PLÉTHORE EXPÉRIMENTALE
rétrograde sur la circulation générale est particulièrement nuisible.
§2. — Pléthore oxpcriiucntalo. — Pléthore vraie ou fausse.
Nous venons d'exposer la théorie de la pléthore vasculaire d'après Frânkel, qui indique nettement les troubles de la circulation, mais passe sous silence la vraie pléthore, celle qui est due à une augmentation de la masse du sang.
h^lMthore vraie est plus que douteuse; la physiologie y est absolument contraire, ainsi qu'il ressort des travaux de Worm Mûller, de Lesser, de Gohnheim, Si on injecte dans le système circulatoire une quantité plus ou moins considérable de sang, et si on répète ces injections à des intervalles rapprochés, cet excès de sang ne tarde pas à disparaître; l'organisme a en lui un pouvoir régulateur tel qu'il surmonte facilement cette surcharge ; en voici les preuves :
i° Le nombre des globules comptés par le procédé de Malassez, dans le sang transfusé et dans le sang préexistant augmente sensiblement d'abord; mais au bout de deux à trois jours la quantité diminue, et au bout d'une semaine le chiffre primitif reparaît.
examen de Z'iirmeindiquenettement comment ces globules disparaissent; le jour de la transfusion, on voit augmenter la quantité d'urine et d'urée; cette dernière augmentation dure jusqu'à ce que les globules injectés aient disparu.
3° Comme elle est précoce, elle indique d'ailleurs aussi que le plasma disparaît avant les globules et s'élimine en partie sous forme d'urée.
â° Il faut noter aussi qu'après l'opération, les animaux n'éprouvent rien; le chien auquel Lesser a injecté deux fois 81 et 75 p. 100 de la masse totale du sang n'a pas présenté le moindre trouble.
TYPE ARTÉIIIQUE.
5° Que devient donc le sang injecté? où se loge-t-il avant l'élimination de ces divers éléments? C'est dans les cajriilaires et les veines dubas-ventre, que les artères se déchargent de leur excédent de sang, comme le prouve l'autopsie des animaux, tandis que les extrémités, la peau, le tissu cellulaire et le système central nerveux ne sont pas plus riches en sang que dans l'état normal.
6° Que devient la pression?— Après chaque injection le sang qui a passé par les poumons entre dans le système aortique, dont h pression augmente, et reste élevée jusqu'à ce que la quantité affluente soit arrivée dans les capillaires et dans les origines des veines ; puis la pression revient à Fétat normal, ce quia lieu plus tard dans les injections suivantes à cause de la plénitude déjà acquise des capillaires. Il résulte de là que le cœur, comme ses forces motrices ni les obstacles au cours du sang ne sesontmodifiés, ne s'accélère pas, et n'élimine pas plus de sang que normalement. On peut vérifier facilement avec Cohnheim \Si fixité pour ainsi dire de la pression. Pendant l'injection du sang la pression monte de 20 à 30 millimètres de mercure ; au bout de qnelques minutes l'ancien niveau est de nouveau atteint. Si on injecte la moitié de la totalité du sang, ou Ies4'p.l00du poids corporel la pression peut monter au delà du point de départ, mais cette tension moyenne ne reste pas plus d'une minute au point élevé ; lorsque la pression primitive était très basse, elle monte après la transfusion jusqu'à la normale ; elle retombe après, et tout cela se fait sans que les pulsations du cœur soient modifiées en quoi que ce soit. Toutes ces régulations se font par l'intermédiaire du système nerveux plus encore que par la quantité de sang injecté ; l'inverse a lieu chez les animaux auxquels on a sectionné la moelle épinière, c'est-à-dire qu'on a privés du système vaso-moteur; chez eux la quantité de sang injecté a une influence réelle, mais non
PLÉTHORES DITES VRAIES. 29Si
durable, et la pression même dans ce cas ne dépasse jamais une certaine valeur.
Voyons maintenant les applications de ces données à la
pléthore de l'homme.
I 3. — Pléthore massive ou polyémique. Pléthore polyglobulaire.
On admet sous le nom de pléthore une augmentation de la masse de sang, ou un excès de globules rouges, ou une pléthore vasculaire (pléthore ad molem, pléthore globulaire ou polycytémie, pléthore ad vasa). La première se manifeste chez des individus fortement colorés, qui ont le visage plein, une injection marquée des muqueuses, une impulsion énergique du cœur, un pouls plein, souvent fort, des veines distendues et se plaignant de dyspnée, avec ou sans conslriction de la poitrine. Ces manifestations ont lieu surtout h la suite d'une alimentation abondante azotée. Si l'afflux est à la face, c'est une stase veineuse ; si à l'encéphale, il y a torpeur intellectuelle et somnolence; si dans la veine porte, il y a la fameuse pléthore abdominale (constipation, hémorroïdes, flatuosités, développement du ventre). Les phénomènes indiqués se produisent aussi passagèrement lors de la suppression des flux menstruels, hémorroïdaires, et cessent avec le retour des hémorragies.
A Vautopsie de ces pléthoriques, on trouve habituellement une capacité exceptionnelle des troncs artériels et veineux et une réplétion des vaisseaux, principalement des organes abdominaux. A la section du cœur le sang jaillit comme d'une source d'après Recklinghausen ; en outre le cœur présente, dit-on, une hypertrophie vraie et uniforme, sans qu'il y ait une origine mécanique. Des /»éwoîTa(/ies se manifestent spontanément sur les muqueuses par les moindrescauses, par de
^U'J TYPE ARTÉRIQUE.
simples efforts musculaires, ou par des causes morales. Les inflammations et la /ièvre surviennent facilement avec le caractère sthénique, et le tissu graisseux augmente. — Voilà le tableau de la pléthore.
a. A quoi est-elle due? On ne saurait admettre une ausmentation de la masse du sang, ni surtout la démontrer parles moyens connus, car la transfusion du sang fait rapidement disparaître comme chez les animaux, l'eau, et puis plus tard les globules.
b. On ne saurait davantage prouver un excès de globules rouges, ni surtout lui attribuer le pouvoir pathogénique; la numération des globules n'a pas permis d'établir l'hyperglobulie chez les sanguins; en tous les cas, elle ne peut pas servir à expliquer les divers phénomènes de la pléthore.
c. Enfin, il y a une explication ancienne, qui attribue tout à des états congestil's et qu'on place aujourd'hui sous la domination des nerfs vaso-moteurs, ce serait Id. pléthore ad vasa. Tout ce qu'on peut dire à ce dernier point de vue, c'est que quand il se produit des stores intenses sous l'influence de graves maladies du cœur, le sang contient alors un excès relatif de globules rouges, et un centimètre cube de sang peut contenir jusqu'à /uizï mi/hons de globules; il ne s'agit évidemment dans ces cas que d'un phénomènedediffusion qui détermine en réalité une concentration locale du sang et par conséquent un excès relatif de globules; le même phénomène peut se montrer d'une manière générale après des sueurs ou des diarrhées profuses, partout, enfin, où il y a une perte d'eau très marquée ; mais on ne dira pas qu'un diarrhéique ou un cholérique a la pléthore sanguine; il a le sang concentré avec une surcharge relative de globules.
Objections. — Il semble pourtant que d'après les expériences sur les chiens, une vraie pléthore puisse aussi se produire chez l'homme; on connaît en effet le pouvoir d'accom-
PLÉTHORES DITES VRAIES. 301
modalion et de régulation du sang chez l'animal sain, de telle façon que tous les obstacles, toutes les stases, toutes les concentrations par stase sont évitées; ne se peut-il pas que chez l'homme malade ce pouvoir ait fléchi au point de laisser ou de faire naître une pléthore?
Expériences. — On sait, d'après les recherches de Bollinger {Centralbl. mecl, 1886, p. 486), que la quantité absolue de sang croît avec le poids corporel mais non la quantité relative, car le sang dépend surtout de la graisse. Avec une forte charpente et une bonne nourriture (abstraction faite de l'engraissement) la masse de sang se trouve régulièrement augmentée; il y a, ditBollinger, un rapport direct entre le développement de la musculature du corps et la quantité de sang, et chez les animaux on trouve aussi dans ce cas un codiir fortement développé. Au contraire V engraissement avec repos musculaire détermine l'anémie, et celle-ci à son tour dispose à Vembonpoint. En tous les cas il est impossible d'établir une limite précise entre la réplétion sanguine physiologique et la pléthore pathologique prouvée chez l'homme, d'après Recklinghausen, par la surcharge des vaisseaux et la dilatation du cœur.
Ce qui est certain c'est que le travail musculaire et le développement musculaire avec une nourriture proportionnée constituent les meilleurs régulateurs du sang, soit comme quantité, soit comme qualité; si ces régulateurs viennent à faire défaut, \sl pléthore peut en résulter. Voilà le résultatdes expériences de Bollinger; elles ne sont rien moins que concluantes. — Voir aussi Heisler (1886, Centralbl.).
Conséquences thérapeutique'^. Saignées. — Flux hémorroidal. — Saignez ces pléthoriques; ils supportent mal cette émission sanguine, qui les jette bientôt dans l'anémie; c'est ce qui arrive aux paysans au teint coloré. Quant aux hémorragies dites critiques (hémorroïdes), c'est une déperdition
302 TYPE AHTÉltlQUK.
en api>iirencQ favorable; il y a soulagement momentané, mais l'anémie est menaçante. Stahl la considéraitcomme une crise; je la considère comme très critique.
Conséquences relatives à la pléthore de Vhomme. —Parmi les circonstances expérimentales, l'une a été déclarée, par Frànkel, inapplicable à l'homme, celle qui démontre que l'excès du sang ne peut pas persévérer, que la pression exagérée ne peut par conséquent pas durer, qu'il s'établit une compensation rsiTpide par les sécrétions etpar le déversement de la lymphe dans les tissus; les transfusions sont trop brutales et forcément trop graves pour être comparées dans leurs effets à la formation incessante d'un surcroît de sanapar l'alimentation.
Une autre circonstance a été au contraire invoquée par Frànkel en faveur de sa théorie sur la pléthore; c'est la décharge du sang dans les capillaires et les veines du bas ventre; c'est én effet ce système vasculaire qui chez les pléthoriques se distend d'abord et finalement se rétrécit.
Lorsque ce réservoir est rempli jusqu'à un certain point, il s'établit, dit-il, par la continuation des transfusions, des troubles notables de la pression sanguine, qui alternent de temps à autre avec des dépressions, et qui marquent dans ce dernier cas la limite des essais de ce genre.
Je résume Isi question : Il est impossible d'augmenter ni artificiellement ni cliniquement la massedu sang; par conséquent ii n'existe pas de pléthore totale ni d'excès de tension permanent. Il y a des pléthores locales chez les obèses, et ces pléthores abdominales ne sont que des troubles vasculaires, avec distension du système capillaire-veineux, avec ralentissement du cours du sang, troubles digestifs, et surtout flatulence consécutive, laquelle contribue à son tour à la gène de la circulation. Il y a parsuite de ces stases ou de ces troubles vasculaires de l'abdomen, un retentissement sur la circulation