‹ Traité des maladies du cœurChapitre 300 sur 418 · CHAP. VI DIS. - DIGITALINOÏDES · texte numérisé non relu

CHAP. VI DIS. - DIGITALINOÏDES

employons soit en teinture, soit en pilules à la dose de 0 15 à 0,40 par jour.

Physio- Les expériences pratiquées avec Rochefontaine il y a onze ans sur le cœur de la grenouille, puis sur les animaux supérieurs nous donnèrent au moyen de l'extrait, et nous donnent aujourd'hui au moyen de la convallamarine, les résultats suivants :

Effets sur le cœur, les vaisseaux et la respiration à l'état normal. Trois gouttes d'extrait injectées dans la veine fémorale d un chien suffisent pour produire (a) le ralentissement des contractions, lequel paraît être l'effet de l'excitation des nerfs vagues (b), V augmentation de pression (de 6 centimètres de mercure) (c) l'amplitude des mouvements respiratoires.

Après cette ;3enorfe qu'on peut appeler utile, il en survient une autre caractérisée (a) par une arythmie complète, intermittences suivies de systoles rapides (b) une diminution dans l'énergie des pulsations (c) une respiration plus profonde et ralentie au point qu'elle paraît sur le point de s'arrêter ; c'est le côté sombre du tableau.

Pratique. Effets sur le cœur pathologique. lo Cœur arythmique.—Le cœur irrégulier, intermittent surtout si l'arythmie est simple, ou plutôt indépendante des lésions de valvules ou d'orifices, ne tarde pas à prendre le rythme normal. Ce n'est pas là une règle absolue , mais ce qui est vrai, c'est que quand l'arythmie dépend d'une dégénérescence graisseuse, à plus forte raison d'une dilatation du cœur, le trouble rhytmique peut persister, même quand la maladie cardiaque s'améliore.

2° /*a//'i7aiionA\— Lespalpitationscèdentplusfacilement,plus rapidement que les irrégularités du cœur. — C'est sur la question des palpitations que les médecins avaient insisté; il semble même que le convallaria n'ait d'autre fonction que d'agir sur l'élément nerveux du cœur; qu'il s'agisse de paralysie du système du nerf vague, ou d'une excitation du système sympathique, le même effet se produit ; le cœur se modère, et se régularise, en même temps qu'il se ralentit; mais ce ralentissement dure d'autant moins que l'accélération tient à une cause mécanique comme l'écoulement facile du sang par les artérioles dilatées ou paralysées,

30 Cœur asihénir/ue, fatigué. — L'action du convallaria sur lo

ART. IH. — CONVALLAMARINE

cœur lui-même et sur la pression sanguine paraît être une impulsion d'énergie. Les tracés du pouls (les tracés sphygmomanométriques, n'ont pas été employés) viennent à l'appui de cette considération; la ligne d'ascension devient droite,ce qui indique en même temps l'énergie de contraction du cœur; la ligne de descente est moins tramante, moins oblique, etle crochet indiquant la contraction de l'artère au moment de l'ondée en retour provenant du plancher des valvules sigmoïdes de l'aorte, s'accuse d'une manière très nette.

On peut donc dire que le convallaria relève le pouls et peut-être la systole, et que sous ce rapport il équivaut à la digitale avec cet avantage, c'est qu'il peut être continué impunément. Jamais nous n'avons vu chez Vhomme la période toxique aux doses indiquées ; aussi il n'y a pas d'abaissement de la pression tel qu'on l'observe chez les animaux en expérience.

4° Action antidyspnéïque. — Chez l'homme la respiration se modifie moins que chez les animaux en expérience ; toutefois, surtout chez les cardiaques, les respirations sont plus profondes, et ce qui est remarquable, c'est la sensation de bienêtre, de respiration libre et facile que le malade accuse. On dirait une action respiratoire plus superficielle que celle de l'iodure, mais plus inoffensive, et très utile dans la période de repos de l'iodothérapie, plus encore dans la dyspnée nerveuse et surajoutée.

5" Effets régulateurs et diurétiques. — Ces deux genres d'effets ont été vivement discutés surtout les premiers. Peter et C. Paul placent lemaïalis à côté de la digitale comme moyen diurétique. Les Allemands sont contre les Russes et leur médicament. Un élève bordelais est plus germanisé encore. Il est à remarquer pour les 30 cas delà Gironde, que 4 seulement ont été traités à dose voulue et pendant le temps nécessaire, c'est précisément dans ces 4 cas qu'il y a eu une forte amélioration, selon l'observation judicieuse de Talamon. Dans les cas allemands il est difficile de savoir le genre de teinture mise en usage.

A tous ces auteurs je suis en droit d'ailleurs d'opposer mes propres élèves Filhoud-Lavergne, Noguès, et Durand (de Lille) qui a étudié avec soin comparativement la convallarine et la digitale, puislesprofesseursitaliens Fedeleet Maragliano, etles

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DIGITALINOÏDES

observaleui'saméricainsHurd.Robinson, Ling-Taylor, Polk qui ont noté surtout les cas de tachycardie guérie par le maïalis : bo Jroubles de compensation. - Personne n'a eu en vue et avec raison des graves troubles de compensation. Dans les affections valvulaires, arrivées à cette période marquée par hydropisieet la dyspnée irrémissibles, avec ou sans cyanose, le convallaria n'a plus de raison d'être ; c'est tout au plus s'il peut réussir, à l'apparition des premiers indices des compensationsafFaiblie s.

On peut alors compter encore sur la régulation par la diurèse^ Celle-ci se dessine par une élévation de la courbe urinaire de 300 gram. à 3000 gr. puis par une urination médiocre après la cessation du remède, dans tous les cas de néphrites par un échec complet.

7° Dans les affections compensées, comme le rétrécissement mitral, comme l'insuffisance aortique le convallaria présente encore quelques avantages ; ainsi il lutte facilement contre les palpitations dans la sténose mitrale, contre les battements artériels si pénibles dans les insuffisances aortiques. 8o Dilatations du cœur. — Médication utile. 9o Contr' indications nulles, parceque ce remède peut s'appliquer à la plupart des maladies du cœur, qu'il est sans effet fâcheux sur le système nei-veux,ainsi que surles organes digestifs. Il ne séjourne d'ailleurs pas longtemps dans l'économie, et il ne présente ni effet cumulatif, ni action posthume. Pour ces motifs il constitue un auxiliaire ou un succédané de la digitale, dont on est obligé souvent de répudier l'emploi ou du moins de le restreindre à cause des vomissements, de l'inappétence, des troubles digestifs, de l'excitation cérébrale qu elle produit si souvent à la longue, en même temps qu'elle finit par épuiser le cœur, et provoquer des effets diamétralement opposés à ceux qu'on vise.

Art. IV. — Adonis vernalis et adonidine.

Histoire. L'adonis (adouis vernalis), plante de la famille des renoncu-

Chimie . 1 , /j i ,

lacées (de la classe des anémones, d'après Bâillon) était

employée depuis longtemps empiriquement en Russie contre

les hydropisies (comme l'était le muguet) lorsqu'en 1879, Giiu

ART. IV. — ADONIDINE

ther, prépara le principe actif de laplanteet Bubnoffentreprit, sous la direction de Botkin, une série de recherches qui lui montrèrent cette plante comme un remède cardiaque énergique (St. Pet. med. Woch. 6janv. 1879.)

En 1882, Cervello qui travaillait dans le laboratoire de Schmiedeberg chercha à isoler de l'adonis le principe actif, et obtint en très petite quantité une substance qu'il appela adonidine, et qu'il considéra comme un glycoside ; cette substance est amorphe, très amère, et soluble dans l'alcool, très légèrement dans l'eau. Peu après, Merck, répandit sur le marché une autre substance qu'il baptisa également du nom d'adonidine, et qui différait totalement de celle de Cervello. En 1883, Hirchsohn (de DorpaL) annonça un autre principe actif, obtenu par un autre procédé. Enfin récemment, le professeur Valerian Podwysotzky de Kazan (Thèr. gaz. 1888 et Revue critique par Jumon, (France méd. 1889 mars) montra que tous les produits commerciaux connus sous le nom d'adonidine n'étaient que des mélanges contenant une quantité variable de principe chimique associé avec d'autres éléments de la plante. Il parvint ensuite à isoler le principe pur, qui constitue un glycoside amorphe, amer, comme la strychnine ; cette picro adonidine, comme ill'appelle, est soluble dans l'eau et l'alcool, très soluble dans l'éther, moins soluble dans le chloroforme, c'est un poison cardiaque très manifeste. On comprend maintenant les divergences d'opinions relatives à l'action des adonidines, et à plus forte raison des diverses préparations de la plante et des diverses espèces d'adonis. . En Italie Marfori et Borgiotti avaient substitué à l'espèce vernalis, l'adonis aestivalis qui se distingue par ses petites fleurs, et parait posséder les mêmes propriétés thérapeutiques que l'espèce employée précédemment.

EnFrance on n'aguère expérimenté que l'adonidine de Merck (voir l'excellente thèse de Durand 1885) et les fleurs de l'adonis vernalis ; c'est sous laforme d'infusion de 5à6gram. de fleurs que nous avons administré ce médicament, dont nous n'avons rien pu tirer qu'une propriété diurétique assez marquée, mais souvent accompagnée de troubles digestifs, qui ont été signalés également par Lublinski. (soc. de Berlin 1884. Depuis six ans j'ai employé l'adonidine préparée par Wurtz à

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