II. —DÉSORDRES BILIAIRES D’ORIGINE SEPTIQUE
Les infections hépatiques ont pour origine le sang ou les voies biliaires. L’infection par le sang nous est connue par l’étude que nous avons faite des suppurations et des gangrènes du foie (voir p. 222); elle s’opère par l’artère hépatique et par la veine porte, et à chacune de ces sources répondent des lésions variées. Quelques auteurs ont parlé d’une infection possible par la veine cave et les veines sus-hépatiques, ayant pour effet ordinaire la formation d’abcès débutant par le centre du lobule hépatique, et connus sous le nom d’abcès aréolaires. Ces abcès auraient leur source habituelle dans des suppurations du bassin, mais il est possible, si on en juge par les nodosités cancéreuses du foie consécutives à l’épithéliome utérin, que, même dans ces conditions, l’agent pathogène arrive à cette glande par les anastomoses de la veine porte. Les vaisseaux lymphatiques eux-mêmes ne sont pas, à cet égard, dépourvus de toute influence, car c’est à leur altération qu’il convient d’attribuer la suppuration de la surface du foie, ou péri-hépatite suppurative.
Les voies biliaires, enfin, doivent être comptées parmi les sources les plus communes de ces infections, quoique la bile, comme l’urine, soit aseptique à l’état physiologique. Le mode d’abouchement du canal cholédoque dans l’intestin, le sphincter situé à l’embouchure de ce canal, le cours de la bile lui-même et la constitution de ce produit 1 sont autant de circonstances propres à le préserver d’une infection intestinale. Cependant, il arrive que des microbes parviennent à franchir ces barrières et à s’introduire
1. Charrin et Roger, Note sur l'action antiseptique de la bile (Soc. de biolog., 9 août 1886). — Kassel et Limbourg, Les propriétés antiseptiques de la bile ( Berlin . klin. Wochenschr. , 1888, n° 32, p. 654).
dans les dernières portions du canal excréteur (Duclaux, Netter) ; mais, ces agents sont généralement arrêtés dans un milieu qui ne parait nullement leur convenir. Il n’en est pas de même lorsque les canaux destinés à l’écoulement de la bile se trouvent obstrués ou altérés; alors, en effet, ils sont pour ainsi dire livrés à l’invasion des micro-organismes qui viennent les souiller. En liant le canal cholédoque immédiatement au-dessus de l’ampoule de Yater, Netter1 a provoqué la pullulation de ces parasites dans les voies biliaires supérieures, cardés le second jour, les cultures de la bile prises dans la vésicule ne restaient plus stériles. Ces agents ne s’arrêtent pas à la vésicule ni même aux ramifications biliaires, l’examen direct et les cultures montrent qu’ils passent dans le foie et dans le sang, et qu’ils sont de plusieurs sortes. Netter, ayant trouvé des staphylocoques, des streptocoques et des microbes bacillaires, a reconnu que, chez le lapin, les premiers élèvent la température, tandis que les seconds l’abaissent.
Ces recherches, reprises depuis lors par plusieurs observateurs, sont parfaitement applicables à ce qui se passe dans l’organisme humain, soit à la suite de la lithiase biliaire, soit au cours d’altérations diverses, et par conséquent, elles nous mettent à même de bien comprendre les infections qui succèdent à l’obstruction des canaux hépatiques, et que nous allons étudier: 1° dans la hile ; 2° dans les voies biliaires; 3° dans le foie.