HISTOLOGIE DE L’APPAREIL HÉPATO-PANCRÉATIQUE
d’eux se trouve en contact avec plusieurs autres et aussi avec des capillaires sanguins. C’est pourquoi ils ont une forme ordinairement polyédrique et variable qui peut devenir anguleuse, aplatie par suite de compression, ou encore ovoïde, sphérique en s’infiltrant de substances diverses, particulièrement de substances grasses.
La masse protoplasmique, granuleuse et demi liquide de ces éléments renferme, en l’absence de toute altération morbide, trois ordres de granulations : 1° des granulations grisâtres, à bords pâles, remplissant presque toutes les cellules et constituées, selon toute vraisemblance, par la matière glycogène, puisque, chez l’animal récemment tué, elles se colorent en rouge brun sous l’influence d’une solution d’iode iodurée; 2° des granulations brillantes, à bords sombres, relativement abondantes pendant la lactation, au moment de la digestion, et que dissout l’éther et colore en noir l’acide osmique, comme il fait de la graisse; 3° des granulations pigmentaires qui se comportent avec les réactifs à la façon de la matière colorante biliaire.
La composition chimique de ces cellules a été peu étudiée; cependant il est reconnu que, privées de sang, elles possèdent une réaction alcaline au moment de leur extraction, et qu’abandonnées à elles-mêmes, à la température ordinaire, elles subissent une altération et deviennent neutres ou même acides '. Ces éléments sains, broyés et filtrés, donnent beaucoup d’albumine, de la globuline, du glycogène et des traces de sucre. La substance qui donne au foie sa réaction acide possède une partie des propriétés de l’acide lactique.
b. Le tissu conjontif se prolonge, de la capsule de Glisson dans la profondeur de la glande, sous forme de faisceaux accompagnant les vaisseaux. Des fibrilles détachées de ces parties s’accolent les unes à la paroi des capillaires de façon à constituer sur certains points une sorte de membrane adventice, tandis que les autres forment entre ces vaisseaux un tissu réticulé qui sert de charpente et de soutien aux cellules hépatiques. Ce tissu, dont l’existence peut être démontrée à l’état normal, en traitant par le pinceau des préparations durcies, prend quelquefois, à l’état pathologique, dans certaines formes de cirrhose du moins, une extension considérable au point d’étouffer tous les éléments glandulaires.
c. Vaisseaux. — Les vaisseaux du foie sont : 1° la veine porte,
1. P. Plo’sz, Uber die eiweissartigen Substanzen der Leberzelle ( Archiv <1. gesamm. Physiologie, 1813, t. VII, p. 371, et Rev. (les sc. m/hl., t. II, p. 584).
formée par tous les troncs veineux provenant de l’estomac, des intestins, du pancréas, de la rate, des ganglions mésentériques et dont les branches capillaires se continuent avec les veines sus-hépatiques; ce système est destiné à la fonction; 2° l’artère hépatique ou vaisseau nourricier du foie ; 3° les vaisseaux lymphatiques.
Wepfer et Malpighi ont été les premiers à reconnaître que le foie est composé de portions similaires, résultant du mode de distribution des vaisseaux sanguins, et désignées sous le nom de lobules, d’acini, d ’insulæ hepatis. Néanmoins, c’est à Kiernan que nous sommes redevables d’une étude véritablement scientifique touchant la structure lobulaire du foie. Sur une coupe mince examinée au microscope, les lobules se présentent sous la forme de petits territoires polygonaux, juxtaposés, virtuellement séparés par du tissu conjonctif et laissant entre eux, au niveau de leurs angles, des surfaces triangulaires ou espaces portes, dans lesquels se voient des sections d’une artériole, d’une branche de la veine porte, des vaisseaux lymphatiques, des nerfs, et enfin des conduits biliaires. Vaisseaux et nerfs cheminent jusqu’au lobule, entourés d’une certaine quantité de tissu conjonctif qui leur fournit une sorte de gaine commune; et, à partir de ce point, les vaisseaux se résolvent en capillaires sanguins qui pénètrent à l’intérieur du lobule, constituent pour ainsi dire sa charpente, et s’anastomosent entre eux, formant un réseau dans les mailles duquel les cellules glandulaires se trouvent disposées, comme si elles tapissaient des tubes anastomosés. Ces capillaires se dirigent comme les rayons d’une roue vers le centre du lobule où ils aboutissent à un tronc veineux commun ou veine intra-lobulaire. Les veines ainsi formées se réunissent les unes aux autres pour constituer des troncs de plus en plus volumineux, qui se dirigent vers le bord postérieur du foie et finalement se déversent dans la veine cave inférieure. Ainsi la veine porte ou vaisseau fonctionnel du foie communique avec la veine cave par les capillaires des lobules, mais elle offre avec ce vaisseau d’autres communications établies le long du ligament suspenseur et décrites par Sappey sous le nom de veines portes accessoires. Ces communications ont une grande importance dans la pathologie des cirrhoses où le courant sanguin, entravé dans le foie, dilate les branches anastomotiques et parvient quand même au cœur, par un chemin détourné. Des anastomoses moins importantes existent au niveau du rectum, entre les veines hémorroïdales supérieures (branches de la mésaraïque) et les hémorroïdales
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moyennes et inférieures (branches de l’hypogastrique); de même, au niveau du cardia, les veines œsophagiennes (branches des azygos) s’anastomosent avec les veinules de l’estomac et leurs dilatations, connues sous le nom de varices œsophagiennes, ont été considérées à tort, suivant nous, comme jouant un rôle principal dans la production des hématémèses chez les cirrhotiques.
L’artère hépatique, branche du tronc cœliaque, gagne le hile du foie comme la veine porte, et là, se divise en deux branches desquelles émanent des rameaux qui accompagnent les divisions de cette veine. Leurs dernières ramifications se résolvent en capillaires qui s’anastomosent avec les capillaires de la veine porte, et, de cette façon seulement, le sang de l’artère hépatique, destiné surtout à la nutrition du foie, peut, dans certaines circonstances, concourir à la fonction de cette glande.
Etudiés avec soin par Sappey, les vaisseaux lymphatiques du foie sont nombreux et constituent un réseau superficiel, situé audessous du péritoine, et un réseau profond qui accompagne les branches de la veine porte ; ces deux ordres de vaisseaux communiquent ensemble. Mac. Gillavry réussit chez le chien à injecter les lymphatiques des lobules, et constata que ces vaisseaux, formant des gaines ou manchons autour de tous les capillaires sanguins, ont un rapport immédiat avec les cellules hépatiques et constituent les origines du système lymphatique du foie. Par leur réunion, ils forment des troncs de plus en plus volumineux, qui accompagnent les artères et les branches de la veine porte, et aboutissent aux ganglions du hile; d’autres, suivant les veines sus-hépatiques, pénètrent dans le thorax et gagnent les ganglions situés dans les médiastins. Un certain nombre enfin, situés sous la capsule de Glisson s’insinuent entre les feuillets péritonéaux, dits les ligaments du foie, et vont se perdre dans les ganglions correspondants.
d. Nerfs. — Les nerfs du foie ont deux origines : le pneumogastrique et le plexus solaire; ils se divisent en ramifications multiples qui cheminent le long de l’artère hépatique qu’elles enlacent de leur réseau, et accessoirement le long des branches de la veine porte.
Les branches du pneumogastrique proviennent en grande partie du nerf spinal, comme celles du cœur, de l’estomac, et du pancréas, en sorte qu’une incitation émanée du bulbe peut se transmettre simultanément au muscle cardiaque, à l’estomac, aux 'glandes hépatique et pancréatique; réciproquement, une
impression sensitive partie de l’un de ces organes peut agir sur les autres par acte réflexe. Les branches qui proviennent du plexus solaire sont plus nombreuses et également susceptibles de produire des actes réflexes.
La terminaison des filets nerveux dans la glande hépatique n’est pas bien connue; on sait toutefois que ces filets accompagnent les vaisseaux jusqu’à leurs derniers ramuscules interlobulaires, et à partir de là, il existerait, selon M. Nesterowski, un réseau terminal aboutissant aux capillaires, sans connexion intime avec les cellules glandulaires, opinion conforme à celle de CL Bernard pour qui l’action des nerfs s’exercerait spécialement sur les vaisseaux. Par contre, Pflüger est d’avis que les nerfs du foie se comportent comme ceux des autres glandes, et vont s’aboucher directement dans le protoplasma des cellules parenchymateuses.
Portion excrétoire. — Le foie, en tant que glande excrétoire ou biliaire1 comprend :
1° Les capillaires biliaires, système réticulé de petits canaux cylindriques dont la lumière ne dépasse pas 1 à 2 p et dont les parois sont formées parles cellules glandulaires, proprement dites, sécrétant la bile ; '
2° Les canalicules biliaires interlobulaires tapissées d’un épithélium à forme cubique et ne renfermant aucune glande ;
3° Les conduits biliaires intra-hépatiques de moyen et gros calibre pourvus d’une tunique fibroïde et musculaire, de glandules spéciales, et revêtus à l’intérieur d’un épithélium cylindrique;
4° Les conduits biliaires extra-hépatiques qui ont une structure identique à celle des conduits infra-glandulaires. A ces canaux se trouve annexée la vésicule du fiel dont le conduit, ou canal cystique, se déverse dans le canal cholédoque.
Les capillaires biliaires, vus sur la coupe d’un lobule, apparais-
1. Sabourin n’envisageant le foie qu’en tant qu’organe sécréteur de la bile, sans tenir compte de sa fonction la plus importante, celle de modificateur du sang, a donné de la composition du foie une théorie nécessairement incomplète. S'appuyant sur des recherches anatomo-pathologiques, il tend à admettre que l’acinus hépatique est composé d’un tube épithélial, contourné et anastomosé, dont les sinuosités et les anastomoses laissent entre elles des mailles qui contiennent les capillaires sanguins du lobule. A la base de l’acinus, le tube se continue à plein canal avec l’une des dernières ramifications des voies biliaires, et cette continuité n’est marquée que par le changement de forme et de nature des épithéliums. Chaque acinus a la forme d’une pyramide, de telle sorte que le lobule hépatique classique se trouve composé en réalité de segments glandulaires dont les sommets se réunissent au niveau de la veine centrale, tandis que les bases sont en rapport avec les espaces et les fissures portes, où elles rencontrent leurs canaux excréteurs. Les interstices que laissent entre elles les faces de juxtaposition de ces segments glandulaires seraient occupés par les divisions principales de la veine centrale du lobule hépatique.
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sent sous l’aspect d’une ligne très fine, qui sépare deux cellules et qui occupe à peu près le milieu de l’espace compris entre deux capillaires sanguins; mais si le plan de la coupe est perpendiculaire à leur direction ils se montrent sous la forme de petits pertuis, entourés de deux ou trois cellules, et situés vers le milieu de l’espace compris entre les sections des capillaires sanguins environnants; dans certains cas de rétention biliaire prolongée, on rencontre quelquefois au sein des lobules de petits calculs rameux, véritables moules des capillaires biliaires.
Les tubes biliaires sécréteurs s’anastomosent entre eux, et finalement s’abouchent dans le réseau des canaux excréteurs situés dans les espaces et les fissures qui séparent les lobules ou canaux interlobulaires. Ceux-ci accompagnent les ramifications de la veine porte et s’unissent en constituant des troncs de plus en plus volumineux, au nombre de deux à leur sortie du foie. Ces troncs s’abouchent dans le sillon transverse pour former le canal hépatique; l’union de ce dernier avec le canal cystiquc donne lieu au canal cholédoque, qui va s’ouvrir dans le duodénum au niveau de l’ampoule de Water.
Le canalicule excréteur diffère du tube sécréteur par la nature de son épithélium de revêtement qui est constitué par des cellules petites, cubiques, à protoplasma clair, peu abondant, avec un noyau ovalaire et granuleux. A mesure que les conduits biliaires augmentent de calibre, leurs cellules épithéliales tendent à devenir cylindriques et à se rapprocher de celles de l’intestin grêle. En même temps, la paroi propre, fibreuse, s’épaissit et sur les conduits d’un certain calibre, on observe non seulement des fibres musculaires lisses, formant un véritable muscularis mucosæ , mais aussi des diverticules épithéliaux, qui sont considérés comme des glandes muqueuses. Inutile de dire que les conduits biliaires extrahépatiques ont une structure à peu près identique, si ce n’est qu’ils renferment une grande quantité de fibres lisses et jouissent ainsi de la propriété d’être contractiles1, ce qui nous donne la clé des vives souffrances produites par la présence à leur intérieur des calculs biliaires, et connues sous le nom de coliques hépatiques. L’existence d’un sphincter, à l’embouchure du canal cholédoque, nous permet enfin de comprendre la formation de l’ictère spasmodique.
1. Laborde, L’excitabilité des canaux biliaires, Compt. rend, de la Soc. de Biologie, Paris, 1884, 318.