I. Cardiacalgicis toxiques. — Pscuilo-angîue ta|jag:iquo
Indiquée par Beau chez les fumeurs émérites, observée par Gélineau sur un jeune marin qui fumait avec rage la cigarette, la pseudo-angine tabagique fait depuis plus de vingt ans les frais d'une véritable terreur et d'une campagne acharnée contre l'usage du tabac. — 11 est bien certain que le tabac peut produire toutes les espèces de troubles nerveux du cœur, les intermittences, les palpitations qu'on peut même reproduire sur les animaux; à petite dose il produit, d'après Traube et Rosenthal, un abaissement de la pression artérielle (de près de moitié) et un ralentissement des pulsations de près d'un tiers; à dose toxique il survient une arcélération considérable du pouls, avec excès de pression, c'est-à-dire précisément l'inverse des phénomènes de la première période; c'est la deuxième phase qui a été vue par Cl. Bernard et lui a fait considérer la nicotine comme un poison vasculo-cardiaque.
Il y a d'abord une action du poison sur l'extrémité terminale du nerf vague et non sur les ganglions, car on peut en atténuer les fonctions par l'atropine sans que la nicotine perde sa toxicité sur le cœur. L'excitation du nerf vague ter-
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minai se caraclérisme chez l'homme par des inLermitlences et de la bradycardie; en deuxième lieu il existe une tension exagérée des vaisseaux, et cela par suite de l'excitation du centre vasomoleur, d'où augmentaiion de pression intravasculaire, et en môme temps contraction des vaisseaux. Aune période ultérieure tout cela va changer; il se produira des palpitations avec de l'arythmie par suite de l'épuisement certain delà tonicité des nerfs vagues ; mais de là à l'angine de poitrine il y a loin.
Nous supposons, dans toute cette étude, que le tabac n'agit que par la nicotine, comme on est tenté de le croire d'après les expérimentations et l'observation clinique; mais quelques chimistes ont admis que la fumée de tabac ne conlientplus de traces de tabac; d'autres ont attribué l'action du tabac à un acide spécial, l'acide picolique (Wohl, Zeis); d'autres encore ont imaginé l'action de l'hydrogène sulfuré, de l'oxyde de carbone, de l'hydrogène cyanique qui se dégageraient de la fumée; il ne faut pas oublier. les pyridines résultant de la combustion du tabac. La théorie de la nicotine étant admissible, il nous reste à insister sur les effets vasculaires du poison. En me guidant d'après les expériences de Cl. Bernard sur la contraction énergique des vaisseaux chez les animaux nicotinisés, j'ai pensé pouvoir admettre un spasme fonctionnel des vaisseaux coronaires par suite de l'excitation de leurs nerfs vasoconstricteurs ; de là une ischémie du cœur, rappelant l'ischémie provoquée par le rétrécissement mécanique des artères coronaires sclérosées; il ne me « semble pas irrationnel, ai-je dit il y a cinq ans, d'invoquer un spasme coronaire analogue à la contraction tétanique des vaisseaux ». Mais cette hypothèse quia été généralement adoptée ne me paraît pas reposer sur des données exactes ni au point de vue physiologique, ni sous le rapport clinique.
Les fausses angines ont, dil-on, des accès très proloni^és et souvent très répétés; or il est impossible d'admettre une contraction artérielle durant une à deux heures de façon à oblitérer les vaisseaux coronaires et rendre le cœur exsangue.
Les fausses angines tabagiques se rapprochent singulièrement des angines vraies, ne serait-ce que par leur léthalité; sur huit observations de Beau, deux se rapportent à deux cas mortels dont les autopsies ont démontré une fois une dégénérescence graisseuse du cœur ; or on sait que ces états graisseux du cœur proviennent le plus souvent des artères coronaires qui n'ont élé examinées ni dans l'un ni dans l'autre cas. — La même négligence existe dans le cas mortel cité par Richter; dans une autre récit d'autopsie Favarger (Centralhl, 1887) parle encore d'infiltration graisseuse du cœur; le seul examen nécroscopique qui ait été pratiqué sérieusement se rapporte à un homme de 42 ans, dont la mort a élé attribuée à une syncope par Letulle qui a trouvé le cœur à. l'état. sain et les coronaires vides. Ainsi on peut mou- 1 rir de la fausse angine nicotique; sa bénignité n'existe plus et | cette condition suffit pour la faire effacer du cadre des fausses angines, puisque celles-ci ne tuent jamais. En effet, il s'agit de dégénérations consécutives (sans aucun doute) aux altérations coronaires qui sont admises par Iluchard. — Dans les nombreux cas qui ont guéri parle seul fait de la suppression du tabac, il me reste à savoir s'il ne s'agirait pas aussi de cardiaques, ou de sclérocoronaires; j'ai vu bien souvent des cardiaques, auxquels on défendait banalement l'usage du tabac, qui ne s'en portaient ensuite ni mieux ni plus mal; j'ai vu tout aussi souvent chez les cardiaques des accidents tabagiques qui n'avaient rien de commun avec l'angine de poitrine, et qui consistaient dans les intermittences ou palpitations plus ou moins pénibles.
On ne saurait cependant nier l'authenticité des faits assez
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nombreux qui simulent la phénoménalité de l'angor pectoris; mais celle-ci se trouve toujours au milieu des symptômes cardiovasculaires d'un empoisonnement général, d'une véritable intoxication nicotique chez des individus qui passent leur existence dans des atmosphères toxiques, dans les tabagies des cercles ou des cafés, ou même dans leur propre habitation dont l'air est imprégné de particules de nicotine. — En dehors de cette intoxication complète, on ne voit que rarement les accès angineux, et s'ils se manifestent, il faut se défier de l'intégrité de leur cœur et de leurs artères coronaires, d'autant plus que les signes ^e l'angine vraie sont souvent très douteux et obscurs (voir chap. xxiii), et que les signes de la pseudo-angine tabagique n'ont rien qui les distingue ouïes caractérise d'une manière spéciale. — Ainsi il s'agit ou d'une angine vraie, ou d'une intoxication générale et cardiovasculaire, ou bien d'une lésion cardiaque persistante chez un fumeur, ou bien enfin d'une cardiacalgie simple, difficile à discerner des altérations du cœur.
Diverses intoxications. Thé, café. — L'abus du thé est susceptible, dit-on, de produire des accès d'angine de poitrine; Percivalen 1817 et Stokes en 1842 ont bien parlé des palpitations, avec oppression, imminence de suffocation et sentiment d'un fin prochaine, chez les buveurs de thé; nous ne connaissons pas en France ce genre d'intoxication bien qu'il vienne récemment encore d'être signalé sous le nom de théisme. Quant aux abus du café, on ne peut leur attribuer que les palpitations, qui ne présentent pas d'analogie avec les phénomènes de l'angor pectoris.