‹ Traité des maladies du cœurChapitre 389 sur 418 · CHAPITRE XI (ter · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI (ter

Art. m. — Cardialgies.

J'ai proposé il a quelque années le nom de cardialgies (ou cardiacalgies) aux douleurs qui présentent les caractères apparents de l'angor pectoris, et une différence absolue qui dépend de leur nature réciproque ; l'angor est une lésion irréductible des artères coronaires, une artério sclérose avec les altérations inhérentes et inéluctables du cœur ; la cardialgie est une névrose douloureuse sans traces de lésions.

Pour ces raisons Huchard a abandonné le terme de pseudoangines, et décrit les cardialgies avec une précision remarquable à laquelle je n'ai rien à ajouter que des considérations sur la nature et sur les causes môme de l'affection nerveuse.

Il s'agit ici d'une névrose, ce qui nous éloigne de la névrite et de la névralgie du plexus cardiaque, que Peter a cherché avec son talent habituel à distinguer entr'elles : la première sè confond au point de vue des symptômes avec l'angor sclérocoronaire, et la deuxième avec les névralgies curables.

La névrite n'a en effet jamais été vérifiée d'une manière rigoureuse ni par Peter, ni par Lancereaux, ni par Ospenski, qui a travaillé récemment ce sujet. La névralgie est par cela même un être de raison, et on se rapproche plus de la vérité en lui préférant l'appellation de névrose douloureuse.

Cette névrose reconnaît pour causes, des états bien différents.

1° Cardialgies toxiques. Parmi celles-ci il importe de mentionner les cardialgies tabagiques, qui sont souvent difficiles à reconnaître au milieu des angines coronaires.

Le théisme produit au milieu des palpitations, des imminences de suffocation, des pressentiments d'une fm prochaine, et une série de phénomènes faciles à distinguer de l'angor. Le caféismes'en éloigne encore plus, et ne produit que des palpitations et des arythmies.

CIIAP, XITKU. — DUS fiAllDIALOfES SIMULANT f/ANGINK I)K POITRINE

L'alcoolisme est tout à fait en dehors des névroses ; il produit les lésions aorliques. On peut en dire autant des angines syphilitiques ; elles sont d'ordre scléro-coronaire.

Les cardialgies a«/7r;^o.x'<(/Me5 c'est-à-dire goutteuses, diabétiques rentrent souvent dans les artérites coronaires.

2" Gardialgies vaso-motrices. Des phénomènes vaso-moteurs marqués parun refroidissement des extrémités, la lividité de la peau et la petitesse du pouls se rapportent nettement à l'irritation du centre vaso-moteur bulbaire ; le cœur dans ces cas aconservé sonrhythme normal, et rien ne fait supposer que ses artères coronaires participent à la contraction vaso-motrice, et par conséquent à l'ischémie du cœur. C'est donc une névrose vaso-motrice avec des sensations douloureuses cardiaques, donc une cardialgie vaso-motrice d'origine centrale.

3o Gardialgies névro-asthéniques, hystériques.

Mêmes réflexions. Ici il s'agit encore dephénomènes centraux retentissant sur le cœur, produisant la douleur angoissante et souvent des troubles du rhythme. Nous nous éloignons de plus en plus de l'angine coronaire, et de sa gravité.

4o Gardialgies d'origine gastrique, ou plutôt cardialgies par dilatation du cœur droit.

Traitement des cardialgies. C'est dans les cardialgies appelées autrefois fausses, angines de poitrine que les anesthésiants et surtout le chloroforme trouvent leur emploi. Nous allons le justifier.

Ghloroforme. Le chloroforme a inspiré des craintes très vives aux médecins quand il s'est agi de l'appliquer au traitement des maladies du cœur, et plus encore de l'employer comme anesthésiant chirurgical chez les cardiaques, la physiologie peut seule nous éclairer à ce double point de vue.

L Action sur les centres neroeux. Les premiers effets du chloroforme portent sur le système nerveux central, il annihile successivement les fonctions de l'encéphale, de la moelle et de la moelle allongée. L'activité réflexe est amoindrie du premier coup, et finit par être entièrement supprimée, ce qui différencie le chloroforme d'avec la morphine.

L'ordre qui préside l'envahissement des diverses fonctions de chaque organe, n'est pas le même pour tous les anesthésiques. En général c'est la propriété de percevoir les impressions dou-

dAHDt ALGIES, CttLonol'OlUlE

lourcuses ou analogues qui se trouve d'abord émoussée, puis on voit se perdre peu a peu le pouvoir de la motricité volontaire, et les actions psychiques ellcs-mômes par suite de la prédominance d'images fantastiques tombent dans le désordre. C'est ainsi que disparaissent les impressions des sens, la conscience, l'idéation pendant que les perceptions vagues et les rêves persistent encore quelque temps; finalement ils cessent complètement, et en même temps tous les réflexes.

II. Vaisseaux et cœur. Les vaisseaux de la face, de la peau, et sans doute aussi ceuxdes couches superficielles de l'encéphale, commencent de bonne heure Ix se dilater; ces divers organes paraissent turgescents et rouges; d'autres vaisseaux se dilatent et perdent leur tonicité sans doute par suite de la paralysation du centre vaso-moteur.

Pression. Par suite la pression sanguine s'abaisse d'une manière continue,et arrivefinalement à undegré si minime, qu'aumanomètre on nelavoits'élever quede fortpeu au-dessus de l'abscise.

Pouls. Par là encore chaque contraction du cœur détermine une forte élévation du pouls, parce que la paroi vasculaire entièrement relâchée, subit par l'ondée sanguine une distension bien plus considérable, que dans l'état de tension lors d'une pression élevée. Ce relâchement et cette dilatation si marquée des vaisseaux ne tiennent pas seulement à la paralysie des centres de leurs nerfs, mais ils dépendent sans doute de l'action directe du chloroforme sur la musculature de l'artère, ou sur les terminaisons nerveuses dans les parois des artérioles.

Cœur. Outre cet abaissement de la pression qui augmente nécessairement par la prolongation de l'anesthésie, et qui peut ainsi devenir dangereux, on observe dans les périodes avancées de l'anesthésie, une paralysie des ganglions moteurs, qui se trouve facilement sur la grenouille. Chez les animaux et chez l'homme, cet afl"aiblissement ou cet arrêt direct du fonctionnementdu cœur joue également un rôle considérable.

III. ResjJtration. Il y a un phénomène caractéristique dans l'action du chloroforme; c'est que parmi les parties du système nerveux central, le centre respiratoire est le dernier à être mis hors d'activité. Lorsqu'il s'agit d'une chloroformisation expérimentalement menée jusqu'à la mort, les inspirations deviennent toujours plus lentes, mais restent encore complètement régulières,

398 CIIAI'.XITER.— DES CARDIALGIES SIMULANT l'ANOINE

i DE l'OlTIUNE

mémo après le développement ,lu plus profond sommeil. Mais lorsqu avec le degré leplus élevéde l'abaissemenl de lapression Il survient des ti'oubles de la circulation, la i-espiration devient freqi.ente comme dans l'asphyxie. A la fin la respiration prend un caractère préagonistique, et subit l'arrêt définitif, avant que le cœur ait cessé de battre. C'est cet état particulier de la respiration qui permet d'atteindre le plus profond degré de narcose, et de la maintenir sans danger.

Dans ces conditions les sensations, la conscience, les mouvements volontaires etréllcxesontdisparu, tout lecorps est affaissé par la perte de la tonicité musculaire; lapupille est rétrécie, la respiration moins fréquente, mais régulière, le nombre des

battements cardiaques diminué, mais ceux-ci conservant encore leur force.

. Lorsque la narcose est amenée graduellement par l'inspiration de vapeurs de chloroforme dilué, mais dépassant celle que nous venons de décrire, on voit les respirations s'arrêter, pendant que le cœur continue à battre. Cet arrêt de la respiration peut cependant être évité par des manipulations pratiquées à temps. Mais si on fait pratiquer une inhalation intense de vapeurs concentrées de chloroforme, alors de grandes quantités de poison arrivent d'un coup dans le sang pulmonaire, et de là dans le cœur gauche. Par suite le cœur gauche s'arrête parfois tout à coup, avant que l'anesthésique soit continué et porté à un haut degré de narcotisation.

Quand le cœur est arrêté, la respiration artificielle ne peut plus à elle seule écarter l'asphyxie, parce qu'à cause de l'absence de circulation le chloroforme ne sort plus du cœur ; l'agent nocif n'est plus éliminé. Une compression longtemps continuée d'une manière rhytmique sur le thorax et susceptible d'amener alternativement le vide et la réplétion du cœur paraît être le moyen le plus efficace de ranimer la vie. Il faut avoir soin en tous les cas de ne laisser respirer que des vapeurs chloroformiques mêlées à l'air, afin que le chloroforme passe en très petite quantité dans le cœur gauche, et trouve le temps de se répandre uniformément dans l'organisme; s'il s'agit d'une narcose prolongée à obtenir pour une opération, il faut tenir compte surtout de l'abaissement de la pression du sang, laquelle peut souvent devenir nuisible. Dans certaines conditions graves, par exemple

CARDIALGIES> INDICATIONS

dans la grossesse, l'éthcr est préférable parce qu'il compromet moins la pression du sang.

IV. Sang. Dans tous ces cas le danger ne vient pas du sang, qui s'altère peu. Au dehors du corps, le chloroforme mêlé au sang dissout les globules, fait cristalliser l'hémoglobine facilement, et forme avec elle un coagulum comme briqueté qui disparaît si on agite le sang, tandis que le sérum reste intact. Le chloroforme fixe rO plus solidement sur l'oxyhémoglobine, de telle sorte qu'en présence de ce poison, il se porte moins facilement sur les substances réductibles. Cette modification qui a lieu in vitro ne se vérifie pas sur le vivant; le poison ne dissout pas les globules, et on ne trouve pas d'hémoglobine dans l'urine. Le sang n'a donc aucune influence sur la chloroformât] on.

Indication. Les cardialgies réclament le chloroforme ; les angines coronaires le redoutent^ peut-être à tort ; c'est ce que Vergely soutient.

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