PALPITATIONS. — CAUSES
Chez les enfants en voie de croissance on constate souvent des palpitations qu'il ne faut pas confondre avec celles qui résultent de mauvaises habitudes. Dans la plupart des cas, il faut se défier de ces palpitations dites nerveuses; elles se rattachent, le plus souvent chez les enfants jeunes, surtout ceux qui sont condamnés à des exercices physiques exagérés, à la dilatation atonique du cœur, ou bien elles dépendent des déplacements du cœur à la suite de mauvaise conformation de la poitrine.
A partir de l'âge de 12 ans jusqu'à 16 et 20 ans, on observe les hypertrophies de croissance très nettes qui ne résultent jamais des palpitations, quoi qu'on en ait dit encore récemment, car les palpitations n'exagèrent pas l'action effective du cœur. Ces hypertrophies comme toutes les autres ne produisent que rarement des palpitations; c'est le privilège des dilatations de troubler ainsi le fonctionnement du cœur.
Parmi les lésions des orifices et des valvules qui donnent lieu le plus ordinairement aux palpitations, il fautplacer l'iwsuffisance des valvules aortiques. Cette maladie, si fréquente dans la jeunesse et si compliquée dans l'âge avancé, provoque un reflux du sang de l'aorte dans le ventricule gauche; il en résulte que le ventricule ne lance plus qu'une quantité insuffisante de sang dans la tête et le cerveau ; de là la pâleur du visage si souvent confondue avec la décoloration anémique; de là aussi les palpitations avec la dyspnée par les moindres efforts musculaires et surtout par la marche ascensionnelle; c'est une sorte anémie cérébrale qui donne lieu à des palpitations non par la diminution des globules ou de l'hémoglobine comme dans les anémies totales, mais par le défaut de sang dans les organes intra-craniens, particulièrement dans la moelle allongée.
Les palpitations n'ont pas à beaucoup près la même importance dans le rétrécissement mitral ni dans l'insuffisance
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mitrale; ces lésions s'annoncent par les signes les plus évidents avant ou avec les palpitations.
3° OriK-ino uorvciiHo, psychique, réflexe. — L'origilie nCF-
veuse des palpitations est de beaucoup la plus fréquente et elle présente plusieurs variétés. Avant de se prononcer sur leur essentialité nerveuse, il est bon de chercher si elles ne sont pas le résultat d'une action indirecte de certains organes ou de certaines maladies sur le système nerveux du cœur. L'appareil digestif et les organes ovario-utérins exercent une influence incontestable sur la formation des palpitations.
Les atonies flatulentes de l'estomac et de l'intestin provoquent des palpitations bien plus souvent que ne le fait la dyspepsie chimique; les premières agissent surtout d'une manière mécanique en accumulant les gaz dans le tube digestif, en distendant la cavité abdominale, en rétrécissant ainsi la cavité thoracique de manière à troubler le fonctionnement du cœur. Ces malades guérissent de leurs palpitations par quelques laxatifs, car elles n'ont rien de nerveux. Il n'en est pas de même des dyspeptiques, surtout des hyperchlorhydriques. Il suffit même souvent d'un repas copieux ou mal digéré pour donner lieu à des palpitations; le sang dans ces cas est surchargé de peptones qui irritent les nerfs du cœur comme le système nerveux en général. Les palpitations ne manquent jamais dans ces empoisonnements singuliers, dans ces éruptions souvent graves produites par l'usage des crustacés. Chez les gastro-dyspeptiques les palpitations se produisent par une action réflexe, c'est-à-dire par compression inconsciente des terminaisons des nerfs vagues gastriques, les seuls nerfs sensibles ; ils réagissent sur le bulbe par l'intermédiaire de la moelle allongée, de manière à exciter les nerfs accélérateurs. S'agit-il d'affections intestinales? Ici encore les atonies avec météorisme peuvent agir mécani-
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quement sur le diaphragme, refouler et troubler ainsi l'action du cœur; les entéro-dyspepsies, les entérites mucino-membraneuses réagissent plutôt par l'intermédiaire de la circulation abdominale; le système nerveux intestinal, formé par les grands splanchniques, dilate les vaisseaux de l'abdomen ; delà un grand trouble de la circulation générale et par conséquent du cœur, se traduisant par des palpitations. Mais ce sont surtout les affections vermineuses de l'intestin, les tiionias qui produisent les palpitations, en vertu d'une irritation permanente qui se propage à la moelle allongée et se réfléchit sur les nerfs accélérateurs. Les pneumo-gastriques, comme on le voit, n'ont rien à faire ici dans la production des troubles moteurs du cœuv.
On a parlé d'un pneumo-gastrique triple dont les branches agiraient avec une prodigieuse facilité l'une sur l'autre; la branche gastrique entre autres exciterait le tronc cardiaque, tantôt pour enrayer, tantôt pour accélérer le cœur; ces visées constituent une hypothèse physiologique, car le nerf vague cardiaque moteur n'est pas un nerf vague ; c'est un spinal, qui ne fait plus partie de l'association des trois memlires de l'association vague; d'une autre part, dans le cas présent, le pneumo-gastrique pour faire les palpitations doit être paralysé et non excité. — Ainsi les actions réflexes partant des organes digestifs prennent le chemin des divers nerfs du cœur, soit du spinal dans certains cas, soit de l'accélérateur sympathique dans d'autres circonstances.
Une action réflexe se produit aussi sur le système nerveux en partant des organes ovario-utérins; chez les femmes enceintes, chez celles dont les règles sont troublées, ou qui sont affectées de déplacements utérins ou d'inflammations catarrhales de .la matrice, l'excitation nerveuse se propage de l'utérus à la moelle allongée et se reflète sur le cœur dont les battements deviennent précipités.
Origine névrosiqiie. — Dès qu'on a pu éliminer dans la recherche des causes des palpitations les origines anémotoxiques et les origines réflexes, il ne reste plus qu'à conclure à l'existence de palpitations nerveuses primordiales, ou consécutives à une névrose générale. On entend fréquemment des hystériques et des hypochondriaques se plaindre de palpitations; mais à cet égard il y a une question de priorité à résoudre. Lorsqu'un hypochondriaque accuse des palpitations parce qu'il a delà mélancolie, ou s'il est mélancolique parce qu'il s'attriste de l'état du cœur, c'est cette dernière éventualité qui est le plus souvent vraie. Pour l'hystérique c'est l'inverse ; il est rare qu'elle soit triste ou préoccupée de son état, et ses palpitations proviennent de la névrose. Chez les uns et chez les autres, l'estomac et les intestins sont souvent frappés d'atonie et d'un tympanisme plus ou moins grave qui gêne directement l'action du cœur; dans d'autres cas plus rares les palpitations sont d'ordre nerveux; elles participent alors à l'état névropathique général, et dépendent des mêmes causes que les troubles de tout le système cérébrospinal. Nous verrons les mêmes phénomènes se produire dans la névro-asthénie générale localisée (voir chapitre xxv).
Origine psychique. — En supposant enfin qu'il ne s'agisse pas de névropathies simultanées ou préalables, on peut observer des palpitations sous l'influence directe des causes morales ou des impressions nerveuses chez les individus les moins nerveux; en général on admet que les battements du cœur naissent sous l'empire des passions diles excitantes comme la joie, la colère, ou des passions déprimantes comme le chagrin, les craintes, ou bien encore des préoccupations morales, des insomnies et même des excès de travail intellectuel. Je crois qu'on peut nier résolument cetire dernière cause si elle n'est pas accompagnée de préoccupations; quant aux autres causalités nerveuses, si on ne peut pas les mettre en
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doute, on est tenu d'en réserverles explications. Le problème se pose en effet ainsi : ou bien les palpitations qui résultent de ces impressions cérébrales ou psychiques, plus ou moins prolongées, dépendent de l'excitation réflexe du sympathique cervical accélérateur, ou bien de laparalysation du centredu nerf vague, ce qui accélère les battements; ou bien enfin, et c'est là la plus grande somme de probabilités, les impressions atteignent le centre vasomoteiir dans la moelle allongée ; c'est de ce centre que partent les nerfs vasomoteurs et dilatateurs des artères. Sous l'influence en effet d'une excitation morale, le premier effet qu'on observe c'est la pâleur ou la rougeur de la face, résultant l'une de l'irritation des nerfs constricteurs, l'autre des nerfs dilatateurs des artérioles de la face; il est vraisemblable que le même effet se produit dans le bulbe lui-même d'où naît le nerf vague; si le bulbe est en butte à des alternatives d'anémie et d'hyperémie, le foyer central du nerf vague sera paralysé à un moment donné ; de là des palpitations nerveuses qui peuvent durer aussi longtemps et même plus encore que celles qui résultent d'une lésion du cœur lui-même. Il résulte de là que le mécanisme aboutit toujours dans ces cas à des paralysations du centre du nerf vague; les palpitations psychiques sont donc de l'ordre paralytique, c'est-à-dire de la catégorie des débilitations; c'est là du reste le genre de palpitations le mieux démontré et le plus fréquent.