‹ Traité des maladies du cœurChapitre 59 sur 418 · ESTOMAC CARDIAQUE · texte numérisé non relu

ESTOMAC CARDIAQUE

diaqiies, nous avons à répéter avec insistance qu'il s'agit dans la grande majorité des gastricismes cardiaques, d'une lésion facilement accessible à nos moyens d'investigation et trop souvent méconnue par suite d'une coupable ignorance ou négligence; souvenons-nous de ces insuffisances aortiques foudroyantes, et mentionnons aussi les anévrismes aorliques qui ne se révèlent que par le gastricisme; un malade de Broadbent est mort à la suite de la rupture d'un anévrisme; le médecin avait oublié l'auscultation.

Il n'y a de difficulté réelle que pour les myocardiles scléreiises ou fibro-graisseuses, qui, elles aussi, se dessinent au début par des atonies de l'estomac, souvent aussi par des dyspepsies chimiques, sans se révéler par des signes palpables. — Ces myocardies se relient presque toujours aux artério-scléroses soit des artères en général,'soit spécialenent des artères coronaires; leur phénoménalité est toujours obscure, et on comprend en pareil cas une méprise sur Forigine du gastricisme; mais n'oublions pas le phénomène dominant, et tout aussi précoce que la gastro-atonie, je veux parler de la dijspnée du travail à laquelle se joint bientôt Varylhmie; ces deux symptômes ne sont pas ànéoii-

ger.

Le diagnostic étiologique de l'atonie simple ou dyspeptique est un peu plus facile si on la considère dans les hyperlrophies cardiaques qui résultent aussi bien souvent des artério-scléroses; ici du moins l'examen physique, la percussion surtout, peut fournir d'utiles renseignements sur l'état du cœur, par conséquent sur l'origine des troubles gastriques.

II est bien remarquable que tous ces phénomènes digestifs se rettachent directement ou indirectement à une cardiopathie artérielle, sans qu'on puisse en fournir l'interprétation. Il est du moins certain que la lésion cardiaque aor-

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tique influence le développement des dyspepsies simples ou atoniques, sans qu'on puisse les rattacher à un trouble de circuIation.de la muqueuse de l'estomac. Les Allemands attribuent à une hyperémie passive tous les phénomènes rétroactifs vers l'estomac ou les organes abdominaux; s'il en est ainsi, d'où vient donc l'immunité de l'estomac dans les affections mitrales à leur début, dont on connaît le fâcheux privilège de provoquer des stases dans les organes abdominaux. — L'hyperémie n'explique pas la dilatation atonique, ni même les dyspepsies chimiques, qui d'ailleurs ne s'observent qu'à une période avancée des maladies cardiaques.

Avant de se prononcer sur la pathogénie des affections gastriques d'origine cardiaque, il faudra être fixé sur la nature des gastro-atonies. Sont-elles accompagnées d'hyperchlorhydrie, ce qui est douteux, ou d'une acidité normale, ainsi que je l'ai constaté chez un certain nombre de cardiaques qui paraissaient jouir d'une bonne santé générale, ou bien existe-t-il une dyspepsie chimique avec anachlorhydrie, ainsi que je l'ai observé chez les cardiaques frappés depuis longtemps déjà? Ces questions préliminaires ont besoin d'être résolues avant qu'on ait droit de juger le mode de production des atonies diverses; l'influence de la gêne circulatoire et même de la composition du sang sur les sécrétions gastriques n'est pas encore connue.

11 est toutefois une loi de physiologie qui se vérifierait dans se cas et s'y appliquerait; c'est que les sécrétions sont maintenues chaque fois qu'il y a augmentation de pression dans le système artériel général, et dans celui des glandes en particulier. — Dans les cardiopathies artérielles, la sécrétion est normale ; ainsi dans toutes les lésions aoitiques compensées par l'hypertrophie du cœur. Elle manque dans les dilatations du cœur et les dégénérescences du myocarde; n'est-ce pas

SUITE DU GASTIllCISME D'ORIGINE CARDIAQUE. 177

ainsi qu'on peut s'expliquer la rareté des atonies dyspeptiques dans les insuffisances du muscle et les insuffisances de la valvule rnitrale? n'est-ce pas là la cause des affections gastriques chez les artério-scléreux? Si l'observation ultérieure confirme les données relatives à la chlorhydrie régulière de ces artériques, l'interprétation sera exacte. — Voici des faits intéressants à l'appui. Dans le dernier numéro du Zeitschrift /YirA;imisc/teil/erfizm,Grossmannproduitdes recherches intéressantes, démontrant que dans les cardiopathies avec stases du sang les aliments présentent des diversités au point de vue de. leur résorption. — Les fécules se résorbent comme d'ordinaire, même quand labileetle sucpancréatique manquent (Muller); c'est celte absorption des fécules qui souffre le moins. Les albuminoïdes sont moins indemnes; la graisse ne s'absorbe plus, elle se perd trois fois plus qu'à l'état normal (18 p. iOO au lieu de 5). La conclusion est facile à tirer au point de vue du régime. Au point de vue doctrinal, elle confirme nos prévisions.

2" Ga»9tricismc tardif. — Daus Ics périodes avaucées ou troublées des cardiopathies, l'estomac reste rarement indemne, et cette fois, par l'effet des stases abdominales, il survient de l'anorexie, des douleurs stomacales pendant la digestion; l'absorption des produits de la digestion semble être enrayée; les malades pâlissent, maigrissent et tombent dans cet état qu'on a appelé cachexie cardiaque sur laquelle Gendrin et Péter ont tant insisté, en l'invoquant même comme la cause des hydropisies; mais ce n'est pas là qu'est le danger; ce n'est pas là la cause des infiltrations; l'appauvrissement du sang et son état hydrémique supposé ne sauraient produire le moindre œdème sans le secours des obstacles circulatoires; c'est l'inanition générale, le dépérissement de tous les tissus qui compromet le fonctionnement des organes; l'état cachectique n'est que le de-ré le

GEriMAIN SÉE.

SIGNES EXTRAGARDI.VQLliS.

plus avancé de cette déchéance; il s'établit là un cercle vicieux; l'estomac cesse de digérer et l'inanition qui en résulte provoque à son tour son impuissance fonctionnelle.

3° Crises gastriques des ataxiques cardiaques. NoUS

devons signaler à l'occasion de l'estomac cardiaque, une autre série d'accidents gastriques, qui sous le nom de crises gastriques s'observent chez les tabéliques cardiaques. On connaît niaintenant la coïncidence des lésions du cœur et surtout de l'orifice aortique avec l'ataxie locomotrice, mais sans connaître le trait d'union de ces affections si distinctes par leur siège et leur nature, comme le sont d'une part les lésions endocardiques et d'autre part les lésions médullaires, ou plutôt d'après les recherches modernes, les névrites périphériques caractérisant le tabès: nous discuterons au chapitre XV ces singulières rencontres. — Ici nous n'avons qu'à signaler les crises gastriques qui arrivent chez les tabétiques cardiaques ni plus ni moins souvent que chez les ataxiques dont le cœur est indemne. — Ici encore c'est l'aorlie qui domine; le trouble gastrique dont l'origine est dans le système nerveux cfentral ou périphérique est souvent caractérisé par une hyperclilorhydrie très accentuée qui provoque ou du moins qui accompagne ces violentes crises douloureuses avec ou sans vomissements.

§ 2. — Cœur gastrique.

Après cette étude des phénomènes gastriques qui masquent l'état du cœur, il faut maintenant intervertir la question, et considérer les phénomènes et les lésions cardiaques qui résultent des affections de l'estomac.

L'estomac atonique ou dyspeptique peut troubler le cœur et la circulation de diverses façons, en provoquant 1" des pal-

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