CHAPITRE VII
nie SÉRIE DIURÉTIQUE OU CAFÉIQUE
Art. I. — Caféine.
Composition chimique. La caféine dont la constitution a été définie par Wohler et Liebig, se présente sous la forme de fines aiguilles, blanches, soyeuses, ou de cristaux comme chevelus; sa saveur est légèrement amère, et sa réaction faiblement alcaline ; elle fond à 178° et se volatilise à 185. Elle est difficilement soluble dans Teau à la température ambiante; elle se dissout dans Teau bouillante. L'alcool rectifié dissout la caféine dans la proportion de 1 à 3o, Téther dans le rapport de 1-55, tandis que le chloroforme Tabsorbe facilement; six parties de chloroforme suffisent pour dissoudre une partie de caféine.
La formule de la caféine diffère selon qu'on la laisse cristalliser par l'alcool ou par l'eau ; dans ce dernier cas elle retient de l'eau de cristallisation, qui se sépare à l'air. D'après cela la formule est Ri» 0^ ou bien Hio 0^ -f 0.
Trimethylxanthine. On peut en examinant de près sa constitution chimique, considérer la caféine comme une xanthine trois fois méthylisée.
Xanthine = Gs H* Az+ O2 Caféine C5 H (G H3).3 Az+ O2 .
Ou bien on peut considérer la caféine comme la théobromine, l'alcaloïde du cacaotier dans lequel est entré le radical méthyle, de sorte que la théobromine = C ^ H» N'- 0 2 et la caféine = C7 H» (C IP) N'^ 02; de là aussi la dénomination de trimethylxanthine, de méthylthéobromine qui peuvent être considérées comme identiques.
Dans ces derniers temps E.' Fischer est parvenu à faire passer la xanthine directement en théobromme, et celle-ci en caféine.
200 CIÎAP. VIT.
m" SÉRIE. DIURÉTIQUE OU CAFÉÏQUE
nlpfr^'''?-ï°T''' ^''^ la caféine naturelle, est com-
plètement Identique à celle obtenue par la méthylisation de la theobromme.
S.Zs rfe caféine instables. -Schmidt^ Tanret, ont démontré que es sels de cafeïne sont très facilement décomposables. L'alcaloïde ne forme avec les acides organiques de sels, que s'ils peuvent agir sous la forme concentrée ; toute addition d'eau, d'éther ou d alcool détermine aussi tô t la décomposition du sel de caféine Les sels avec acides inorganiques sont encore moins stables' celui qui^ est connu dans le commerce sous le nom de citrate de caféine n est que la caféine. Il est vrai que Loyd réussit en combinant une solution alcoolique d'acide citrique avec une solution chloroformique de caféine, à former un citrate, mais qui en présence d un moyen quelconque de dissolution se détruit l'acide citrique se dissolvant plus facilement que la caféine. Tanret a tait des combmaisons plus heureuses dont nous allons parler Mais disons d'abord que si on fait bouillir la caféine avec un excès d eau de baryte, elle passe à l'état de caféïdine (C? m m 0) fortement alcaline, qui finit par se décomposer en méthylglycool, méthylamine, ammoniaque et acide formique.
Indiquons aussi une réaction intéressante qui démontre la présence delà caféine. Si on lafait bouillir dans l'acide nitrique concentré, et si on y ajoute,après dissolution complète des cristaux de caféine, quelques gouttes d'ammoniaque, on voit aussitôt se développer une belle couleur pourprée tout à fait analogue à la réaction de murexide qu'on obtient par Vacide urique. (Il y a là une analogie bien curieuse, et bien importante entre l'acide urique et la xanthine).
Sels solubles. — Voyons maintenant les combinaisons solubles. Tanret a établi des combinaisons avec le benzoate de soude ou le salicylate de soude à peu près en proportions égales avec la caféine. Voilà ses formules. On peut aussi obtenir des cinnamités de soude et de caféïn,e.
Benzoate de soude 2. 95 ou sali&ylate de soude 3 grammes
Caféine 2. 50 caféine 4 gr.
Eau distillée 6 gr. eau distillée 6 gr.
Pour 10 centimètres cubes.
CAFÉÏNE, PHYSIOLOGIE
Chaque centimètre cube contient 0, 40 de sel de caféine très
soluble. , ,^ ,
Doses Quand on prescrivait la caféine ou le citrate, on donnait de 0, 30 à 0, 50. (Botkine, Jaccoud) Bêcher augmenta iusqu à 0, 5 par dose répétée 4 à 5 fois par jour. Aujourd'hui il s'agit du benzoate ou du salicylate à 1 gramme 50 jusqu a 2 grammes. (Lépine-Huchard). Or avec de pareilles doses on a vu se produire parfois les accidents les plus graves, des tremblements, des convulsions, de Taphasie et cela après cinq à six jours de lusage de 1 gramme 20 à 1 gramme 50 de benzoate, ne contenant par conséquent que 0,75 de caféïne. La dose indiquée a donc produit souvent des accidents redoutables. Frerichs qui expérimenta sur lui-même a failli périr à la suite d'une dose unique d'un gramme et demi. Curschman a vu une intoxication chez une femme qui tenta de se faire avorter en prenant peu à peu 250 grammes de café nouvellement torréfié dans 500 grammes d'eau bouillante. Chez une malade de Keln 0,24 de caféïne deux fois par jour produisirent un vertige grave, avec palpitations, tremblements, raideur convulsive pendant plus d'un jour (Real Encycl, art. caféïne) .
Dose des injections. — Il est pourtant étrange que Huchard ait pu prescrire par jour jusqu'à dix injections souscutanées de caféïne, c'est-à-dire 2 grammes 50 sans observer le moindre inconvénient. Il paraît même que les effets favorables ne s'obtiennent que par de pareilles doses dans les affections adynamiques, et le fait paraît très plausible.
PHYSIOLOGIE
Les sels solubles de caféïne présentent des propriétés physiologiques qui peuvent se résumer de manière à ce que la caféïne soit considérée :
1° Comme un soutien musculo-spinal, ménageant les forces nervo-motrices.
2° Comme vasculo-cardiaque.
3° En tant que diurétique.
4° Moyen douteux d'épargne nutritif.
1. Action de soutien musculaire. Sans parler des moyens Histoire empiriques, comme le maté et la noix de Kola qui n'agissent
202 CHAP. vu.
— III6 SliHIE. DIURÉTIQUE OU GAFÉÏQUE
que proportionnellement à leur taux de cafeïne, on connaît l'usage du café et du thé comme boisson usuelle, considérée tantôt comme excitante ou réconfortante, tantôt comme moyen d'épargne de la nutrition? ce qui a besoin d'être discuté. Voici l'historique des notions empiriques à ce sujet.
En 18S0 un grand philantrophe, M. de Gasparin, dans un mémoire présenté à l'Académie des sciences, et relatif à la nourriture des mineurs de Charleroi, chercha à démontrer que tout en se nourrissant plus mal que les trappistes, ils doivent au café de pouvoir fournir une somme quotidienne de travail bien supérieure à celle des religieux.
Comme le café, tout en contenant des principes azotés ne saurait en raison de ces quelques centigrammes de caféine que renferme une tasse de café, ni constituer un aliment effectif, ni servir à la nutrition directe, il a fallu chercher une autre explication de cette étrange propriété de la caféine ou du café de soutenir les forces musculaires. Le café agit-il en raison d'un effet direct sur le système nervo-musculaire, ou d'un arrêt de dénutrition ; c'est la question primordiale à résoudre.
Mais en attendant, les faits se sont accumulés pour établir comme nous le verrons la supériorité du café sur l'alcool ; dans notre armée on avait commencé par nos troupes d'Afrique qui prenaient le café pour résister aux fièvres, et on a fini avec de justes motifs par appliquer la ration de café à toute l'armée, en diminuant avec plus de raison encore celle de l'alcool. Pendant la guerre de 1870, on substitua dansTarmeo ennemie le café à l'eau-de-vie. Pendant la guerre des Anglais contre les Ashantis, Parkes avait remarqué l'utilité du café pendant les marches forcées et les fatigues de toutes sortes imposées à l'armée anglaise.
Expériences sur les muscles. Comment s'établit le pouvoir d'épargne? l'expérimentation va nous fournir d'importantes données à ce sujet.
Le système des muscles striés réagit d'une manière spéciale sous l'inQuence de la caféine. Si on fait une injection de caféine à une grenouille, on voit dans les muscles situés près du point d'injection une altération particulière, qui en progressant peu à peu englobe les parties musculaires voisines. Nous voyons chaque muscle se raccourcir considérablement près-
CAFEÏNE, PHYSIOLOGIE
que de la moitié de leur longueur, devenir rigides, et par suite du développement de leur ischémie, perdre leur couleur rouge ; la substance musculaire devient pâle. Dans cet état le muscle présente tout à fait l'image du muscle ayant subi la rigidité thermique ou cadavérique.
En prenant sur un animal vivant des fibres musculaires et les plaçant sous le microscope dans une solution de caféine, on voit comment se meut le contenu des fibres isolées, et comment sous l'influence d'une forte contraction développée simultanément la striation en long devient plus manifeste, tandis que la striation en travers disparaît. En même temps, on voit comment dans certains points le sarcolemme se détache de la substance musculaire qu'il renferme ; la même série de phénomènes s'observe, quand on examine les fibres musculaires d'une grenouille cafeïnée.
Tétanos. — Un deuxième effet connexe avec le premier, c'est un tétanos résultant d'une excitation considérable du système nerveux central, analogue au tétanos strychnique. Le tétanos commence aux points d'application, se propage aux muscles voisins et finit par envahir tout le système. Cependant quelques muscles ou même quelques fragments restent intacts, quand les muscles voisins sont déjà rigides. Mais dans les expériences, il faut établir une distinction ; chez la grenouille verte le phénomène tétanos est le seul qui existe. Sur la grenouille rousse, on n'observe au contraire au début, que l'altération du muscle sans une trace de surexcitabilité réflexe ; si on produit une caféïnisation modérée, ces différences entre les deux espèces animales disparaissent.
Chez les mammifères. — La rigidité des muscles se retrouve chez les mammifères, mais c'est le tétanos plus ou moins généralisé qui prédomine. Johnson le constata chez le chat; Peretti chez le lapin retrouva la rigidité après des doses faibles et incapables de produire des convulsions. Toutefois, par l'injection de caféine dans le sang, à la dose de 0,08 à 0,10 par iiilog. de poids corporel, et même parfois à dose moitié moindre, cela suffît pour produire la mort par paralysie du cœur.
Expériences sur la corrélation des muscles cafeïnés, avec le système nerveux. Le point le plus important de ces
204 CHAP. vir. - nie sébik. oiurétiquk ou caféïque
résultats est desavoir quelle est la corrélation de cette rigidité et de ce tétanos chez, les animaux à sang froid ou à sang chaud avec le système nerveux ; c'est là le sujet d'expériences que nous venons de tenter (avec Lapicque et Parisot). Disons tout d abord que chez la grenouille verte, sous Tinnuence de cinq milligrammes à deux centigrammes de caféine, injectés sous la peau, la forme de la contraction musculaire provoquée par 1 excitation du nerf, se modifie d'une façon caractéristique
La phase de relâchement s allonge considérablement (Voir aussi la thèse de Leblond) mais cette modification est due à une action de la moelle.
En effet, si sur une grenouille empoisonnée, au moment où 1 excitation du sciatique provoque dans le gastrocnémien une contraction de cette forme spéciale, on coupe le sciatique entre le point d'excitation et la moelle, la contraction redevient aussitôt normale.
Si on lie en masse, sauf le nerf, une cuisse d'une grenouille de façon à interrompre la circulation de ce membre, et qu'on injecte ensuite la caféine, l'excitation simultanée des deux sciatiques produit dans les deux membres des contractions affectant également la forme caractéristique de l'empoisonnement par la caféine,
Chezlagrenouille ^-ow^e, laformedelacontractionn'estenrien modifiée parla caféine. Le muscle se raccourcit graduellement.
Chez les deux espèces, si au lieu d'injecter la solution de caféïne (dans du benzoate de soude) sous la peau, on l'injecte dans un muscle, l'action tonique, pendant un certain temps au moins, reste limitée à ce muscle qu'elle contracture. Voyons maintenant l'action cardio-vasculaire. Cœur. II. Caféine comme cardiovasculaire. Cœur. Chez la grenouille on n'observe qu'un ralentissement des battements. Ce ralentissement a déjà été noté parStuhlman, Falk,Voit. Ce n'est
qu'aprèsde très fortes doses, que le cœursubitune rigidité analogue à celle des autres muscles. Sur les faisceaux isolés de ce cœur,une solution de caféine d'une partie sur 4000 parties de sérum du sang, agit aussi violemment que i'eaubouillante.Chez/e* ammatta? à sa?7^c/mw(/,on a noté les phénomènes les plus contradictoires. De petites doses déterminent une augmentation graduelle de la fréquence du pouls, et qui se manifeste aussi chez
CAFÉÏNK, PHYSIOLOGIE
les animaux atropinisés, de sorte, qu'ils ne saurait être question de la suppression d'aucune action d'arrêt; cette accélération qui reste intacte est donc indépendante du nerf vague que l'atropine a tué.
Expériences d'hémodynamométrie sur la pression. Voici pression maintenant ce que nous avons obtenu, d'après des expériences précises, relativement à la pression chez le chien.
« A la dose de 0,03 par kilog. la pression générale est » peu modifiée ; elle augmente un peu, tandis que le cœur » se ralentit.
« Ce qu'il importe surtout de noter, c'est que la pres- » sion du bout périphérique de la carotide baisse notable- » ment ; il s'établit une vasodilatation encéphalique ». Avant nos recherches on avait noté une chute de la pression, puis une augmentation (Leven, Johannsen) qu'on avait rapportée à la vaso-constriction des artères périphériques. Mais comment expliquer la vaso-dilatation des artères de la tête. Y a-t-il d'abord une excitation du centre vaso-moteur puis une paralysie ?nos tracés n'indiquent pas de vaso-constriction initiale. D'une autre part la vaso-dilatation est-elle le résultat de l'excitation des nerfs vaso-dilatateurs? c'est jusqu'ici une hypothèse.
Dans tous les cas, l'action du cœur finit par devenir irréguliére, arythmique (Aubert) exactement comme dans les dernières périodes de la digitalinisation ; ce qui fait supposer une période préparalytique qui atteindra le nerf vague lui-même.
Caféine. Gardiovasculaire chez l'homme. Chez l'homme comme chez les animaux supérieurs le ralentissement du pouls est exceptionnel. (Bronnerl'a prouvé). Lapression paraît au contraire plus élevée ; mais en réalité elle est peu modifiée. Riegel (Berl. kl. Woch. 1884) et Leblond (thèses de Paris 1886) insistent sur la tension augmentée de l'artère ; elle n'est pas synonyme d'excès de pression. Si Riegel ajoute qu'il y a une augmentation de volume des pulsations cela voudra dire que les vaisseaux périphériques sont dilatés. La vaso-dilatation des vaisseaux encéphaliques s'est en effet montrée dans nos expériences ; mais la plupart des observateurs, soutiennent qu'il s'agit plutôt d'une vaso-constriction, due à une excitation du centre vaso-moleur lui-même. S'il en est ainsi, si la vaso-cons-
CHAP. vu. — me sjiÎRiK. DIUUÉTIQUE OU CAFÉÏQUE
triction existe générale, excepté à la tête, ce qui est difficile à admettre cela expliquera en grande partie l'augmentation de tension des vaisseaux indiqués par Riegel, et aussi l'augmentation de pression générale, quoique ces deux phénomènes d ailleurs peu prononcés puissent s'expliquer par la vasodilatation. La vaso-constriction périphérique et l'excitation du centre vasomoteur seront de nouveau étudiés à l'occasion de l'action diurétique de la caféine. Quant à la vaso-diiatation encéphalique, c'est à elle qu'il faudra rapporter les phénomènes cérébraux.
Conséquences de la vasodilatation encéphalique -
L activité cérébrale est toujours augmentée par la cafeïne ; c'est elle qui avec les principes volatils, agit dans le café pourprovoquer une sorte d'ébriété chez ceux qui prennent un excès de café; c'est encore elle qui détermine chez le buveur de café l'insomnie, laquelle finit non seulement par céder, mais reparaît au contraire parfois par la suppression du café ; c'est le morphiomane qui ne peut plus se passer de morphine sans s'exposer à une agitation délirante.
Une dose forte (au de là de 0.70) détermine une forte excitation du système nerveux et du système vasculaire. En même temps que le pouls s'accélère, que le rythme des pulsations devient irrégulier, le sujet éprouve un resserrement de la poitrine, un tremblement des extrémités, du ténesme vésical, parfois ? avec excitation génitale.
^ Puis il survient de la lourdeur de tête, des bruissements d'oreilles, des vertiges, des scintillements, une idéation exagérée avec excitation générale ; l'observation de Ferichs sur lui-même en fait foi.
Applications pratiques de la caféine comme dynamique et comme cardiovasculaire. On conçoit maintenant, la valeur musculaire de la cafeïne, d'après les modifications qu'elle imprime au système musculonerveux chez les animaux surtout les supérieurs. Lorsque par suite de fatigue corporelle et d'épuisement, l'impulsion nerveuse de la volonté ne se transmet que difficilement aux muscles ; quand ceux-ci ne peuvent plus utiliser le reste de leur énergie potentielle pour la production du travail, la cafeïne en relevant l'excitabilité du système nerveux central de la mœlle, supprime ou surmonte
CAFÉINE COMME CARDIOVASGULAIRE
les grands obstacles de la transmission de Tinflux nerveux ; mais surtout elle dispose les muscles à passer plus facilement de la flaccidité à Tétat de raccourcissement. Cet état devient même durable si Faction est trop forte. La caféine n'a donc pas besoin pour agir, d'augmenter, ni l'excitabilité ni le vrai pouvoir fonctionnel du muscle normal. (Gentilhomme thèse de Paris 1867, Schmiedeberg) . J'ajoute qu'à forte dose elle excite directement le muscle jusqu'à produire cet état tétaniforme dont j'ai parlé.
D'après toutes ces données on conçoit pourquoi le café est si utile aux individus fatigués, surmenés, comment il facilite le travail, comment il empêche la production de la fatigue, comment il favorise le déploiement des forces physiques chez le soldat pour et pendant les marches forcées ou prolongées, comment il permet à l'ouvrier d'exécuter les ouvrages manuels les plus pénibles.
III. Cafeïne comme diurétique. La caféine a provoqué, comme la digitaline, des enthousiames irréfléchis ; toutes les deux sont mises sur le même rang, pour élever la pression et provoquer la diurèse ; mais si la digitaline développe la pression, c'est peut-être en agissant sur le muscle cardiaque, et si la caféine augmente la tension du pouls, ce n'est que par l'excitation des centres vaso-moteurs, et par la vaso-constriction.
Mais, si tout en supprimant l'action des vaso-moteurs, et par conséquent la pression tout entière, on arrive néanmoins à produire la diurèse, c'est qu'évidemment cette sécrétion provient d'une irritation directe de l'épithélium des glomérules ou des vaisseaux rénaux, c'est précisément ce qui a lieu.Schrôder (arch. fur. exp. path 1886) annulla la pression en injectant à un lapin une grande dose de chloral, qui est le vrai dépresseur, 0, 67 de chloral par kilogr. de poids ; cette injection ne diminua nullement la sécrétion urinaire, bien qu'elle fît tomber le manomètre de 100 millim. de mercure à60. En administrant ensuite la caféine, il constata, comme Wagner (Diss-Berl. 1888) le vit plus tard, que la pression loin de s'élever resta au dessous de la normale, et que cependant la diurèse caféique s'établit nettement. Si on diminue l'excitabilité des centres vaso-moteurs par un narcotique comme la paraldéhyde,aulieu de supprimer lavaso motricité, on voit la sécrétion urinaire continuer très
CHAP. VII. — m" SÉRIE. DIURÉTIQUE OU CAFÉÏQUE
nettement. Si enfin on examine la composition des urines dans ces conditions, on voit que la sécrétion contient un excès d'éléments solides et d urée, c'est donc un diurétique dans toute l'acception du mot. Cette diurèse est indépendante du système nerveux central ou rénal ; le rein énervé n'en continue pas moins à sécréter; force est donc de chercher ailleurs le mécanisme de cette diurèse. C'est le parenchyme cellulaire lui-même qui est appelé à jouer ce rôle. Brekenridge (voir la thèse de Wagner) avait déjà émis cette idée, etBronner (thèse de Strasbourg 1886) a nié formellement l'analogie de la caféïne, avec la digitale.
Au résumé la caféïne présente une action sécrétoire, et a côté d'elle une vaso-constriction, action contraire provenant du système central vaso-moteur ; en supprimant la dernière, on arrive à la diurèse caféïque qui fait monter les urines à 4, 4 et même à 6, 2 du poids total du corps. Si on admet une vaso-dilatation générale comme celle qui est encéphalique, la diurèse devra s'obtenir d'une manière naturelle.
IV. Moyen d'épargne nutritive, et calorigénie. Pour bien juger l'action nutritive, nous étudierons d'abord la caféïne au point de vue de la calorigénie.
Température. A dose modérée la caféïne élève la température d'un demi-degré, et à dose toxique, d'un degré et demi ; mais alors il se produit des accidents redoutables, qui atteignent leur maximum au bout de deux heures environ, après lesquelles la température tend à tomber. Par des doses excessives la température ne s'élève plus, car en pareil cas le système nerveux central ainsi que le cœur sontrapidement altérés jusque dans leur texture.
Dénutrition. Ces élévations de température associées à ces excitations des muscles striés en travers, influent singulière ment sur la nutrition totale. Il survient une notable augmentation des transformations chimiques; toute suractivité du muscle amène un excès de chaleur reconnaissable au thermomètre, et cette suractivité est basée sur l'usure plus marquée du protoplasma musculaire, dont la destruction doit à priori entraîner un surcroît de produits d'élimination, particulièrement de CO^ et de l'urée, (avec production exagérée de la chaleur). Or voici ce que nous apprenons à cet égard.
CAFÉÏNE
Elimination. Tout d'abord si l'augmentation de ces produits d'élimination n'est jamais bien considérable, ni comme quantité, ni comme durée, cela tient ;i ce que par l'élimination partielle de la caféine par l'urine, et par suite des décompositions auxquelles elle est sujette dans l'organisme, son action est toujours restreinte, et toujours passagère, Hamarsten ne parvint pas à retrouver dans l'urine six centigrammes de caféine qu'il avait ingérée, mais Strauch la constata dans l'estomac, dans la bile et les urines d'un animal intoxiqué par la caféine ; il est vrai qu'il s'agissait de doses ultrathérapeutiques, qui déterminèrent la mort avant que l'alcaloïde eût eu le temps de se décomposer complètement.
Cela posé, on peut s'expliquer la divergence des opinions émises au sujet de l'action nutritive ou dénutritive de la caféine.
Mutations nutritives de la caféine chez l'homme. Les physiologistes et les chimistes, Rabuteau, Eustratiades, Schulze (de Breslau) Lehman et Froelich, en expérimentant sur l'homme sain à l'aide de la caféine ou du café, vinrent à prouver le fait de l'arrêt de dénutrition, en mesurant les déchets des matières albumino-fibrineuses de nos organes, c'est-à-dire en pesant la quantité d'urée qui s'élimine par les urines avant et après l'usage du café; ils constatèrent une diminution notable de l'urée (15 à 18 p. 100). — Cet indice serait significatif s'il était absolu, constant. Mais il n'en est rien. Depuis vingt ans, Voit, Roux, Binz, Giraud, Francotte (de Liège,) Leblond nièrent résolument toute action de la caféine et du café sur les mutations organiques, parce qu'ils ne trouvèrent pas de modification appréciable dans l'élimination de l'urée, de l'acide urique et des matières salines qui est le résultat de la désintégration de nos tissus corporels.
Il y a plus, un certain nombre d'expérimentateurs (Guimaraes et Raposo, Fubini et Ottolengi), loin de considérer le café comme un modérateur de la dénutrition, soutiennent qu'il est susceptible de favoriser la dénutrition, ou plutôt d'activer les échanges entre le dedans et le dehors.
Résumé. La vérité est que, à dose modérée, le café et la caféine ne modifient en rien fexcrétion de l'urée et laissent la nutrition dans le statu quo, tandis que pris en quantité immo-
CHA1\ VII
HI^ SKRIK DIURÉTIQUE OU CAFÉÏQUE
dérée,ils augmeiiLenl au contraire ladésassimilation, el dansc(; cas la température du corps s'abaisse ; tout est donc dans la dose; enmesurantlaquantité d'urée parlitre d'urine, on la trouve généralement diminuée; tandis que la quantité totale de l'urée pour un jour surpasse souvent le chilTre normal (Constantin Paul), En supposant même que la dénutrition soit activée, on ne doit pas oublier qu'elle appelle la reconstitution des tissus, et que c'est ce mouvement énergique de la vie qui influence l'activité du cerveau, et le fonctionnement du système musculaire. Ainsi les deux opinions les plus opposées se trouvent conciliées par l'expérimentation.
ARTICLES ADDITIOrVIVELâ
Art. I. — Divers principes nutritifs du café.
Pour 100 parties d'infusion, on trouve 1,74 de caféine, 11,2 tannin, 14,5 de matières non azotées, des traces d'albumine (après torréfaction) 3 à4 parties d'huile et d'éléments minéraux (Konig). Dans une tasse de café (15 gram.) il existe 0,26 de caféine, 0,75 de sucre? 2,17 de matières extractives non azotées, et 0,61 de potasse.
Ainsi avec une tasse de café, on prend réellement de la caféine qui ne se détruit pas par la torréfaction ; on prend en outre une quantité variable d'acide quinique, un sel de potasse qui n'a aucune action, vu sa faible dose, et surtout une huile empyreumatique et des matières extractives, qui par la torréfaction se sontformées aux dépens de l'albumine végétale, du sucre et de lagomme.Ce sont ces matières extractives empyreumatiques qui nous intéressent le plus, car elles ont une grande part d'action.
La substance huileuse éthérée que Boutron et Frémy, ont fait connaître sous le nom de caféone, n'a pas été étudiée physiologiquement. Bernheimer en examinant les produits de torréfaction des grains de café a trouvé comme éléments principaux, de l'acide palmitique, de la caféine, de l'acide acétique et du Co2. On y a trouvé aussi de l'hydrochinon, de la méthylamine, du caféol, sorte d'huile qui a l'arôme du café, qui boni à 196 degrés et peut par de forts moyens d'oxydation se transformer en acide salicylique.
SUBSTANCES GAFÉÏNIFÈRliS
Voici ce qu'on sait de l*'eflet des matières exlractives sur l'organisme, soit qu'on les prenne avec la caféine simplement sous forme d'infusion de café, soit sans la caféine qui en a été séparée par la distillation. Chez les animaux auxquels on fait prendre ces matières extractives simplement infusées ou bien fdtrées, on voit, d'après Binz, augmenter la respiration en nombre et profondeur jusqu'au double, avec renforcement de l'action du cœur. Nasse en injectant quelques gouttes d'une forte infusion de café dans le sang d'un lapin, vit se développer de légères convulsions et la contraction tétaniforme de l'intestin.
Chez l'homme les effets excitants du café sur les fonctions cérébrales ei particulièrement sur l'idéation sont connues; mais ils peuvent dépasser le but, et déterminer une excitabilité générale qui est due aux éléments huileux empyreumatiques du café.
La température ne paraît pas influencée ou plutôt il n'y a, comme après l'usage de l'alcool, qu'une augmentation subjective de chaleur par suite de la dilatation et la réplétion plus marquée des vaisseaux.
Art. II . — Substances caf eïnif ères.
lo La caféine fut démontrée en 1820 par Runge et par nos chimistes Robiquet, Pelletier et Caventou.
2" Théine et caféine sont absolument identiques ; le thé contient relativement plus de caféine ; une tase de thé contient 2 à 4,1 p. c. de caféine ; le café 0,70 à 0,87.
Une tasse de thé (infusion de S à 6 feuilles) renferme 0,10 à 0,20 ; une tasse de café (avec 16 gr.) également 0,10 à 0,20.
3° Noix de kola. En 1840 Atfield constata la caféine dans la noix de kola, (famille des Sterculiacés) qui ne contient absolument rien, qui en dehors de la caféine mérite la moindre mention. Un peu de tannin que vous trouverez aussi dans le thé oulecafé,unematièrerougedite pompeusement rouge de kola et qui agit énergiquement comme moyen de réclame, voilà la noix.
Ce qui prouve lanullité absolue de la noix kola en dehorsde la caféine c'est que le fameux rouge lui-même se transforme