SAIGNÉES
forte mison chez les aortiques, chez les sclérocoronaires. L'indication la plus nette se trouve comme nous le verrons, clans certaines arythmes, et surtout les tachycardies de la maladie de Basedow.
Art. — III. Saignées.
Historique. Dans le siècle dernier, et au commencement de celui-ci, on prodiguait les saignées pour combattre les anévrysmes, et pour abattre les cardiaques plus ou moins hypertrophiés. Dans les temps récents on préconise la saignée plus timidement, mais en réalité d'une manière plus générale, je dirai presque systématique.
Il suffit de passer en revue la thèse de Thierry inspirée par M. Huchard, pour s'assurer de la résurrection des antiphlogistiques dans les maladies les plus diverses, les plus diverses du cœur.
(a) Affections mitrales. « Ainsi lorsque le cœur travaille « au delà de ce qui est nécessaire pour fournir aux organes le « sang qu'il leur faut » ; or, jusqu'ici on ne connaît pas l'hyperactivité, ni d'hypertrophie du cœur, qui dépasse le pouvoir normal ; c'est bien heureux si le cœur atteint cette puissance. « L'indication de la saignée est encore plus pressante à la pé- « riode hyposystolique des affections mitrales » ce qui doit dire quand le cœur est dans un état d'hypotrophie, c'est-à-dire dans les conditions opposées à la première; la saignée est donc le fameux sabre de M. Prudhomme.
II s'agit à l'aide de la saignée de désencombrer le cœur droit où le sang est stagnant, de rendre le sang plus fluide en diminuant la richesse globulaire et de le faire ainsi circuler plus facilement dans les vaisseaux, de sorte que quand le sang a perdu ses globules, il sera débarrassé d'un impédimentum, et circulera avec son eau toute seule, « l'effet d'une saignée de 300 « à 400 grammes sera merveilleux quand le pouls devient mi- « sérable, le cœur irrégulier, quand bien même la tension vei- « neuse n'est pas considérable ».
(b) « Dans les cardiopathies artérielles alors même que les « hydropisies et les congestions font presque défaut, à plus forte « raison quand ces phénomènes existent, il faudra une saignée « de 300 à 500 grammes », par conséquent dans toutes les car-
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— MÉDICATION AUXILIAIllE, ÉVACUANTE
diopathies artérielles, excepté dans l'endartérile scléreuse localisée aux poumons, qui n'est pas bien démontrée jusqu'ici.
(c) Accidents gravido-cardiaques . J'accepte les idées de Peter sur ce point.
(d) Asystolie quand elle se manifeste par une dilatation unique du cœur.
(e) Affections de l'aorte. Ici la saignée est contr'indiquée.
(f) Angine de poitrine. Mais dans l'angine de poitrine qui est une artério-sclérose coronaire, les émissions sanguines peuvent non seulement faire cesser l'accès mais encore en empêcher le retour etc. Je m'arrête devant cette témérité sans bornes, et je vais prouver par l'étude physiologique de la saignée, qu'il n'existe pas un seul cas où l'on soit sûr de ne pas faire beaucoup de mal, où l'on soit sûr de produire le moindre effet durable et favorable.
En résumant les travaux physiologiques sur la saignée (voir mon traité de la pneumonie 1885, p. 320), on arrive à constater trois ordres de faits :
1° Les effets physico-nerveux sur la circulation, c'est-àdire sur la pression, le pouls, la circulation, la respiration. La pression abaissée, voilk le but qu'on vise dans le traitementdes maladies cardiaques avec élévation de la pression ; en effet chaque saignée amène cet abaissement de pression; mais Worm- Muller conteste ce premier point; chez le chien lapressionne s'abaisse que quand l'hémorrhagie a atteint les 3,76 p. c. du poids corporel, et se relève ensuite rapidement. Une saignée de 400 gr. chez l'homme ne produit rien. Le pouls s'accélère ordinairement et l'accélération est en rapport avec la pression quand l'abaissement est très marqué ; des intermittences et des arrêts peuvent se présenter dans ce cas, (Hayem.). La force du pouls ne se relève pas ; il prend une grande amplitude (Marey) due à l'abaissement de la pression; souvent il devient bisferien. Au milieu de ces changements il faut noter la diminution de la vitesse de circulation. Ils sont tous dus au centre vaso-moteur, car si on ne pratique pas au préalable la section de la moelle cervicale et des nerfs vagues, la pression oscille sans cesse. Enfin la respiration s'accélère avec le cœur, et son rythme se trouble profondément.
2" Les altérations du sang constituent un deuxième groupe
SAir.NKKS
de phénomènes des plus graves. Le sang devient hydrénnique ; •les globules rouges diminuent au bout de huit à neuf jours surtout ; les hématoblasles sont atteints, à chaque saignée, mais elle est suivie d'une augmentation très marquée de^ ces éléments. L'hémoglobine diminue h son tour, mais pas d'une manière continue'; elle oscille jusqu'à ce que la perte de sang ait atteint 2,9 p. c. du poids du corps, (les globules blanc augmentent) la calorimétrie s'efface encore au moment où les globules commencent déjà à se séparer : or cette dégénération se fait vite quand la saignée n'a pas dépassé 1 à 2 p. c. du poids total; elle exige 7 à 34 jours quand la s{iignée porte sur 1, 1 à A, 4 du pouls.
3o Oxydations et dégénérescences graisseuses. Les gaz
du sang subissent des changements importants, l'oxygène est moindre ; 100 volumes de gaz oxygène étant pris pour type, le chiffre s'abaisse à 87 à la deuxième saignée, et cet abaissement .cadre avec la diminution de l'hémoglobine, bien que le nom- •bre des globules rouges reste le même. Le Go^ est également en déficit marqué ; il y a un abaissement de 23 p. de Go^ et de 30 p. c. d'O. En même temps il y a une dénutrition générale ; chez un chien privé de nourriture et d'eau, une saignée de 1,2 à 3,4 p. c. du pouls détermine en un jour un excès d'urée et d'acide urique qui peut s'élever jusqu'au triple du chiffre normal. Enfin, fait remarquable, il s'établit un véritable engraissement par suite du dédoublement des albuminates.
4» Décongestion. Je termine cette funeste énumération de tous les effets à rebours, par une considération pathologique tirée de l'étude des dyspnées cardiaques (voir t, 1.) Nous savons qu'elles sont provoquées par un ralentissement de circulation veineuse dû à un excès de pression aortique en permanence ; or la saignée n'a qu'un effet très douteux, très passager sur la pression, et un effet de ralentissement de la circulation dans cette occurrence. Tout le monde a pu voir au contraire les effets manifestes de la saignée sur la production de la faiblesse générale, de l'anémie, de l'hydrémie, et par conséquent des hydropisies, et c'est précisément ce qu'il faut éviter à tout prix. La saignée est donc condamnable de toutes façons et dans tous les cas, même dans l'état aigu car celui-ci prépare la chronicité, avec toute la phénoménalité anémo-brightique ; on ditbien qu'il