CHAPITRE V
POULS. — SPHYGMOGRAPHIE
§ 1 . — Pouls physiolo^i
que.
Définition du pouls. - A chaque systole du ventricule qui lance en général 180 à 200 grammes de sang dans 1 aorte il se produit une augmentation brusque de pression, une onde très sensible qui se sent encore dans les artères moyennes (avec appui solide) sous forme de soulèvements de battements réguliers, c'est là le pouls. Les manifestations de la pulsation artérielle résultent des changements qui surviennent dans Impression du sang ou la tension artérielle, à la suite des contractions du cœur avec lesquelles le pouls est sensiblement synchrone. Lorsqu'une ondée sanguine poussée par le ventricule dans le système artériel vient augmenter subitement la tension dans ce système, l'artère se laisse dilater et se durcit; c'est ce double effet que le doi^t perçoit en déprimant l'artère. - On voit qu'en somme le pouls est la sensation perçue des phénomènes intra-artériels.
Aussi on ne se contente plus aujourd'hui de tâter le pouls pour savoir s'il est fort ou faible, s'il est dur ou mou, résis-
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tant OU dépressible, tardif ou brusque; ces propriétés de la pulsation varient en effet sous le doigt du médecin, et les appréciations au gré des divers explorateurs. Il est impossible de fixer les qualités du pouls, si ce n'est par les instruments enregistreurs, dont le sphygmographe de Marey est le type.
Tracés sphygmographiqioes. — Lorsqu'on place le sphygmographe sur l'artère radiale, le ressort, au moment de sa détente, donne une ligne ascendante et une ligne descendante
Fouis normal
76 Fu.lsat.ion s
Fig. 3. A. Ligne ascendante.
— S. Sommet. — D. Descente. -
- c. Saillie contractile.
réunies parun sommet. La première, plus oumoins verticale, plus ou moins allongée, indique la force d'impulsion du muscle cardiaque; le sommet doit être aigu dans l'état normal, et il est remplacé par une sorte de plateau dans certaines conditions morbides de l'artère; la ligne de descente est oblique et toujours marquée par trois saillies ou reliefs; celle du milieu G ou grande élevure est la plus importante. — Voici comment elle se produit. Lorsque le ventricule lance le sang dans l'aorte, les artères se contractent d'une manière uniforme, et la plus grande partie est projetée dans tout le tuyau artériel jusqu'aux capillaires; mais une partie de ce sang, par suite delà contraction artérielle, est refoulée vers son point de départ, c'est-à-dire vers le cœur; là, elle rencontre un obstacle dans les valvules aortiques qui se ferment après le passage du courant sanguin et forment ainsi
TVl'E VALVULAIliE.
une sorte de plancher; c'est contre cette cloison que l'ondée sanguine rétrograde vient se heurter; elle se réfléchit de nouveau vers la périphérie, et c'est elle qui constitue une ondée secondaire que l'on voit se dessiner sur la ligne de descente du tracé sous la forme d'une grande saillie C.
C'est Là la théorie de Landois. Une autre théorie, celle de Marey, considère l'ondée réfléchie comme partant des capillaires qui seraient une voie fermée ; l'ondée rebrousserait chemin vers les valvules aortiques, d'où elle reprendrait la
Fig-. 4. A. Ligne ascendante verticale mais courte. — S. Sommet très ai-u saillie élastique. - C. Saillie contractile. - B'. Seconde saillie élastique, de descente Iiorizontale.
■E. Première — D. Liarne
route de la périphérie. L'opinion la plus récente est celleci : la grande sailhe est due à Vélaslicité de l'artère qui, distendue par la systole ventriculaire, revient à son volume primitif en systole artérielle; mais on ne saisit pas bien comment cette rétraction élastique peut produire une ondée secondaire; on comprend mieux l'effet de la contraction musculaire.
Outre cette grosse élevure qui représente la grande ondée secondaire, on reconnaît sur le tracé de descente deux ou trois petits ressauts moins marqués (voir fig. 3 et 5); ils résultent de ce que le tube artériel qui est élastique en môme temps que contractile se trouve rapidement et énergiquement distendu, puis mis en oscillation comme une membrane de caoutchouc fortement tiraillée d'abord et détendue ensuite.
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L'artère en passant de l'état de tension au relâchement exécute ainsi des mouvements d'oscillation qui se dessinent sur le tracé sous forme de petites saillies l'une au-dessus, l'autre au-dessous du relief principal. — Toutes ces saillies, qui ont une grande importance, se développent en général en sens inverse ; laprincipale (C) indique, d'après Landois, une force contractile aujourd'hui contestée et attribuée à la tension de l'artère par suite de son élasticité mise en jeu; les autres dépendent aussi de la trame élastique du vaisseau (E). — Fig. 3 et 5.
Hi^p-evlrophit de croissance
Fig. 5. A. Ligne ascendante liypertropliiquo comme dans rinsuffisance aortique. — S. Sommet suraigu, mais sans crochet. — D. Descente d'abord brusque puis traînante. — C. Saillie contractile. — E. Saillies élastiques presque normales.
Le mécanisme généralement adopté est indiqué par Moëns. — On sait qu'à l'état normal la systole peut se dédoubler et faire croire à une double pulsation dont la deuxième est plus faible ; c'est le dicrolisme qui est un fait physiologique plus accentué dans la fièvre. — Or, la saillie principale correspond à ce dicrotisme que Moëns explique ainsi : chaque entrée systolique du sang dans les artères correspond à l'ouverture et à la fermeture immédiate de la voie d'introduction dans un système branchu de tuyaux élastiques. — Outre les ondes primaires il se développe dans un pareil système une série d'ondes de fermeture ; la grande ondée réfléchie de Landois c'est la première onde d'occlusion de Moëns, et de même que celle-ci on peut aussi percevoir une deuxième onde
TYI>I.: VALVULVIIÎE.
de fermeture, c'est la petite saillie ou deuxième saillie dite élastique deLandois. - Les observalions de Moëns cadrent
mieuxaveclapalhologiequelesautresrecherches.Ilestànoter d'abord que la hauteur de la saillie dicrotique augmente avec la hauteur de l'onde primaire. Elle augmente, lorsque la Vression du sang est amoindrie, parce que dans ce cas le coefiicient d'élasticité de la paroi artérielle se réduit considérablement. La diminution de la tension artérielle renforce la saillie dicrotique; inversement, l'augmentation de la tension pariétale diminue cette saillie; voilà la doctrine du dicrotisme; elle explique la formation de toutes les saillies grandes et petites, et tient compte de l'effet de la pression ou tension de l'artère.