CHAPITRE V
lODURES
Les iodures alcalins dont le type traditionnel est l'iodure Histoire de potassium, les iodures alcalino-terreux dont les nouveaux litypes sont les iodures de strontium et surtout de calcium, ont ^^^^'^P'^ tous des caractères communs et des qualités spéciales. Autrefois les iodures n'étaient là que pour guérir la syphilis et la scrofule ; c'est un fait considérable et acquis dont nous n'avons pas à nous occuper ici. A l'occasion du cœur nous avons à envisager :
lo L'action antidyspnéïque et antiasthmatique que nous avons trouvée en 1877,
2° L'action cardiaque, étudiée à la même époque et vérifiée à nouveau expérimentalement.
3» L'action vasculaire et hyperémiante mal définie d'abord, puis fusionnée avec la thérapeutique du cœur et du poumon, et finalement isolée par Huchard, qui depuis 1883 chercha à établir le pouvoir réducteur de l'iodure sur les vaisseaux malades.
4° La propriété vasomotrice ; celle-ci avait été à peine entrevue en 1886 d'après une rudimentaire expérience lorsqu'en 1889, je publiai avec Lapicque nos recherches sur cette faculté, qui comprendra pour ainsi dire l'iodo thérapie moderne.
3° Le pouvoir leucocytaire et par conséquent réducteur que nous avons indiqué en 1890 et que nous sommes en train d'étudior complètement se rapporte à la fonte des tissus normaux et pathologiques. Voilà les problèmes qui intéressent le médecm, chargé du traitement des cardiaques et dont le premier devoir est de connaître les effets d'expérimentation physiologique sur les animaux, avant de poser définitivement
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les indications thérapeutiques, qui ont été souvent formulées au liasard .
Des iodures au point de vue chimique et physiologi-
Absoip Prenons pour exemple l'iodure de potassium. Les pre-
tion miers effets qui se produisent s'adaptent également à l'iodure
Action , 1 . 1 , .
sui- de sodium OU de caicmm.
tomlc. Introduit dans l'estomac l'iodure de potassium se transforme en partie en iodure de sodium, mais il ne s'en dégage pas de l'iode métallique, et il ne s'y forme pas d'acide iodhydrique, attendu que l'iodure de potassium en présence de l'acide chlorhydrique dilué de l'estomac ne saurait produire cet acide sans se transformer en chlorure de potassium.
Lorsque l'iodure est pur, lorsque surtout il n'est pas mélangé avec l'acide iodique ou les iodates, il est parfaitement et longtemps supporté à fortes doses. Après des cures de plusieurs semaines et mois on a remarqué que les malades bien nourris n'éprouvent ni dyspepsie, ni diarrhée, ni amaigrissement.Chez les asthmatiques,moins chez les cardiaques, j'ai constaté la même immunité, des centaines de fois; j'ai vu des malades qui ont pris l'iodure à 2 et 3 grammes pendant deux et même trois ans, sans interruption si ce n'est un jour par' semaine, et n'ont pas paru mal influencés. Toutefois je me' défie surtout chez les cardiaques d'une pâleur grisâtre, et: d'une flaccidité plus ou moins marquée de la chair, avec un certain degré de réduction du volume corporel ; je me défie surtout de l'inappétence ; souvent elle se prononce au point; que la déchéance du corps et la nutrition générale en reçoivent une grave atteinte ; c'est l'iodisme gastrique. Il arrive' parfois qu'il se manifeste subitement et tardivement ; dans< ces cas la suppression du traitement s'impose au moins pourr un certain temps ; la diminution de la dose n'y fait rien. Oni a beau prendre le remède av€c la bière, le cidre ou le lait,, avant ou pendant les repas, tous ces essais viennent échouen devant ces anorexies métalliques dues à l'arrière goût inef-façable de ces préparations, plus encore qu'à l'impressioni primitive. L'iodure de sodium ne remédie à rien, il a les mêmes défauts que l'iodure de potassium qui se transforme? d'ailleurs, partiellement, dans l'estomac en iodure de sodium;;
lODURES, LEUR ÉLIMINATION
tous deux pervertissent le goût, et provoquent souvent la salivation. , , Si l'administration des grandes doses prolongées se tait impunément, c'est que l'iodure ne se décompose pas dans l'estomac, et que s'il met de l'iode en liberté celui-ci sera neutralisé dans l'intestin par le suc alcalin ; mais pourquoi cette transformation intime ne se fait-elle pas toujours; pourquoi l'iode est-il mis en liberté ? Dans un grand nombre de cas l'iodure contient des iodates qui en présence d'acide stomacal même très faible ou de Co^, dégagent l'iode, d'où il résulte des douleurs gastriques et des nausées (Rabuteau, Leroy, Mialhe). Chez les animaux, quand on leur donne un mélange d'iodure et de chlorate de potasse, il se fait même une véritable intoxication, due à l'iode libre (Melrens Kôhler.) (67, 78.)
Dès que l'iodure est introduit dans l'estomac, il est absorbé et presqu'uussitôt il commence à s'éliminer ; il paraît dans la salive et dans l'urine au bout de 3 minutes, et il abandonne le corps en 24 heures, de façon qu'il en reste à peine des traces. Pour l'élimination totale, il faut plus de temps, et selon la quantité d'iodure, on en retrouve encore au bout de 45 ou même 50 heures après la dernière dose (Rezsahegy 1878J.
Cette durée d'élimination tient à ce que certains organes sécrétoires comme les glandes salivaires après avoir absorbé, déversent l'iodure dans des cavités d'absorption, de sorte qu'il rentre dans la circulation à nouveau, pour un certain temps.
C'est dans la salive qu'il apparaît le plus vile, et se maintient le plus, car on l'y retrouve plusieurs semaines, quand il a déjà disparu de l'urine depuis longtemps.
Les autres sécréta le contiennent rarement et toujours en petite quantité. Il n'existe pas dans les sueurs des phtisiques ni dans les sueurs provoquées par le jaborandi (Rezsahegy). 11 ne manque pas dans les larmes ; il produit souvent dans la conjonctive de l'inflammation ulcéreuse, et, lorsqu'en même temps la conjonctive est saupoudrée de calomel, de graves ulcérations s'y développent par suite de la formation d'un ioduro de mercure des plus caustiques. (Fritsche, Schlâafke, Schaifer.). Il y a là un avertissement des plus sérieux. Il nous faut aussi mentionner le passage de l'iodure par le lait de la
Elimination par les urines et
la salive
Eliminations diverses
cnAP. V.
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mère au nourisson, et chez la femme en couche le passage dans le fœtus, que j'ai vu une fois recouvert d'un acné iodique, qu'on prenait pour la syphilis. Codées vraies voies d'élimination sont les urines qui deviennent
parfois plus abondantes, plus claires, et dépourvues de sédiments. On reconnaît ces urines par l'amidon ; quelques gouttes d'urine mêlées avec la fécule d'amidon et traitées par l'acide nitrique fournissent une coloration bleue caractéristique. 11 est bon de faire cette recherche de temps à autre, pour savoir où en est l'ioduration.
^eties^ Les iodures et les salicylates ont, dit-on, à l'état pathologisaiicy- que des émonctoires différents, bien que les uns et les autres finissent par reparaître dans les urines. Les salicylates pasminent gg^^ gurtout dansles exsudais des plèvres, des articulations, du voles péritoine. Les iodures passeraient seulement par les transsudis- dats et non par les organes enflammés, ce qui fait qu'ils sont inefficaces dans le rhumatisme articulaire aigu, dans la pleurésie, dans la péritonite, l'ascite, où les composés salicylés sont dit-on, souverains ; ce sont là les observations de Rosenbach et Pohl. (Berl. Woch. 90 n» 36. Mais à la clinique d'Eichhorst l'assistant Luchl, (Ciblât. 90 n° 46) n'est pas parvenu à vérifier ces faits, qui sont certainement d'un grand intérêt. RetMds Voici des faits plus importants ; ils sont relatifs aux retards sorption d'absorption et par conséquent d'élimination, surtout dans les d'éUmi- maladies fébriles, stomacales, rénales.
danstes l^^ns la fièvre il y a un alentissement d'absorption stoma-
maia- cale, et d'élimination urinaire (Schulze, Bachrach, Zweifel). de Tes- H cst probable que la fièvre altère les fonctions stomaca-
tomac 1 oc et des
reins. Dans les maladies de l'estomac l'absorption est manifestetement en retard lorsqu'il s'agit de dilatation gastrique ou de cancer (Penzold et Faber).
On a imaginé récemment pour mesurer l'absorption en général, et la motricité de l'estomac, de faire prendre des capsules d'iodure, et de calculer le temps que l'iodure met à apparaître dans la salive (45 minutes au lieu de 13). Ce procédé ingénieux paraît exact.
Réélimination de l'iodure, 'du sang par l'estomac. — Mais il ne faut pas oublier que l'iodure absorbée par n'importe quel
ÉLIMINATION DES lODURES RETARDÉE PAR LES REINS MALADES 87
organe peut s'éliminer par Testomac lui-même. Cet estomac ioduré qu'on retrouve souvent dans l'iodisme, explique facilement la persistance de l'anorexie.
Maladies du rein. — C'est surtout dans ces affections rénales, que le retard d'absorption et surtout d'élimination se produit ; sous ce dernier rapport nous sommes déjà fixé par l'étude de la ration alimentaire. Mais on a étendu, et celaoutre mesure, ce ralentissementà tous les médicaments lorsque le rein est malade, et on en est arrivé à proscrire l'emploi de toutes les substances pharmaceutiques, dans la crainte d'empoisonner les malades par le poison resté stationnaire ou accumulé, dans la crainte aussi de ne plus obtenir l'efîet curatif. Ilya là une exagération manifeste, parce qu'il reste toujours une • partie du rein parfaitement intacte, et fonctionnant physiologiquement. Le rein n'est jamais obstrué dans sa totalité.
Ainsi le salicylate de soude que je proscrivais autrefois avec Bouchard et Chauvel peut parfaitement trouver son emploi dans les affections rhumatiques, doublées de néphrite. Il en est de même pour les iodures. Ils tardent à s'éliminer, mais ils sortent finalement. L'élimination comme durée et quantité peut d'ailleurs dans le cas présent être contrebalancée par la sécrétion iodée salutaire ; celle ci est évidente ; il suffit d'ingérer 0,20 g. d'iodure pourvoir apparaître plus d'iode dans la salive que dans l'urine, et cette élimination par le liquide buccal est notablement prolongée. (Wolf. 1884).
Lorsque la lésion rénale est manifeste et se traduit par l'albuminurie, le passage de l'iode par les urines est encore plus retardé que par de simples lésions congestives : l'iode sous ce rapport se compare aux résidus azotés de l'alimentation. Voir chap. III.
Muqueuse rectale. En présence des maladies de l'estomac Lavehostiles à l'iode et surtout en présence des phénomènes d'io- ^If^ disme stomacal que nous étudierons dans l'article, on a cherché à suppléer l'estomac par la muqueuse rectale. Cette muqueuse absorbe aussi vite que la muqueuse gastrique ; l'iode apparaît dans l'urine aussi rapidement et persiste aussi longtemps que s'il est introduit dans l'estomac (Welander 1875). Il reparaît surtout dans l'estomac où il est facile de le constater (Quincke). C'est pour ces raisons qu'on a proposé récem-