MÉDICATION AUXILIAIRE, RESPIRATOIRE
Nous avons déjà étudié au point de vue du pouvoir respiratoire:
(a) Les iodures ainsi que Tiodure d'éthyle.
(b) Les atropiques.
(c) Les morphines. Ce sont les trois bases de la médication respiratoire.
Il nous reste à compléter cette étude par l'histoire :
Art. I. De la pyridine.
Art. II. De l'oxygène.
Art. III. De l'aéthérorapie.
Art. IV. Arsenic (voir chapitre VIII bis).
Art. I. — PyTridine.
Histoire. Un médicament très utile comme respiratoire dans le traitement des dypsnées et de l'asthme cardiaque, c'est la pyridine, qui se rencontre dans les produits de distillation sèche d'une foule de matières organiques, du goudron de houille, des principaux alcaloïdes comme la morphine, la nicotine, comme le trait commun, enfin dans l'huile animale de Dippel.
En 1885, j'indiquai la pyridine comme la base des fumigations, des vapeurs qu'on employait empiriquement dans le traitement de l'asthme. L'inhalation de la pyridine, qui est très volatile, mais malheureusement d'une odeur repoussante, se fait à l'aide de 4 à 5 grammes versés dans une soucoupe posée au milieu d'une petite pièce ou d'un cabinet bien clos, à la température ordinaire de 15 degrés; le séjour de 20 à 30 minutes dans la chambre inhalatoire, peut être répété 2 fois par jour. L'absorption est immédiate et la pyridine apparaît
PYIUDINE
presqu'aussitôt dans les urines. On peut aussi dans les cas d'urgence faire inhaler 15 à 20 gouttes sur un mouchoir.
Action physiologique. De mes expériences faites avec Rochefontaine, il résulte : 1° que cette substance diminue la réflectivité de la moelle et du centre respiratoire bulbaire (grenouilles et cobayes) 2° Chez le chien la pression sanguine étant au début, de 14 m. de mercure, l'excitation centrale despneumo-gastriques sectionnés au cou la fait monter à 32 m. m.; puis elle baisse graduellement à la suite d'injections intra-veineusesd'un gramme de nitrate de pyridine pratiquées 20 fois, et si alors on répète l'excitation centripète des nerfs vagosympathiques, la pression reste invariable ; c'est que la substance grise du nœud vital, imprégnée de pyridine a perdu son pouvoir réflexe, qui se trouve précisément exagéré dans l'asthme.
Ces expériences furent contrôlées par un de mes excellents élèves, Dandieu, qui les a répétées au laboratoire de Laborde, et qui arriva à ces conclusions : 1° la pyridine (ou la collidine, qui est congénère) dilate les vaisseaux périphériques. 2» diminue le pouvoir excito-moteur du bulbe et de la moelle, 3° agit sur la fonction respiratoire en diminuant le nombre exagéré des respirations (chez les polypnéïques) en augmentant l'amplitude des respirations, en régularisant leur rhythme troublé.
Au résumé, la vaso-dilatation rappelle complètement celle de l'iodure de potassium; la diff"érence est celle-ci : la pyridine tend à augmenter la pression, tandis que l'iodure fait l'inverse.
Action thérapeutique. Chez les asthmatiques l'oppression diminue considérablement, la respiration devient libre, facile; lasoif d'air, moins impérieuse, pendant que le cœur reste calme et régulier, et le pouls avec son rhythme normal. Cette action respiratoire persiste pendant la nuit, et les malades dorment après avoir souvent éprouvé des vertiges et de la somnolence au sortir de la séance d'inhalation.
Chez les cardiaques dyspnéïques, les efî"ets sont les mêmes, mais moins constants, moins persistants. Ils ont été vérifiés dans quatre cas d'asthme cardiaque par Koleraan, de Budapesth, en 1886, par de Renzi, qui prescrivit la pyridine sous
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forme de sel de pyridine à Tinlérieur à sept cardiaques atteints de lésions inilrales (2 cas de lésions aortiques, 2 cas d'angine de poitrine). Dans ces derniers cas, le moyen est supérieur, dit de Reuzi, à tous les autres; dans tous, il favorise la respiration et élève la pression artérielle, mesurée par l'appareil de Bash.
Voici ce que j'ai vu dans quelques centaines de dypsnées ou d'asthmes cardiaques, et dans une trentaine d'angines de poitrine; dans toutes ces conditions j'ai soumis les malades à l'iodothérapie permanente, et à la pyridine d'une manière intermittente. Cette combinaison est supérieure à toute autre. L'asthme cardiaque cède, presque toujours. Quant à l'angor pectoris, l'angoisse est sûrement atténuée par ce moyen inoffensif, qu'on peut abandonner au malade, tandis qu'il est dangereux de lui confier le nitrite d'amyle, qui présente des avantages marqués.
Art. II. — Oxygène.
Chimie. Parmi les moyens respiratoires il faut compter ou étudier l'oxygène.
Larespirationde l'O étant artificiellement préparé et recueilli dans les ballons de caoutchouc, on peut en absorber impunément jusqu'à 30 et même 100 litres par jour; la quantité d'O absorbé est indépendante de la proportion d'O dans le milieu respiré. Le sang n'est que le véhicule de ce gaz qui semble se combiner avec l'hémoglobine.
1 Effets physiologiques et thérapeutiques. Les respirapiratlôn tious s'élèvent de 18 à 20° ; elles deviennent plus amples; dyspnée ^'exhalation du GO^ n'est nullement modifiée (Lavoisier, Regnault et Reizet). Ce qui est à noter, c'est l'état de bien être que tous les individus sains ou malades observent, mais je ne saurais partager l'enthousiasme des auteurs qui l'ont préconisé dans toutes les affections dyspneïques.
1° Dans les dyspnées mécaniques, les laryngites, les bronchites, les pneumonies,la tuberculose, et même dans l'emphysème il n'y a rien à attendre de la respiration d'O.
2° Les dyspnées chimiques c'est-à-dire par excès de CO^ (asphyxies par oxyde de carbone) ne sont pas modifiées par 0.
OXYCiÈNK
30 Les dyspnées cardiaques roslont invariables, il en est de même de la dyspnée toxique urémique.
Défiez-vous surtout de l'inhalaLion d'O dansl'angor pectons.
40 Dyspnées nerveuses. S'agit-il de l'asthme nerveux pneumobulbaire, rO est plus nuisible qu'utile; s'agit-il de l'asthme hystérique, ici tout est possible, môme l'amélioration.
Dans ces derniers cas le malade éprouve les sensations de bien-être respiratoire qu'il réclame.
Les effets sur la circulation sont nuls, selon les uns ; excitants ^. selon les autres. Or Quinquand démontre que bien qu'il y ait laUon. une action irritante, il se produit une véritable sédation ; ralentissement du pouls et de la respiration, légère diminution de la température centrale, diminution de GO^ exhalé. ^
Le sang ne subit guère de modification ; il devient momen- ^^.^4^^ tanément plus rutilant, parce que l'O est véhiculé par l'hémo- ^^^^^^ globine avec laquelle il n'a que des combinaisons lâches ; eU'esc'est pourquoi il ne faut pas compter sur l'O pour relever la constitution du sang, ni la nutrition générale. On a pensé favoriser aussi les oxydations, améliorer la nutrition dans les anémies, la chlorose ; rien de sérieux, ni surtout de durable n'existe en pareil cas. Hayem a préconisé l'oxygène dans le traitement de la chlorose pour exciter la digestion et l'absorp tion du fer ; je n'ai jamais rien observé qu'une augmentation passagère de l'appétit, mais aucune action stomachique, ni digestive. Lorsqu'il s'agit de stimuler la nutrition générale elles oxydations, il ne faut pas davantage compter sur l'oxygène, même dans la goutte, et dans les maladies où la formation de l'urée n'est pas complète.
Art. III. — Aérothérapie.
Sous se nom nous comprenons l'aéro thérapie artificielle, à savoir la méthode respiratoire destinée à faciliter la respiration ainsi que la circulation centrale et phériphérique ; elle comprend les appareils respiratoires fixes, et les appareils portatifs (ou de Waldenburg). Le nom d'aéro thérapie s'appliquera aussi à l'élude des conditions naturelles d'aération destinée, et des atmosphères favorables, aux cardiaques.
L Air comprimé. L'inspiration d'air comprimé après avoir déterminé un sentiment de plénitude et de distension dans
CIIAP. VIII. —
MKDICATION AUXILIAIUK nUSPIRATOIIlE
la poitrine provenant de l'ampliation du poumon et de la cavité thoracique, produit une diffusion de l'air inspiré dans l'air résidual, et fait réellement pénétrer dans le poumon do mille à 7 et même 10.000 cem. par minute ; de là une ventilation plus puissante du poumon, une augmentation des forces inspiratoires et expiratoires, une élévation de la capacité vitale du poumon, tout cela à la condition de ne pas dépasser 1/4 d'atmosphère.
Considéré au point de vue du coeur et de la circulation, l'air comprimé inspiré doit d'après Waldemburg produire dans apoitrine une pression négative, (c'est-à-dire au-dessous de la pression atmosphérique) moins marquée que normalement, et ne plus exercer qu'une attraction très faible sur ia masse sanguine de la périphérie ; tout le poids de l'air comprimé pèse sur les organes circulatoires ; l'écoulement du sang veineux dans le cœur est plus faible; les veines du cou se gonflent et le cœur droit ne reçoit plus que peu de sang, tandis que la systole ventriculaire gauche devient plus énergique et plus facile, le pouls d'abord plein (magnus) et la pression fortement augmentée. L'augmention d'énergie des systoles par l'air comprimé constitue, dit-on, une sorte de gymnastique du cœur. Mais toutes ces prévisions de la théorie sont formellement contredites par l'expérimentation ; les recherches kymographiques démontrèrent à Einbrodt, Hering, Drosdorf, Lambert, Zuntz exactement le contraire des assertions de Waldenburg ; partout où on annonçait un excès de pression artérielle avec tension des parois vasculaires ils trouvèrent un abaissement de la pression vasculaire et inversement.
La clinique vint elle-même confirmer les données expérimentales; les deux premières pulsations, d'après les observations sphygomographiques de Riegel et de Franck, se signalent par une descente très droite de la ligne dicrotique, par une augmentation de la saillie de contraction, par une diminution des petites saillies élastiques ; elles indiquent en un mot, une diminution de la pression intravasculaire. A partir de la troisième pulsation l'ondée pulsatile s'élève, la ligne de descente s'allonge, les saillies élastiques sont plus nettes; de sorte que le contraste est frappant entre le dicrotisme qui est très prononcé et les proéminences très fortes des saillies élastiques. Il résulte
AÉROTHÉIUPIE
de là que l'air comprimé ne saurait être considéré comme un moyen de gymnastique du cœur.
II. Expiration dans l'air raréfié. L'expiratiou de ce genre se traduit par l'aspiration des organes abdominaux par la cavité thoracique ; il se peut en efTet que par rexpirati»)n dans l'air raréfié de grandes quantités d'air résidual soient éliminées ; dès lors le volume du poumon diminue, le diaphragme et les viscères abdominaux remontent, et ainsi le champ respiratoire se rétrécit, de sorte que les muscles inspirateurs n'ont besoin que d'un travail très modéré.
Les effets sur la circulation sont analogues à ceux de la respiration à l'air libre ; le sang s'introduit plus facilement dans le thorax et le cœur, qui reçoit ainsi une plus grande quantité de sang ; les veines jugulaires s'affaissent; le travail du cœur devient plus difficile, la systole ventriculaire plus faible, la tension et la pression dans le système aortique s'abaissent ; le pouls devient plus mou et plus petit, la grande circulation plus pauvre en sang, la circulation pulmonaire plus chargée de sang. Où sont les avantages de cette pratique ?
III. Inspiraiion d'air raréfié dans les cabinets pneumatiques. L'air raréfié a été déjà étudié au 17e siècle par Henschow, puis par Tabarié et Junod, Jourdanet, de Vinenot, Lange ; Neukomm l'a préconisé comme moyen thérapeutique.
Les effets de la basse pression atmosphérique sont à la fois chimiques et mécaniques. La capacité pulmonaire diminue ; les respirations sont d'abord superficielles et fréquentes, puis elles deviennent pleines et profondes ; l'inspiration nécessite de grandes forces, l'expiration est facilitée, le pouls devient fréquent et petit, il survient une sensation de chaleur très prononcée; les parties périphériques et les muqueuses superficielles rougissent, la tête est prise : vertiges, idéation difficile, névralgies; ces phénomènes s'observent dans une atmosphère confinée avec une diminution de 3|7 d'atmosphère.
Par suite de l'accélération des inspirations l'organisme cherche immédiatement à couvrir son besoin d'oxygène dans cette atmosphère pauvre en 0. Mermod et Liebig qui ont, contrairement à tous les observateurs, vu les inspirations devenir plus profondes sous l'influence des basses pressions barométriques, pensent que par cela même le déficit en Ô est couvert.
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Les uns, comme Jourdanel, trouvent d'ailleurs une diminution d'absorption d'O et une diminution de CO^. Mais des observateurs plus précis, Frankel et Geppert ont spécifié les faits; l'air étant raréfié de Ai cm. le sang conserve son 0; à 1/2 atmosphère, rO manque maispeut être réintégré par l'activité respiratoire ; à moins d'une 1/2 atmosphère le déficit d'O peut aller jusqu'à la mort. Par 1/3 de pression atmosphérique, équivalant à une hauteur de 8800 mètres, le sang n'a plus que la moitié d'O normal, et la vie est encore possible.
Dans ces conditions de basse pression, il se développe des stases veineuses avec la cyanose, dyspnée , et des phénomènes de parésie cérébrale et médullaire.
Effets mécaniques de l'air raréfié sur la circulation. Ici commencent les obscurités ; pendant que Lazarus et Schirmunski considèrentque la pression sanguine s'abaisse, Frànkel et Geppert affirment une élévation considérable de la pression sous l'influence de la basse barométrie. Ce n'est que par une diminution de pression atmosphérique au-dessous de 20 centim. que la pression vasculaire tombe, et qu'il se manifeste des symptômes menaçants tels que dyspnée, abattement, cyanose très marquée que les premiers auteurs ont déjà vue lors d'un abaissement de pression d'une demi atmosphère (— 37,8 centim.).
D'autre part ces mêmes auteurs notent une accélération du pouls par la raréfaction de l'air et un dicrotisme évident du pouls comme signe d'une tension artérielle faible. Aussi considèrent-ils le séjour des cardiaques dans les atmosphères raréfiées comme très préjudiciable; mais quoique les altitudes exercent d'autres effets encore mal définis, elles sont bien préférables aux salles à air raréfié , l'élévation des stations d'altitude comporte de 530 à 1900 mètres, et la diminution de la pression équivaut à 1/5 jusqu'à 1/3 d'atmosphère.