ACTION DE LA DIGITALINE SUR LE VENTRICULE DROIT
aller plus loin et constituer une véritable sélection topographique. Nous l'avons montré sur nos tracés ; la digitale augmente le ressort du ventricule droit principalenient.
La dichotomie du cœur, si longuement discutée à roccasion de l'hémisystolie (voir notre Traité du cœur, chap. xxxm, || 3 et3 bis), a déjà fait, il y vingt ans, l'objet des études de Schmiedeberg, qui attribue à la digitale une action exclusive sur le ventricule gauche. Puis Ospenchowsk, en 1889 {Zeit. f. Kl.med., t. XV), chercha à démontrer pour la circulation pulmonaire, et pour le cœur droit, une sorte, non pas de différence, mais d'antagonisme avec le cœur gauche ; l'elléborine, si voisine de la digitaline, élève la pression artérielle et produit sur la circulation pulmonaire un effet opposé ; les agents qui modifient, dit-il, le travail gauche ne troublent pas le cœur droit. Lukianof affirme aussi l'immuniié du cœur droit en présence du groupe digitalique et il attribue cette divergence à l'action de la digitaline sur l'artère coronaire droite ; le cœur droit ne gagnerait pas de force et se trouverait sensiblement dilaté ; nous avons trouvé et prouvé le contraire ; c'est le cœur droit qui est rétracté; le ventricule gauche n'acquerrait pas de ressort, mais il acquiert indirectement plus de sang par et pendant la diastole; il ne le pompe pas, il le reçoit. De toutes façons, il faut une différence d'action. Si les deux cœurs travaillaient proportionnellement plus par la digitale, les conditions relatives du trouble resteraient identiquement ce qu'elles étaient ; dès lors, il serait impossible de dégager la circulation pulmonaire. Nous verrons que dans certains états pathologiques il y a un véritable antagonisme entre le cœur gauche qui contient trop peu de sang et le cœur droit ou les vaisseaux pulmonaires qui en sont gorgés ; c'est un fait hors de doute, la digitale agit sur le cœur droit en augmentant son ressort.
Action posthume. — Un autre caractère spécial de la digitale, outre sa phénoménalité si caractéristique elle-même, c'est la continuation de ses effets pendant des jours et des semaines après la cessation du remède. Cette action posthume n'est pas la même pour tous les glycosidesdigitaliques ; elle estpeu marquée par l'elléborine et par la strophantine, bien plus par la digi toxine, ou la digitaléïne.
CHAP. vr.
— DIGITALE ET DIGITALINIQUES
Au point de vue thérapeutique, elle peut être d une grande utilité ; mais la digitale, ne Toublions pas, produit fréquemment, par la prolongation de son usage, une véritable intoxication par accumulation, et nécessite par cela même une grande surveillance.
Applications générales. La digitaline est un régulateur de la circulation, ce qui ne veut pas dire seulement un régulateur du cœur. L'emploi de la digitale a étédabord dicté par Tunique but de faire cesser les irrégularités ou la fréquence du pouls; or ce n'est là qu'une indication très aléatoire. Son pouvoir régulateur consiste à rétablir l'équilibre dans les fonctions de circulation et l'ordre dans les troubles cardiovasculaires ; il importe moins que le pouls soit accéléré ou ralenti, intermittent ou déréglé, si cette perturbation n'atteint pas la répartition du sang dans les vaisseaux et les organes, en un mot, si elle ne frappe pas les fonctions circulatoires ; c'est celles-ci que je cherche à remettre en l'état, c'est là le triomphe de la digitale. Il ne s'agit pas là de tonifier le cœur ; ce mot ne se comprend plus: il s'agit de surveiller et de soumettre à la règle toutes les anomalies de la circulation, c'està-dire de compenser ce qui a cessé de s'harmoniser.
Indications générales. Une faiblesse persistante du cœur dans les lésions circulatoires qui entraînent un abaissement de pression dans les artères et, une stagnation relative du sang dans les veines. Voilà l'indication générale.
II. Action diurétique de la digitaline. Cette diurèse si puissamment installée donna souvent lieu de croire que la digitale possède aussi une action spécifique sur l'activité sécrétoire des reins. Mais cette circonstance que la quantité d'urines après la digitale n'augmente pas chez les individus sains, mais seulement chez les cardio-hydropiques, montre clairement que la digitale n'opère qu'en surélevant la pression naguère normale.
Chez l'individu sain, la digitaline, qu'on opère par petites doses ou par une seule dose forte, ne produit rien. Laiider Brunton trouva même qu'avec le maximum de la pression sanguine la sécrétion urinaire devient nulle, parce qu'alors les artérioles du rein subissent une forte contraction ; mais avec la
DIGITALISME
diminution de pression et le relâchement des vaisseaux, la sécrétion d'urine recommence.
Chez le cardiaque, la digitaline agit plus sûrement que sur l'homme sain, mais non d'une manière absolue, tant qu il y a compensation.
Mais chez le cardiaque troublé, qui a sa pression artérielle amoindrie, avec stase veineuse, la sécrétion se rétablit par le renforcement digitalique du cœur et de la pression.
Enfin, chez le cardiaque hydropique, cela est encore plus net. Chez lui se rétablit dans le rein la circulation normale exigible pour la fonction sécrétoire ; par là aussi le sang, qui était condensé et riche en globules, va puiser de l'eau dans les tissus œdématiés, et la rejeter par les urines ; de là le rétablissement des urines, et la disparition de l'œdème.
Il n'y a donc ici en réalité que des conditions plus favorables à la diurèse, et à l'action régulatrice de la digitale. Ce ne sont pas des lois extra-physiologiques, elles sont parallèles à celles de l'état normal, mais plus nettes, plus accentuées. Dans l'état physiologique, il n'y avait pas de but à remplir, tout était en ordre ; dans le trouble provenant des lésions du cœur, il y a une destination très nette de la digitaline, une régulation â obtenir, une compensation à établir entre les organes déséquilibrés au point de vue circulatoire.
ni. Diverses actions physiologiques. — Digitalisme. — Intolérance. Troubles digestifs. — Les cardiaques comme les individus sains qui prennent pendant 8 à 10 jours continus de • petites doses de digitale ou de digitaline accusent l'inappétence avec malaise, mauvais goût, salivation visqueuse, surtout des nausées et des vomissements ; et ce dernier phénomène est des plus tenaces, de telle façon qu'il s'oppose absolument à la continuation du remède. On a noté du côté de l'intestin, la continuation des douleurs et chez l'animal des contractions violentes de l'intestin.
Le sang, par suite de la circulation défectueuse pathologique sang ou digitalique se charge de CO, de là chez la grenouille une nliqûe, surexcitabilité réflexe, et chez les animaux à sang chaud des urée,
' nu tempé-
convulsions qui proviennent du sang dyspnéïque . Chez rature, l'homme, l'encéphale se prend, il se manifeste des vertiges , dos névralgies susorbjtaires, des hallucinations, un état syn-
CIIAP. VI.
— DIGITALE ET DIGITALINIQUES
copal, la dilatation des pupilles, le trouble de la vision (vision en blanc, en jaune), la parésie des muscles. Tout ceci est du ressort du sang dyspnéïque.
Tant que dure la surpression, les "échanges gazeux augmentent, ainsi rO monte légèrement, leCO^ s'élimine finalement en plus grande quantité. L'urée est sécrétée en plus, mais finit par reprendre lanormale (Mégévand). La température centrale baisse, parce que pendant le temps de la haute pression les vaisseaux périphériques laissent passer plus de chaleur. Sn phénomène le plus remarquable du digitalisme, et que
deja Whitermg et Cullen ont noté il y a un siècle, c'est l'action cumulative de la digitale ; après de petites doses répétées il survient des troubles gastriques ou nerveux si intenses qu'on croirait à une intoxication accidentelle par une forte dose, le pouls se ralentit,devient irrégulier, petit ou bien s'accélère outre mesure.
Ces effets ont été attribués à l'accumulation de préparations pilulaires, inabsorbées, ce qui n'est pas exact, ou bien à l'insolubilité et la non assimilation des divers principes de la digitale (Schmiedberg). En fait la digitaline se retrouve difficilement dans les urines (Heide 1886 Lefort) ; il semble donc qu'il y ait rétention dans le sang, et cela surtout quand les reins sont malades ; mais ceci même a été exagéré car les phénomènes digitaliques réguliers se retrouvent chez les brightiques. La probabilité est qu'il s'agit d'un processus chimique très lent, d'une combinaison lente à se faire et à se défaire entre le poison et certains organes comme le cœur. Ce fait est prouvé par l'action posthume souvent prolongée sur le cœur pendant plusieurs semaines ; il est prouvé encore par les expériences de Heide, qui s'est servi, au lieu de digitaline difficilement absorbable, d'helléborine qui est soluble, et qui n'en conserve pas moins les effets tardifs prolongés. Ces difficultés d'interprétation ont fini par décider Traube, Winogradof et plusieurs auteurs modernes à nier cette accumulation, dont on a certes exagéré les effets mais qu'on ne saurait méconnaître définitivement. Ils se retrouvent sur le cœur et sur les organes digestifs bien plus que sur les organes nerveux qui se pressent, mais qui finissent par s'habituer.
Conséquences pratiques. 1° Il vaut mieux employer la digita-
DIGITALINE THÉRAPEUTIQUE
Une à des intervalles de 24 heures plutôt qu'à doses fortes rapprochées. 2° Lorsqu'il s'établit une action cumulative, il n'y a pas trop à craindre une intoxication mortelle, quand le poison a été supprimé depuis longtemps. 3° 11 faut être réservé sur l'usage continu de la digitaline lorsque dans les premiers jours après son emploi, il ne se manifeste aucun changement appréciable dans l'activité du cœur. Ma pratique sur tous ces points est en parfait accord avec les expériences de Heide.