CHAPITRE XXXVI
CŒUR DOlJLOUREVX
CARDIODYNIES ET GARDIACALGIES
§ 1. — Diverses douleurs tlioraciques.
a. Douleurs tlioraciques près du cœur. — Il est des phénomènes douloureux, en dehors de l'angine de poitrine, qui siègent dans la région précordiale ou dans son voisinage, et qui sont absolument indépendants des nerfs sensitifs du plexus cardiaque; quoique rapportée par les malades au cœur lui-même, la souffrance n'affecte pas cet organe, alors même que ces sensations subjectives sont accompagnées de palpitations. Dans ces cas la localisation de la douleur aussi bien que son interprétation séméiologique sont inexactes. On a affaire à des hystériques, à des chlorotiques, ou simplement à des anémiques, et non point à des cardiaques. D'autres fois ce sont des goutteux ou des rhumatisants qui se croient atteints de maux du cœur que grandit encore leur imagination maladive. Chez l'un, c'est le rhumatisme qui s'est porté sur le cœur; chez l'autre la goutte est remontée. Or, si on cherche à approfondir ces autodiagnostics, on en trouve le plus souvent la cause dans certaines
sensations douloureuses qui ont leur siège dans les nerfs des muscles, surtout ceux de la poitrine, ou dans les nerfs intercostaux ; d'autres fois il ne s'agit que d'une distension gazeuse de l'estomac liée à quelque dyspepsie flatulente de vieille date. Ces exemples sembleraient puérils s'ils n'étaient si fréquemment observés, et si ces nosomanies cardiaques ne hantaient si souvent l'esprit des malades.
b. Douleurs périphériques du cœur malade. — Mais à côté de ces nosomanes cardiaques il est d'autres malades qui tout en rapportant à leur cœur des souffrances étrangères à cet organe, n'en sont pas moins atteints d'une affection cardiaque qui s'est cachée sous la forme d'une névralgie intercostale, ou d'une simple pleurodymie. Ces cas quoique rares méritent néanmoins d'être connus; ils signalent, ils dévoilent une affection cardiaque et ne consistent cependant que dans les douleurs musculaires ou nerveuses périthoraciques. Dans cette forme de sensations subjectives, la douleur est réelle et souvent même vive, elle n'est cependant pas dans le cœur ; mais elle est provoquée par lui sous forme d'irradiations ; c'est un point de côté cardiaque aussi mal défini que les points de côté d'origine pneumonique.
§ 2. — Cardiacalgics dîtes fausses ang^ines de poitrine.
Le mot cardiacalgie, qui veut dire douleur du cœur, ne doit pas être confondu avec la cardialgie on gastralgie douloureuse aiguë. Je réserve à ce nom de cardiacalgics les douleurs qui sont perçues dans la région péricordiale, principalement à la base, plus rarement à la pointe du cœur, qui le plus souvent s'irradient de là au plexus cervicobrachial gauche, et s'accompagnent habituellement de l'angoisse, de l'anxiété ou du resserrement de la poitrine, trois phénomènes
qu'on considère comme caractéristiques soit de l'angine de poitrine vraie, soit de l'angine de poitrine dite fausse uniquement parce que celle-ci ne tue pas, tandis que l'angine vraie est le plus souvent mortelle. Si je parviens à démontrer que le parallèle entre les deux angines n'est pas soutenable, que la distinction reposant sur la léthalilé de l'une et la bénignité de l'autre ne saurait être établie sérieusement, attendu que la pseudo-angine peut faire mourir, et que l'angine vraie ou sclérocoronaire peut guérir au moins pendant un certain temps ; si je prouve que le mécanisme de la fausse angine n'a aucun rapport avec celui de l'artériosclérose coronaire, que leurs causes réciproques diffèrent, et qu'enfin laphénoménalité des deux affections diffère totalement, je demanderai comme conclusion logique qu'elles soient séparées dans le cadre nosologique. C'est ce que j'ai fait en décrivant l'une sous le type d'artériosclérose coronaire, et ce que je ferai en plaçant l'autre sous la rubrique des affections douloureuses et nerveuses du cœur, etcelasouslenomdecardiacalgies, qui fera oublier l'angine et songer à une névrose du cœur douloureux. Je dis cardiacalgie comme on dit hépatalgie; car, si on n'a jamais songé à faire des calculs hépatiques vrais et des pseudocalculs hépatiques, il n'y a pas plus de raison de créer, à côté de la sclérose coronaire authentique, une sclérose falsifiée.
L'étîoiogîe de la cardiacalgie, d'après cela, ne peut pas offrir la moindre parité avec celle de la sclérose coronaire. Voici rénumération des causes attribuées aux cardiacalgies : 1" la goutte; 2° le diabète; 3° l'alcoolisme. Or ces trois premières conditions doivent disparaître du tableau des cardiacalgies par la raison bien simple, c'est qu'il s'agit exactement des mêmes lésions que dans la sclérose coronaire. Les angines goutteuse, diabétique, alcoolique ne sont rien moins que nerveuses, ou essentielles, ou fausses; pour la goutte il
suffît de lire les observations exactes pour s'en convaincre; il en est demêmepourles angines d'origine alcoolique. Quant au diabète je l'ai vu si souvent produire ces lésions coronaires, que je ne peux pas concevoir le moindre doute sur l'origine de ces affections cardioartérielles, qui ne sont nullement l'effet du hasard, ou d'une coïncidence entre le diabète et les artérioscléroses. Il nous reste donc à chercher dans les observations plus que dans les théories la valeur des causes de ces états disparates appelés pseudo-angines, et dénommés : 1° toxiques (tabagiques); 2" nervosiques; 3° gastriques. 4" Nous aurons aussi à examiner la signification des pseudoangines d'origine vasomotrice.