQUES. 151 •

seraient cV ordre réflexe^ ce qui est contredit par Eckhard, Ilcidenhain, tandis que Goltz considère tous les ganglions indistinctement comme agissant par voie réflexe, et comme excités dans leur action par le sang qui arrive au cœur. Il est impossible de conclure, si ce n'est ceci : c'est qu'on abuse des ganglions de Remack et de Bidder qu'on a prétendu reconnaître et même sentir.

Influence des agents mécaniques et chimiques. — Tout

ce que nous en savons c'est que la pression intracardiaque et surtout le sang et les gaz ont une influence marquée sur le fonctionnement de ces centres intracardiaques, dont Ranvier a parfaitement étudié les connexions avec les nerfs vagues. Par une pression forte le cœur s'accélère, et Heidenhain a observé que quand la pression cardiaque est exagérée, les pulsations deviennent irrégulières ou même retardées.

Mais le véritable excitant du cœur n'est ni mécanique, ni physique; il est d'ordre chimique : c'est le sang qui influence surtout le cœur; un cœur rempli de sang artériel, oxygéné, bat plus longtemps que quand il est alimenté par un sang veineux. Si au lieu de sang pur on introduit dans le cœur du sérum ou du sang dépouillé de globules rouges, il bat bien plus lentement; si le sang manque, l'action de cet excitant s'éteint promptement; c'est qu'il faut en efl"et de l'oxyhémoglobine, pour exciter les ganglions. Toutes ces données se vérifient lorsqu'on soumet le cœur aux divers agents chimiques, les sels, les poisons, les gaz.

^ Le cœur de grenouille bat jusqu'à douze heures dans l'oxygène, trois à quatre heures dans l'atmosphère, et s'arrête dans plusieurs gaz qui à la façon de l'hydrogène ou de l'azote le privent d'oxygène sans l'empoisonner, ou qui à la façon de GO^ ou du protoxyde d'azote agissent d'une manière toxique sur les ganglions nerveux, de manière à les paralyser.

Les sels ont un effet très varié; de petites quantités de potasse augmentent l'action du cœur, de grandes doses le ralentissent et l'arrêtent. Le chlorure de sodium n'opère pas de la même façon. On a même fait des expériences bien singulières. Un cœur irrigué avec une solution de sel de 0,6 pour 100 tend à diminuer de contractilité, et tombe finalement dans un état d'épuisement complet (Vulpian). Puis si dans cet état on ajoute à la solution saline un des éléments du sang, du sérum, ou une substance albuminoïde, ou une petite quantité de. potasse, ou bien 1 à 10 pour 100 de sang, les pulsations recommencent souvent avec force. Or, comme l'observe Kronecker, dans ces conditions la pointe du cœur qui est énervée participe aux contractions ; il faut attribuer à la musculature elle-même de cette pointe le pouvoir contractile, qui est plus facile à exciter à la pointe que dans le reste du myocarde (Bernstein, Bowditsch, Basch).

Ainsi les ganglions et les nerfs du cœur ne sont pas indispensables pour développer des pulsations rythmiques, mais ils sont d'abord facilement excitables, et il résulte de là une plus grande garantie pour le fonctionnement régulier du cœur; en deuxième lieu ils sont nécessaires pour présider à la transmission de l'excitation du sinus à l'oreillette, et de de celle-ci au ventricule; en troisième lieu la transmission lente par les ganglions (Marchand) fait que le ventricule commence seulement à battre quand l'oreillette a à peu près terminé sa pulsation, ce qui est important pour produire une élimination régulière du sang.

§ 2. — Physiologie du muscle cardiaque. Rythme du cccnr.

Le cœur a un pouvoir de contraction rythmique que

PHYSIOLOGIE DU MUSCLE CARDIAQUE. ioS

n'ont ni les muscles striés, ni les muscles lisses, qu'est-ce donc que ce rythme?

Les contractions du cœur se font à intervalles réguliers, séparées les unes des autres par de courtes périodes également régulières ; c'est là le rijthme du cœur; c'est la propriété spéciale du cœur de se contracter ainsi. C'est à Marey que l'on doit la connaissance exacte de ce fait qui domine la physiologie, et j'ajoute, la pathologie du cœur. Il a vu surtout que chaque excitation laisse après elle un stade d'excitabilité moindre, c'est la période réfractaire. Il a vu en outre que les systoles ou contractions provoquées artificiellement ne troublent pas sensiblement le rythme, et ce fait confirme la loi deVuniformité du travail du cœur. Il a constaté enfin après Bowditsch que le rythme avec toute cette caractéristique se produit même en V absence du système nerveux; ainsi la pointe du cœur, séparée du reste de l'organe, bien que ne contenant ni nerfs, ni ganglions nerveux, continue à battre après la mort.

Ce qui prouve cette autonomie du muscle cardiaque, c'est que la grandeur de sa contraction n'est pas proportionnée à l'intensité de l'excitation. Au contraire le maximum de l'action correspond souvent avec le minimum d'excitation. Il en résulte que les excitants rythmiques sont souvent trop prompts pour provoquer des pulsations isochrones, et ne conduisent jamais à cette série subintranle de contractions qui constituent la contraction tétanique ; jamais le cœur ne s'arrête en tétanos comme le fait un muscle ordinaire. Voilà une particularité qui distingue la musculature du cœur. C'est celte série de phénomènes qui constitue, comme le dit Dastre, la loi musculaire du cœur.

Comme le rythme échappe à l'influx nerveux, Dastre ajoute qu'il est sous l'influence des variations périodiques de la pression qui se produisent dans le cours d'une évolution

cardiaque, c'est-à-dire quand il passe de la systole à la diastole; chaque afflux de sang fait contracter le muscle; le sang agit d'une manière mécanique par la pression qu'il exerce sur les cavités du cœur, d'une manière chimique par l'oxygène des globules sanguins.

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