‹ Traité des maladies du cœurChapitre 170 sur 418 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

CŒUR MUSCULAIREMENT FORCÉ

Sous le nom de cœur forcé, surmené {weakened heart) on désigne (voir chapitre xxv) (b) ce cœur qui, sous l'influence des fatigues corporelles, subit des altérations profondes dans sa texture et dans ses dimensions, c'est-à-dire des dilatations avec atrophie ou dégénérescence.

Historique et causes. — Peacok, Albutt ont observé ce cœur surmené chez les ouvriers dont la profession, comme celle de portefaix, de bûcherons, mineurs, forgerons nécessite un grand déploiement de forces. La plupart du temps à ce travail mécanique se joint une hygiène défectueuse, une alimentation insuffisante. L'exemple le plus saisissant est emprunté aux malheureux bûcherons de Tubingue qui meurent deprivalions, de fatigue générale et surtout du cœur surmené; ce cœur de Tubingue est le type du cœur forcé.

Les mêmes faits ont été observés dans les armées en campagne par Thurn et Frantzel, Myers, Dacosta sur les soldats après de longues marches et sans doute de fréquentes privations; il se manifeste chez eux une série de troubles cardiopulmonaires qu'on attribue au surmènement du muscle car-

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diaqiie. Dans un remarquable travail de Leyden (Zeilschrift fur kl. MecL, 1886) se trouvent réunis tous les éléments de la maladie et sa causalité. Après avoir fait remarquer que la fatigue muscalaire peut surprendre les cardiaques, particulièrement ceux qui sont atteints d'insuffisance aortique, en aggravant brusquement leur situation, Leyden expose l'histoire pathologique, puis les lésions des individus surmenés de par le cœur. En France Daga et Coustan ont observé ce surmenage fréquemmentchezlesjeunes soldats après des exercices forcés.

Symptômes. — Dans un premier stade le malade accuse : 1° une dyspnée continue quipeut l'empêcher de se livrer aux moindres mouvements même à lamarche ordinaire; il estpour ainsi dire dans un état d'anhélation continue ; une inaptitude intellectuelle vient se joindre à la faiblesse physique et se mesurer sur elle ; 2° une accélération considérable du pouls se manifeste qui peut monter à 110 ou 120 avec une grande irrégularité des battements; 3° une impulsion exagérée de la pointe du cœur est à noter, parfois le bruit de galop, qui d'après Frantzel résulte directement de la faiblesse du cœur, d'après Leyden d'une contraction ventriculaire en deux temps, et d'après Potain d'un bruit surajouté aux contractions normales; 4<' il est facile plus tard de constater une dilatation du cœur, surtout du ventricule gauche, laquelle se traduit par l'augmentation du son mat à gauche, par la propulsion de la pointe veçs la ligne mamillaire, par une descente de la pointe jusqu'au 6° ou 5' espace intercostal, rarement un bruit de souffle systolique; tout ceci indique une dilatation qui n'a rien de spécial ; le cœur semble donc finir par une grave dilatation, qui peut, comme les autres aiï'ections cardiaques arrivées à la période troublée, entraîner les stases dans les veines, l'hydropisie, la stagnation du sang dans les capillaires, c'est-à-dire la cyanose. Ceux qui se remettent après ce surmenage musculaire général et cardiaque doivent leur

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