DES PALPITATIONS
§ 1 . — Description.
Les palpitations sont surtout marquées par quatre ou cinq signes dont les deux premiers sont constants.
1° Des battements plus fréquents, parfois QUSsi plusbrcfs,
c'est là le fait dominant.
2° Des contractions carcita(|ues qui paraissent plus intcnses, parce qu'elles sont accompagnées d'une sorte de cliquetis métallique et d'un choc plus étendu, ce qui fait paraître le choc plus fort, et l'imfîulsion du cœur plus énergique, tandis qu'en réalité il n'est que plus facilement perceptible soit à cause d'une dilatation concomitante du cœur, soit à cause d'une déplétion plus fréquente du cœur qui, ayant ainsi moins de résistance à surmonter, se contracte plus librement, plus facilement, et plus bruyamment. Le cliquetis qui se perçoit généralement pendant le choc et près de lui est souvent remplacé par un léger souffle systolique qui se propage à la base ou s'y perçoit exclusivement. Quand le cliquetis est affaibli, l'énergie du cœur est au minimum.
malgré les batLements si fréquents, et le choc lui-même n'existe plus.
3° Coïncitlence avec l'arythmie LcS palpitations ne SOnt
constituées en général que par cette accélération des battements; on les voit cependant coïncider parfois avec l'arythmie ou avec des intermittences du cœur, ce qui est bien plus rare. Or, dans l'arythmie, le pouls ne traduit pas toujours d'une façon précise l'irrégularité et le désordre du cœur. Il en est de même dans les palpitations avec ou sans arythmie; les pulsations radiales ne correspondent pas toujours exactement avec les battements du cœur.
La circulation capillaire est toujours plus ou moins troublée dans les palpitations, le visage est généralement d'une pâleur extrême et plus rarement rouge; dans le premier cas, les malades accusent souvent une sensation de froid; dans le second, ils se couvrent parfois de sueurs.
4° Sensations. — La plupart dcs palpitations donnent lieu à des sensations spéciales perçues par les malades sous forme de choc douloureux et violent dans la poitrine, soit au niveau de la région précordiale, soit dans d'autres points et même du côté opposé par irradiation des sensations dans les plexus cervico-brachiaux. D'autres ont conscience des pulsations qui se produisent aux deux temps du cœur, ou bien dans les artères superficielles, en particulier dans celles de l'oreille, et qui troublent souvent leur repos ou leur sommeil; tout est agité, le cœur comme les artères. Il esta noter cependant qu'il y a défaut absolu de concordance entre la palpitation réelle et les sensations perçues par le malade. Ainsi il se peut qu'au moment où il annonce ces sensations subjectives le médecin ne constate aucun signe réel; dans ces cas, il s'agit le plus souvent de névralgie intercostale, ou de frémissement dans les muscles des parois thoraciques; ce sont des pseudopalpitations.
PALPITATIONS. — SIGNES." o^J
De douleurs véritables dans le cœur il n'est pas question, la sensibilité du cœur n'existe pas ou plutôt elle ne ressemble en rien à celle des autres organes, et les propriétés sensibles du nerf vague n'ont pas d'analogie avec celles des autres nerfs. Par contre, ainsi que l'a prouvé F. Franck, il existe dans l'endocarde des points nombreux dont l'excitation provoque des actes réflexes sur divers organes ou sur les centres nerveux; c'est un mode spécial d'impression et de réaction.
Sensations diverses. — Au lieu de douleurs les malades accusent, presque toujours même, une grande anxiété respiratoire, ou bien une soif d'air des plus pénibles, avec resserrement dans le thorax. Parfois même, pendant ou après les grands accès de palpitation, il se manifeste de véritables syncopes.
Mais toutes ces perceptions peuvent faire entièrement défaut; il est des malades qui ne se doutent pas de l'accélération de leur cœur, surtout quand le choc est modéré, et cependant l'auscultation permet de constater tous les troubles que nous avons indiqués.
5° Dilatation quelquerois primitive; pas d'hypertrophie ni primitive ni consécutive atix palpitations. — On pCUt trOUVCr
parfois une dilatation du cœur parmi les causes et les signes des palpitations; l'hypertrophie n'est ni cause, ni signe, ni surtout l'effet des palpitations. On dit qu'elles mènent à l'hypertrophie, parce que le cœur, travaillant plus qu'à l'état normal, doit se développer comme un muscle quelconque; mais nous savons maintenant que le travail effectué n'est nullement augmenté, il est seulement réparti d'une autre façon; les contractions sont plus nombreuses dans les palpitations, mais chacune d'elles est moins énergique qu'à l'état normal; c'est tout au plus si les palpitations persistantes, prolongées, peuvent user et dilater le cœur ; encore
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si on est en présence d'une dilatation, on doit se demander si elle n'est pas primitive et cause des palpitations plutôt que leur conséquence.
§ 2. — Palpitations expérimentales.
On peut produire des palxtitatîous do plusieurs façons.
1° Par la paralysalion des nerfs vagues, par section; c'est ainsi qu'on les obtient le plus sûrement et de la manière la plus persistante; c'est la palpitation vago-paralytique qui se retrouve le plus souvent dans l'ordre pathologique.
On peut aussi, en excitant les nerfs accélérateurs, obtenir une augmentation des battements, mais nous connaissons l'instabilité des effets de cette excitation; les physiologistes sont en complet désaccord sur la propriété accélératrice de ces* nerfs. On peut, en excitant les centres cardiaques, de la moelle cervicale et de la moelle allongée augmenter peut-être l'énergie du cœur et la pression artérielle; mais ce ne sont pas là les phénomènes des palpitations. C'est cependant par ces centres que doivent passer les impressions, qui venant de la périphérie gagnent la moelle et se réfléchissent sur les filets sympathiques du cœur; il semble qu'il n'y ait pas d'autre explication de ces palpitations réflexes qu'on invoque si souvent dans l'état pathologique. Toutefois il ne faut pas oublier les vaisseaux et le centre vasomoteur, qui peut entrer en jeu par ces excitations; tantôt il peut déterminer par voie réflexe les contractions vasculaires de tous les organes : dans le cerveau ce sera une anémie du foyer du nerf vague, donc une paralysie; tantôt, et cela surtout si on excite les nerfs splanchniques, on produit une paralysie du centre vasomoteur, qui se traduit par une turgescence de tous les vaisseaux de l'abdomen, d'où il résulte encore une