ANESTHÉSIQUES, COCAÏNE
qués sont attribués par Mosse, Diirdufi, non à la paralysie des nerfs vagues, mais à l'excitation des centres accélérateurs et du centre vaso-moteur, d'oi:i la vaso-constriction et l'excès de pression.
En fait la pression s'élève facilement par les doses faibles et moyennes. Cet excès de pression dépendant de l'excitation du centre vaso-moteur, on doit trouver d'abord les vaisseaux contractés, puis dilatés et paralysés par de fortes doses. Déjà par des doses moyennes il s'établit, d'après Rosenthal, une sorte de collapsus artériel cocaïnique.
I. bis. — Action expérimentale chez l'homme. Il faut signaler chez l'homme :
1° L'anesthésie ou paralysation des extrémités des nerfs sensibles de la région d'application, où la cocaïne peut se diffuser. 20 Bien être par les doses faibles.
3° Excitation des centres vaso-moteurs et des centres respiratoires par des doses fortes.
4° Intoxications. Les signes d'intoxication sont les excitations évidentes, des vertiges, des douleurs, la pâleur du visage, le tremblement ; dans les cas plus rares, l'ivresse, la polypnée et les convulsions.
II . Thérapeutique. Au point de vue thérapeutique, la cocaïne est utilisée :
1° Comme anesthésiant local, dans le traitement des affections soit de l'œil, soit des muqueuses gutturales, laryngées, genitourinaires. Dans tous ces cas les intoxications graves et souvent mortelles ont été observées, car le dosage est pour ainsi dire impossible à fixer ou même à prévoir.
Comme paralgésiant profond; dans les affections douloureuses, les névralgies, les névrites périphériques, la cocaïne ne présente pas les mêmes avantages que les injections de morphine, ni que les injections d'antipyrine.
^'^ Comme gastrique et pepiique. Tantôt ai^pliqué commestomachique apéritif, antiémétique, antispasmodique, la cocaïne ne donne que des résultats douteux, soit qu'on l'emploie sous forme d'ingesta, soit qu'on l'injecte sous la peau. Il est cependant à noter, d'après les recherches de Gley, que le poison ingéré est bien moins toxique que s'il est injecté dans les veines. Le foie arrête et détruit ce poison comme tant d'autres, c'est ce
OIIAP. VTII BIS.
— MÉDICATION AUXILIAIRE CALMANTE
qui explique les variations d'action delà cocaïne sur les organes digestifs.
3° Prophylactique de la fatigue. La cocaïne, de môme que la coca ne sont pas des moyens dépargne, car l'urée de la dénutrition s'élimine plus qu'à l'état normal. Ce sont des moyens sensationnels agréables qui s'opposent aux impressions de faiblesse, d'inappétence ; mais les malades ne présentent ni forces dynamiques, ni forces digestives ou trophiques en plus que d'ordinaire.
4° Antidote de la morphinisation. Cocaïnisme chronique. C'est un moyen des plus dangereux comme contre-poison de l'opium; il en résulte un cocaïnisme grave qui vient s'ajouter au morphinisme.
5° Excitant cardio-vasculaire. Je termine l'énumération des propriétés thérapeutiques de la cocaïne, en indiquant l'erreur grave de ceux qui croient devoir associer la cocaïne aux calmants, ou aux vaso-dilatateurs; c'est un contre-sensetundanger.
Au résumé, le bilan de la cocaïne, dont je ne cherche pas, quoiqu'à regret, a diminuer la valeur anesthésique chirurgicale, est un détestable médicament pour l'estomac, et une dangereuse drogue pour le cœur, cela d'autant plus que certains industriels ignorant ses analogies et ses affinités avec l'atropine, l'ont associée à la plaisante noix de Kola c'est-à-dire à la caféïne qui est le véritable antagoniste de la cocaïne et un vrai cardiaque.
Art. II.— Somnifères.
Nous avons étudié surtout parmi les hypnotiques, le sulfonal et la paraldéhyde, qui dépassent au point de vue du cœur tous les autres somnifères.
SULFONAL
Synonymie : diéthylsulfo, diméthylméthane (H3)2C(S02C2H5)2. Lesulfonalaétéjusqu'ici considéré commelemeilleurhypnotique, et surtout indemne de toutinconvénient, maisune vive campagne Physio- est menée en ce moment contre ce remède, on lui reproche ceci : Dofes ^° P^^^*- devenir toxique à la dose de plus d'un gram.
et demi par jour, tandis qu'cautrefois on prescrivait de 3à 4 gram.
SOMNIFÈRES, SULFONAL
Résultats.
20 Le sommeil commence au bout d'une heure et demie à deux heures, et se continue en général pendant 6 à 8 heures. Mais ce sommeil n'est pas toujours calme et il est interrompu par des soupirs et des gémissements.
Ce qui est plus grave, c'est qu'il se continue souvent le lendemain pendant toute la journée et remplace le sommeil qui a manqué la nuit malgré le remède.
30 Les résultats généraux obtenus n'ont aucun intérêt parce qu'ils proviennent des sources les plus diverses. Dans une série intcmd'essais sur 166 malades qui ont pris 1413 doses de sulfonal, on trouva 910 fois (69 p. c.) un sommeil de 6 à 9 heures.
206 fois (15 p. c.) un sommeil de 3 à 5 heures. 297 fois (75 p. c.) pas d'effet.
Cette statistique en dit trop ou trop peu ; d'où proviennent les insuccès ? quels sont les malades qui n'ont pas profité du traitement.
40 Quels sont les malades qui ont été troublés, intoxiqués même mortellement. On connaît depuis l'invention du médicament, laquelle date de 4 ans, 8 cas de mort, auxquels dans ces derniers cas il fallut ajouter 9 autres cas.
La plupart des cas fâcheux se rapportent aux aliénés, surtout aux femmes; dans un cas de ce genre, 2 doses administrées k 1 heure 1/4 d'intervalle, déterminèrent la mort après 18 heures avec des phénomènes de cyanose, de la fièvre, et une respiration profondément affaiblie. Il s'agit dans la plupart des cas mortels, de doses répétées tous les jours pendant des semaines entières.
50 Phénomènes nerveux et digestifs. Ces phénomènes se ^r*^',"" dessinent d'autant plus que le sulfonal est lentement absorbé divers
, ,1 organes.
et plus lentement elimme ; l'accumulation de ce remède est probable et se traduit par les vertiges, l'abattement, le sub-delirium, l'altération du goût, la difficulté d'avaler, la perte de l'appétit, l'amaigrissement, avec quelques difficultés de digérer, surtout une constipation opiniâtre, parfois de l'albuminurie ; si les urines viennent à se colorer parde l'hématoporphyrine, il y a un véritable danger a continuer.
6° Cœur. Le cœur est rarement troublé ; toutefois certains Action
sur
malades accusent des palpitations ; le pouls devient petit et le cœur, faible, souvent accéléré, le cœur lui-même finit par s'affaiblir et la pression s'abaisse.
CHAP. VIII BIS, — MÉDICATION AUXILIAIRE CALMANTE
Résumé. Il ne faut jamais prolonger l'usage de ce médicament dans aucune maladie surtout celles du cœur ; après quelques jours de son emploi il faut varier, et prescrire soit le chloralamide dont les effets sur le cœur ne sont cependant pas inoffensifsjsoit surtout la paraldéhyde.
(a) PARALDÉHYDE
Chimie.
C'est une modification polymérique de l'aldéhyde ordinaire, (G2 H'^ 03) Liquide incolore, d'un goût sucré persistant il bout à 124° ; se fige en cristaux par une température basse, et fond de nouveau à 10,5c.; son poids spécifique est 0,998 àl,5 c. Il sedissout dans 8,5 parties d'eau. D'un goût très désagréable.
(b) La dose efficace est de 4 gr. ; on a été à 8 gr. par jour, physio- A la dose de 4 gr. la paraldéhyde dissoute dans l'eau pro- ^cœu"^' voqueun sommeil réel sans modifier sensiblement le pouls
et et la respiration.
pression ^ , . , , . , , „
Comme narcotique elle agit a la façon du chloral ; mais elle ne produit nullement la dépression vasculaire. ^dose^ A dose élevée elle finit par déterminer une paralysie de la mœlle allongée, et par conséquentde la respiration, pendant que l'innervation du cœur persiste intacte. Les animaux peuvent être rappelés à la vie par la respiration artificielle. Mais il reste le danger de la dissolution des globules, uiage paraldéhyde entre difficilement dans la pratique à la place
théra- .du chloral, a cause de son odeur, que les malades exhalentparle ^ s"om-"^ poumon. D'ailleurs l'effet somnifère se montre plus tardivement Acïïoii ' et persiste moins longtemps. Déplus, elle irrite l'estomac comme TomaT '^chloral jc'estpourquoionaproposédeladonner dans l'huile ou dans un mucilage, ou du sirop d'écorces d'oranges que j'additionne de sirop de menthe. Kramer (1888) n'est pas sûr que la paraldéhyde ne modifie pas le pouvoir diastatique de la salive mixte, mais elle ne trouble que légèrement le pouvoir digestif du sucdigestifartificiel,àmoins que lemédicamentne soit concentré. Schreiber et Langaard ont associé la paraldéhyde h la ci- Action féïne pour supprimer l'action vaso-motrice de la caféine, qui con-
combi- , ^ . . , . , . 1.
néeavec servc néanmoins son pouvoir diurétique. Cervello et Cararo, caféfne. Picora (1889) ont, en prescrivant 2 k 3 gr. de paraldéhyde avec 0, 25 caféine amélioré l'effet cardiaque de la caféine.
SÉDATIFS, BROMURES
A la suite de la paraldéhyde il peut rester au réveil quelques ^^^^ troubles, du malaise,des vertiges, de l'étourdissement et de l'agi- physio-
Ce qui est plus grave, mais n'a été vérifié jusqu'ici que sur '
les animaux, c'est l'effet réducteur du sang et des globules d'où ^^^^nl'hémoglobinurie, et ces phénomènes précèdent l'action narcotique. N'est-ce pas à craindre chez l'homme?
Action
Observations de Liégeois sur l'angine de poitrine. — Ces ob- -.^sur^^
servations sont intéressantes et prouvent que la paraldéhyde ne de
poitrine.
trouble en rien la respiration.
Résumé. C'est un excellent somnifère et sédatif, mais trop lent dans son action pour être employé dans l'angor pectoris. A propos des insomnies cardiaques nous aurons à en reparler.
Art. III. — Bromures.
Le bromure alcalin ou alcalinoterreux doit être considéré à 3 points de vue :
10 C'est le dépresseur véritable de l'excitabilité réflexe, dans les affections épileptiques.
2o II est vaso-moteur et cardio-asthénique.
3° C'est un sédatif, c'est-à-dire un diminutif de l'action dépressive anti-épileptique, un léger paralgésiant, un faibl somnifère.
I.Anti-épileptique. La doctrine de l'épilepsie ne rentre plus Lésions aujourd'hui dans les simples névroses, et elle ne présente plus répique de lointaines analogies ou de vagues affinités, ou de simples ^*^p®"^associations avec les névroses reconnues comme telles, avec l'hystérie, la névrasthénie.
Les lésions consistent en ceci : de véritables nodules de sclérose de la névroglie (Chaslin, Letulle), l'hyperplasie des cellules névrogliques de la couche superficielle, des altérations vasculaires très prononcées, non seulement dans l'écorce mais encore dans le centre ovale; on voit Iti des vaisseaux dilatés, parfois même de petites hémorrhagies punctiformes ; autour des foyers plus ou moins anciens se distinguent des cellules altérées, petites, nuclées, granuleuses, faciles à colorer par l'éosine et la fuchsine acide.
Le bulbe est normal, les corps olivaires sont lésés ordinal- , rement.
CHAP. VIII BIS
— MÉDKÏATION AUXILIAIRE CALMANTE
Au résumé : 1° dans un certain nombre des cas d'épilepsie idiopathique il n'existe pas de lésions appréciables des centres nerveux. 2° dans les cas de lésions, celles-ci sont très variables. 3o Les plus constantes siègent dans les zones psychomotrices et sont caractérisées a) par des altérations vasculaires h) par l'hyperplasie de la névroglie à la surface de l'écorce ou dans sa profondeur.
Patho Ces lésions ne sont donc pas spécifiques de l'épilepsie idiopathique, mais leur siège et leur nature indiquent que l'épilepsie est un processus cortical et de nature vasculaire. Sont-elles primitives ou secondaires ? Elles n'expliquent pas les paroxysmes, ni les signes somatiques propres k l'épilepsie ; elles indiquent plutôt la suractivité fonctionnelle de la région où elles se développent, et elles sont les résultats de la répétition des congestions occasionnées par les attaques. Il semble donc qu'elles ne peuvent pas éclairer la pathogénie. Il est certain que les convulsions qui se produisent sous l'influence des grosses lésions corticales (tumeurs) ou des intoxications, n'appartiennent pas à l'épilepsie. La pathogénie propre à l'épilepsie, c'est cette lésion vasculaire psychomotrice avec des caractères permanents d'hérédité nerveuse ou de dégénérescence et une excitabilité incomparable (Paul Blocq et Marinesco) qui ne se révèle par des attaques que dans les conditions anormales et par des excitants mal déterminés, surtout lorsqu'on les veut attribuer à l'auto-intoxication, ou à des infections intestinales. Nocuité C'est cette surexcitabilité permanente qu'il faut combattre, bromu- et jusqu'ici nous ne connaissons que les bromures de potassium resen strontum OU de calcium ; les autres sont douteux et les
nencef polybromures (potassium, sodium, ammonium) incompréhensibles dans leur alliance physiologique.
Quel est le genre d'épilepsies qui réclame le bromure, et pourquoi ?
Dans ces dix dernières années l'épilepsie a été le sujet de discussions nombreuses tant au point de vue du sens et de la définition de l'épilepsie, que sur la pathogénie et le mécanisme de la maladie.
Formes L'épilepsie se présente sous cinq formes principales : rlpi 1° LaUaque couvulsive qui comprend une phase tétanique, lepsie. p^jg clonique générale ou partielle, avec disparition instan-
SÉDATIFS, BROMURES
tanée, immédiate de la connaissance, de la sensibilité, des mouvements (chute) ; par suite de l'excitation de la moelle épinière, le tétanos envahit les membres ; par l'excitation du nerf facial, des hypoglosses, du trijumeau-moteur, du centre cilio-spinal, il survient une contraction violente de la face, un trouble profond de la parole et de la langue, du trismus, du myosis : finalement les muscles respiratoires sont envahis, d'où l'asphyxie et la clonicité des convulsions.
2" Le vertige épileptique. Vertige. Absences. Ce qui caractérise le vertige, c"est la disparition fugace mais complète de l'intelligence, souvent h peine appréciable. A cette forme se rattache le petit mal automoteur qui se traduit par les mouvements les plus variés de la tète et du tronc.
3° Uépilepsie procursive, décrite par Bourneville et Bricon- Mairet, est une forme grave qui se rattache à des lésions scléreuses de diverses parties de l'encéphale et surtout du cervelet ; souvent elle précède les grandes attaques.
4» Auras. Toutes les variétés de l'épilepsie peuvent être précédées de sensations de fourmillements ou de douleurs partant de diverses parties du corps, de mouvements singuliers, dont on peut empêcher parfois la progression vers la tête en fléchissant fortement le membre atteint. On a signalé enfin des troubles vaso-moteurs comme l'indice précurseur de l'accès.
Equivalences épileptiques. Outre ces rudiments et les grandes attaques il faut citer les accès de délire, les aberrations d'esprit, les hallucinations avec tendance au meurtre ou au suicide, qui se manifestent entre les accès et donnent souvent lieu aux plus graves méprises.
Nous verrons quelles sont de ces cinq formes, celles qui sont justiciables des bromures.
Interprétations des épilepsies expérimentales et toxiques. L'interprétation des mouvements convulsifs artificiels par la doctrine corticale et l'application de cette doctrine h l'épilepsie humaine sont très sujettes à caution, si on ne tient pas compte du genre d'animaux en expérience. L'écorce se rapproche de celle de l'homme chez le singe et le chien ; au minimum chez le lapin et le cobaye. L'épilepsie du cobaye a des traits entièrement distincts de celle de l'homme, et ne saurait être utilisée pour la pratique humaine.
ClIAl'. VIII ItlS.
— MÉDICATION AUXIMAIHK CALMANTK
Il faut tenir compte aussi du genre d'excitants; les agents chimiques (absinthe, strychnine, picrotoxine) ne donnent aucun signe d'excitation qui rappelle l'épilepsie ; celle-ci n'est pas d'ordre toxique.
Les convulsions d'origine réllexc ne sont pas non plus toutes il assimiler à celles de l'épilepsie. On ne voit pas chez l'homme d'épilepsie par la cautéristionadus ciatique, par une lésion delà moelle épinière. Une partie des épilepsies qu'on considérait comme réflexes, particulièrement les convulsions par le traumatisme crânien ne doivent pas être considérées comme de l'épilepsie réflexe, car elles proviennent d'une lésion directe de l'organe central des convulsions, de l'écorce.
L'électrisation de l'écorce produit au contraire des convulsions entièrement semblables aux attaques. Il suffit d'une courte action du courant faradique, d'un seul coup du courant galvanique, pour produire instantanément une convulsion générale. Puis il y aura les sommations d'excitations dont l'influence n'est pas douteuse, ifpsie I- Indications desbromures comme antiépiléptiques dite Dans l'épilepsie dite essentielle dont nous venons d'étudier tielfe^.' si longuement le mécanisme, ou plutôt les mécanismes, le bromure (de potassium) a des indications pour ainsi dire obligatoires qui sont connues depuis près de quarante ans par les travaux de Locok. Lorsqu'on chercha à discerner le genre d'action des bromures, on s'arrêta d'abord à leur effet vaso-constricteur qui est indiscutable ; mais l'oligaimie épileptique de Kussmaul et Tenner ne tarda pas à réduire ce fait ; la théorie pathogénique et la théorie expérimentale se heurtèrent au point de se rendre incompatibles ; elles sombrèrent toutes deux. Nous arrivons d'emblée au pouvoir merveilleusement excito-dépresseur dont jouit le bromure. Albertoni en fournit une preuve saisissante.
En électrisant l'écorce cérébrale mise à nu par le trépan, Albertoni détermine des convulsions partielles, souvent générales ; lorsqu'il administre auparavant à l'animal en expérience 2 à 3 grammes de bromure, l'excitabilité électrique de l'écorce diminue considérablement et d'autant plus que l'action du bromure est plus prolongée. Le médicament empêche même, ;i une certaine dose, l'électricité de produire des convulsions ; il sem-
HUOMUHES
ble que des résistances se forment dans l'encéphale bromuré, h la propagation de l'excitation jusqu'aux centres psychomoteurs. Il se fait donc une véritable paralysie excito-motrice, et elle est d'autant plus frappante que les mouvements volontaires peuvent persister intacts. Puis après qu'on a supprimé Tusage du bromure, toute la préservation de l'encéphale disparaît ; il reprend son excitabilité première, et les excitations électriques retrouvent leur puissance convulsivante. On ne saurait méconnaître, dans cette ingénieuse expérience, la preuve du pouvoir dépresseur du bromure sur l'excitabilité du cerveau. Comme comparaison, Albertoni n'a rien trouvé de semblable dans la belladone ou l'atropine, ni dans le curare ; tous ces poisons augmentent, exagèrent la sensibilité réflexe. Le bromure est le seul médicament excito-dépresseur cérébral. Son action sur la moelle épinière est tout aussi évidente ; il diminue son excitabilité réllexe; mais à un moment donné il affaiblit tout le système médullaire, les nerfs et les muscles eux-mêmes. Les effets seront au contraire sûrs, si on observe les règles suivantes :
a) Commencez chez l'adolescent ou l'adulte par 3 ou 4 gram. Mode et montez jusqu'à 6 grammes ; au delà il y a du danger, et je j^'i^fsn'ai jamais été obligé de recourir à la dose de 10, 12 et 15 gr. i^ration préconisés couramment par les médecins allemands ; une pareille dose prolongée ne manquerait pas de produire un bromisme grave.
b) Ne pas interrompre même un seul jour ; ce seul jour suffit souvent pour rappeler les accès.
c) La diminution aif*dessousde 2 grammes équivaut à la suppression complète, et peut faire reperdre tout le bénéfice du traitement.
d) Délayez dans l'eau 2 grammes, matin et soir, et faites Effets prendre pendant les repas. cm-atifs
e) Evitez tous les excitants, le café, l'alcool, etc.
Tant que Tépileptique prend du bromure d'après ces données, il peut être sûr de voir les accès diminuer d'intensité ou de fréquence ou même disparaître entièrement. Mais les guérisons complètes et durables sont rares en tant qu'on puisse se passer du bromure, et ceci s'applique aux épilepsies corticales comme aux épilepsies dites médullaires.
240 GHAP. VIII BIS. — MÉDICATION AUXILIAIRE CALMANTE
2* Epilepsies rudimentaires. Il est remarquable néanmoins que le vertige épileptique ell'absence cèdent infiniment moins que l'épilepsie proprement dite. Lorsque la maladie a rev<^,tu cette forme en permanence sans être entrecoupée par les attaques convulsives, c'est alors surtout que le bromure est en défaut. J'ai vu des cas résister indéfiniment et aux plus hautes doses.
3- Psycho-épilepsie ou équivalente. Il n'en est pas de même dans les équivalences psychiques des accès ; les épilepsiés larvées sous forme de délire aigu cèdent souvent d'une manière surprenante ; tous les aliénistes ont observé ces faits.
4- Epilepsie procursive. Cette dernière forme qui commence à peine à être connue présente une gravité exceptionnelle et résiste à tous les traitements. (Gully, Bourneville etc.).
Nous avons ainsi épuisé la liste des diverses formes de l'épilepsie ; il nous reste à dire quelques mots des épilepsiés compliquées et des épilepsiés spécifiques.
5- Epilepsies compliquées de lésions crâniennes, encéphaliques. Les épilepsiés compliquées de lésions crâniennes, (atrophie faciale) ou de parencéphalies n'ont rien à espérer du traitement bromuré.
6- Epilepsies syphilitiques. Les épilepsiés syphilitiques sont dans le même cas ; c'est pourquoi il importe tant de faire la distinction d'avec les épilepsiés dites primordiales. Ce diagnostic formulé par Fournier avec tout le soin possible rend le traitement bromurique nul, et l'iodothérapie obligatoire. Qu'il s'agisse de gommes syphilitiques ou d'une syphilis corticale, dès que la phénoménalité épileptique existe, l'iodure, qui est augoniste du bromure triomphera, mais le mercure encore plus sûrement.
II. Bromure comme vaso-constricteur et cardio-asthénique. Le bromure est un vaso-constricteur. Nous savons par tout ce qui précède de l'étude biologique des médicaments cardiaques, que les uns agissent sur le centre vaso-moteur et par conséquent sur les vaisseaux, en excitant ce centre et resserrant ainsi les parois musculaires des artérioles de façon à rendre exsangues les territoires vasculaires qui sont sous la domination de ces vaisseaux, que tels sont certains principes de l'ergot de seigle, la strychnine, la caféine, que tel est le bromure,
SÉDATIFS, BROMURES
/que les autres, comme l'atropine produisent la dilatation active des artérioles (Meuriot et Sée) d'autres enlin, comme les nitrites sont des vaso-paralysants.) Brown-Sequard avait depuis longtemps indiqué la vaso-constriction bromurique, qui fut démontrée par Sako Koski, Semmola, Lewitski ; en excitant le centre vaso-moteur et les nerfs vaso-constricteurs qui en sortent, on diminue le champ de la circulation et sans doute celle du bulbe et de l'encéphale; or le bromure agit par l'intermédiaire du centre vaso-moteur, peut-être aussi par une action périphérique directe des vaisseaux.
Gardio-asthénique. Un autre effet habituel de la vaso-constriction se traduit sur le cœur et sur la pression. En rétrécissant le système vasculaire elle constitue un véritable obstacle à la distribution du sang vers la périphérie ; le cœur devra se contracter plus énergiquement et la pression augmenter dans les vaisseaux ; c'est ce que nous voyons en effet pour certains poisons vaso-constricteurs comme la caféine, la digitaline qui agissent ainsi, soit en créant cet obstacle périphérique, soit en renforçant le muscle lui-même. Dans l'action bromurique nous ne trouvons rien de semblable, le cœur bat faiblement ainsi qu'en témoigne la sphygmographie qui montre la ligne ascendante du tracé, courte et oblique, le pouls lui-même à la palpation présente un certain degré de faiblesse, la pression n'est pas augmentée comme l'ont démontré Plezer et Gruber ; ces deux phénomènes de débilité seraient sans doute plus accentués si la base potassique qui agit favorablement sur le cœur était remplacée par la soude ou l'ammoniaque, qu'on retrouve dans le polybromure. Ce qui est certain c'est que le brome par luimême combiné avec une base alcaline quelconque produit un certain degréde ralentissement de l'action du cœur (Amburger). Ce qui est encore plus certain, c'est que le cœur est frappé par les doses toxiques avant tout autre organe. L'injection souscutanée de 2 à 4 grammes de bromure de potassium chez un lapin, ou l'injection veineuse d'un à deux grammes chez un chien amène une mort instantanée par arrêt du cœur. On peut sans doute dans toutes ces conditions invoquer l'action du potassium aux dépens du brome; cela est vrai, mais voici la réponse h cette objection. Ces effets qui peuvent bien être rapportés au potassium s'accompagnent d'autres phénomènes qui
CHAP. VIII BIS
MÉDICATION AUXILIAIRE CALMANTE
ne sauraient être attribués qu'au brome, je veux parler de la diminution du pouvoir réflexe, c'est la l^e série de phénomènes dont nous avons parlé.
Applications comme vaso-constricteur, comme cardiaque. Quel est le but qu'on veut atteindre dans le ti-aiternent des cardiopathies par le bromure. On a cherché à conibatti-e (a) l'insomnie, (6) la dyspnée, (c) l'arythmie {d) l'excitabilité nerveuse.
a) L'insomnie très souvent digestive ne doit ôtre combattue par le bromure que si elle est franchement nerveuse ; encore faut-il avant toute prescription médicamenteuse, tenter l'usage des moyens vulgaires, des infusions, du lait chaud et surtout la réduction du repas du soir. L'exercice musculaire avant et même après le repas peut aider la formation de l'acide sarcolactique qui fatigue et fait dormir (voir art. insomnie).
6) Dyspnée. Le bromure n'a qu'une influence douteuse sur la respiration ; je l'avais préconisé autrefois contre les dyspnées avant de connaître l'action bien autrement puissante des iodures. Il est néanmoins certain que la moelle allongée participe à l'action du bromure, soit directement, soit par l'intermédiaire de la circulation amoindrie, ce qui diminue l'activité du centre respiratoire ; la respiration devient en effet plus lente, plus libre et plus facile, lorsqu'il existe une dyspnée par une cause nerveux quelconque ; mais ce moyen n'a plus de raison d'être en présence des puissants antidyspnéïques qui sont aujourd'hui à notre disposition.
c) Arythmie. Intermittences. « Le bromure de potassium et «surtout lechloral, en tant que sédatif du système nerveux, « peuvent calmer l'imagination troublée du malade ; mais leur « action régulatrice est douteuse, lorsque les contractions du « cœur sont sérieusement troublées (voir mon traité du diagnostic des maladies du cœur 1883). Or, le rhythme du cœur est profondément atteint dans les intermittences. Il l'est en sens contraire dans les palpitations, dans la tachycardie de Basedow, et cependant chose étrange, on a préconisé le bromure dans les deux catégories opposées , c'est-à-dire quand le fonctionnement du cœur est en défaut et pour ainsi dire interrompu par une lésion de l'organe, ou bien par une excitation du nerf vague. Puis, quand ce nerf est paralysé, comme cela est prouvé pour la
SÉDATIFS, BROMURES
nicaladie de Basedow, on a sans doute attribué au bromure le don d'exciter ce nerf ; toutes ces contradictions ne méritent pas d'être relevées ni en théorie, ni en pratique.
d) Névrasthénie. Après cette longue analyse des indications hypothétiques du bromure, il ne reste plus qu'à signaler les desordres nerveux qui font partie du domaine commun de la névrasthénie en général, et de celle des cardiaques en particulier. Si les bromures font merveille dans le premier cas, il n'en est pas de même dans la deuxième condition, car il ne faut pas oublier l'action délétère des bromures sur le cœur et sur les forces
Suitedes applications. Antidiabétique. C'est une étude nouvelle à ajouter à l'action cardio-vasculaire.
III. Bromure comme sédatif. Ce mot demande une interprétation, une définition exacte car il a servi jusqu'ici comme mot collectif ou pour désigner (a) les médicaments que les anciens appelaient antispasmodiques destinés à guérir les spasmes internes vrais ou supposés, ou bien externes; (6) les moyens dits nervins qu'on oppose aux états névrosiques; (c), les agents paralgésiants; {d), les somnifères; (e), les calmants proprement dits du système nerveux. Les bromures rentrent dans cette dernière catégorie sur laquelle on sera mieux fixé, quand nous aurons parcouru les séries précédentes.
a) Antispasmodiques. Fausses indications. Dès qu'on apercevait un mouvement exagéré, convulsif quelconque, on courait vite aux antispasmodiques particulièrement au bromure. L'idée fondamentale de ces indications repose sur les succès incontestés des bromures, dans l'épilepsie, la plus grave et aussi la plus persistante des surexcitabilités cérébro-spinales. Comment se fait-il que le succès ne réponde pas à cette donnée préalable quand il s'agit de convulsions temporaires. C'est qu'il ne s'agit que d'effets passagers dus à une cause de même nom; en voici les preuves parl'énumération des fausses pistes : lol'éclampsie puerpérale est en opposition formelle avec labromuration,2oles convulsions infantiles par des causes accidentelles et h plus forte raison par des lésions méningo-céphaliques, 3° les convulsions initiales de la méningo-encéphalie dans la paralysie générale, 4" le tétanos qui est une véritable maladie microbique, 5° la tétanie, e-^ le spasme glottique dont on ne connaît
244 GIÎAP. VIII BIS.
MÉDICATION AUXILIAIRE CALMANTE
pas la nature ni le siège, 7° les contractures locales,' 8" enfin les spasmes de l'estomac sous l'influence de la grossesse et connus sous le nom de vomissements de grossesse, c'est la seule de ces nomb.euses affections qui a paru se modifier par la bromuration, c'est une afl'ection d'origine ovaro-utérine. Pour toutes les autres il n'y a rien a attendre de cette médication. Donc le bromure n'est pas un antispasmodique dans le sens antique que répudie la physiologie moderne.
b) Nervin ou antinévrosigue. Ici il s'agit des névroses, des grandes névroses comme l'hystérie-épilepsie.la neurasthénie, la chorée, l'aliénation. Lorsqu'il s'agit de convulsions hystériques, le bromure est entièrement nuisible (Charcot). Dans l'état de mal hystérique il peut constituer un danger, et cela bien plus que dans l'état de mal épileptique. Lorsque l'hystérie se caractérise par de simples spasmes ou par une surexcitabilité générale le bromure ou les polybromures (dont nous allons parler) présentent temporairement quelques avantages. Dans les grandes attaques d'hystéro-épilepsie le traitement est aussi périlleux que dans l'hystérie vulgaire. Mais là où il présente le plus d'inconvénientsc'est dans la ne vro asthénie, quelles que soient sa forme, sa localisation, son intensité. J'ai vu des névroasthéniques soumis d'une manière implacable au traitement bromique, arrivés à un degré formidable de bromurisme et aune accoutumance telle, que la suppression du remède devenait aussi redoutable que celle de la morphine chez les morphimanes. Il existe aujourd'hui des bromomanes difficiles à convaincre de leurs mauvaises habitudes. Que parfois il résulte des doses modérées un vrai calme chez les névroasthéniques, surtout chez ceux ou celles qui n'ont que des formes psychiques, cela n'a rien de surprenant, mais aussi rien de durable. C'est pourquoi dans les psychoses vraies, il y a des contre-indications formelles à cause de la nécessité d'une bromuration continue et débilitante. Reste à mentionner la chorée; qu'elle soit d'origine rhumatique ou nerveuse, comme on tend aujourd'hui à l'imposer a l'opinion des crédules, le bromure est formellement contre-indiqué. Si à cause de l'agitation extrême des choréïques on veut recourir a un somnifère, ce n'est pas h celui-la qu'il faudra recourir, le sulfonal, le chloralamide la paraldehyde sont infiniment supérieurs et moins débilitants.
SÉDATIFS, BROMURES
à) Agent paralgésiaîU. Gomme paralgésiant ou anesthésiant, le bromure n'a point de valeur, il faudrait dans les maladies douloureuses, dans les névralgies en élever la dose à un taux exagéré ; j'excepte les migraines on l'effet est souvent excellent.
d) Brotnure comme somnifère. A titre de somnifère il ne saurait entrer en comparaison avec une foule d'hypnotiques. Très souvent d'ailleurs l'insomnie dépend de la 2e phase de la digestion; naturellement les somnifères n'y font rien ; la médication stomachique est seule indiquée, le bromure ne peut et ne doit être réservé que pour les cas d'insomnie psychique ou névroasthénique.
e) Bromure, sédatif vrai. C'est quand il s'agit d'une surexcitabilité véritable, comme darts certaines phases de l'hystérie sans convulsions, ou de la névroasthénie sans douleurs que le bromure trouve son emploi. A la dose de 2 à 4 grammes par jour, et avec la précaution d'abréger le traitement, il peut rendre de véritables services, et cela à titre de dépresseur de l'excitabilité c'est-à-dire à titre de diminutif de l'action antiépileptique. C'est "dans ces conditions d'une excitabilité d'origine génitale, qu'il peut présenter aussi de réels avantages.