‹ Traité des maladies du foie et du pancréasChapitre 115 sur 178 · Dolbeau {Bull, de la Soc. anat. Paris, 1857, p · texte numérisé non relu

Dolbeau {Bull, de la Soc. anat. Paris, 1857, p

2. H. Faille, Contribution à l’étude d’une complication rare du kyste hydatique du foie {thèse de Paris, 1884).

PARASITISME DU FOIE

Examiné à l’œil nu dans son complet développement, le kyste hydatique présente une première membrane fibreuse, résistante, intimement adhérente au tissu conjonctif du foie, puis une seconde, d’apparence gélatiniforme, qui appartient au parasite et que l’on désigne sous le nom de membrane interne ou hydatide mère. Dans cette dernière se trouve contenu un liquide clair, transparent, comme de l’eau de roche et, suivant le volume du kyste, un nombre plus ou moins considérable de vésicules transparentes, ovoïdes, ayant depuis le volume d’un œuf de pigeon jusqu’à celui d’un œuf d’oie; ce sont les hydatides filles (fig. 93). La membrane fibreuse, d’une épaisseur variable, provient de la réaction du tissu conjonctif dont les éléments se multiplient en

présence d’un corps étranger. D’une épaisseur de 1 à 3 millimètres, cette membrane formée de fibres conjonctives renferme de nombreux vaisseaux qui servent à nourrir le parasite. Semblable à de l’albumine mal cuite, la seconde membrane ou membrane hydatique est formée de couches stratifiées, amorphes, et malgré l’absence de tout élément figuré, s’enroulant à la suite d’une section comme une tunique élastique; aussi, un fragment de cette enveloppe suffit-il à fixer le diagnostic de kyste hydatique. La couche interne ou membrane fertile (Ch. Robin), germinative (Giraldès), granulé d’aspect, donne naissance aux vésicules et aux échinocoques; les vésicules apparaissent sous la forme de bourgeons sessiles qui se remplissent de liquide, se pédiculisent, s’accroissent et tombent enfin à l’intérieur du kyste. Elles sont plus ou moins volumineuses et contiennent, quelques-unes au moins, une troisième et même une quatrième génération. Ces vésicules, le plus souvent fertiles, sont dites stériles lorsqu’elles ne renferment pas d’échinocoques. Ceux-ci, sous forme de granulations blanchâtres,

font saillie à la face interne de la vésicule, ils sont formés d’une tète qui possède quatre ventouses et d’une couronne de vingt-huit à trente crochets (flg. 9i). Un col sépare la tête du corps arrondi et terminé par un prolongement qui fixe l’animal à la membrane génératrice, et si ce prolongement vient à se rompre, l’animal tombe dans le liquide. D’une densité de 1,000 à 1,010, celui-ci est incolore, clair ou légèrement opalin, neutre et rarement alcalin ou acide; il ne précipite ni par la chaleur, ni par l’acide nitrique, n’est pas albumineux, et se distingue en cela de tous les liquides de sérosité. Cl. Bernard, Lucke et d’autres observateurs y ont trouvé du sucre, et dans quelques cas, lorsque les bydatides viennent à mourir, il renferme de l’albumine.

L’échinocoque, être organisé et vivant, meurt quand les conditions favorables à son existence viennent à se modifier; c’est là, pour l’homme, un mode de guérison spontanée du kyste hydatique. Plusieurs circonstances contribuent à ce résultat : la pénétration de la bile dans ce kyste, la suppuration de la poche kystique qui malheureusement peut emporter le malade; mais, il est des procédés plus avantageux, comme la soustraction du liquide bydatique, qui ne permet plus aux hydatides de se nourrir, et certaines modifications de la poche fibreuse qui finissent par les étouffer. Forcément distendue par la multiplication et le développement des hydatides, cette poche présente des points de moindre résistance et des diverticules qui altèrent la régularité de ses contours ; mais ce qui compromet l’existence du parasite et s’oppose à son accroissement, c’est un défaut d’extensibilité. Des plaques fibreuses plus ou moins étendues, des épaississements divers avec ou sans calcification lui donnent une résistance qui a pour effet de comprimer les hydatides et de les asphyxier. Ce sac, d’ailleurs, se rétrécissant de plus en plus, à l’instar d’une cicatrice, les vésicules sont aplaties, pressées et desséchées, sans aucun mélange de substance étrangère, et enfin transformées peu à peu en une masse blanchâtre ou jaunâtre, d’apparence athéromateuse, semi-fluide et visqueuse, ou encore grasse et semblable à du mastic de vitrier. Cette masse, formée de débris d’hydatides avec ou sans un liquide lactescent, offre, à l’examen microscopique, en même temps que des crochets d’échinocoques, des gouttelettes de graisse, de la cholestérine sous forme de cristaux isolés ou amorphe. Quand la

fixés par un funicule sur la membrane interne de l’hydatide.

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destruction des parasites a été l’efTct d’une hémorrhagie ou d’un épanchement biliaire, le kyste renferme en outre des pigments et souvent aussi de l’hématoïdine cristallisée ou amorphe1.

Les kystes hydatiques, non interrompus dans leur développement, parviennent à former des tumeurs qui par leur accroissement progressif détruisent le foie, gênent les fonctions des organes voisins, finissent par se rompre et par évacuer leur contenu. La forme et la direction de ces kystes sont en rapport avec les résistances qu’ils rencontrenl ; ceux qui occupent le bord postéro-supérieur du lobe droit refoulent en haut le diaphragme (fig. 95), compriment le poumon correspondant et parfois déplacent le cœur au point d’entraîner la mort, ainsi que Dolbeau2 et d’autres auteurs ont pu le constater. Les kystes du lobe gauche font généralement saillie à l’épigastre; ceux de la face inférieure du foie refoulent quelque peu cet organe en haut, mais ils se développent de préférence vers l’abdomen, compriment les organes qui y sont contenus, au point de troubler les fonctions digestives et de produire, par leur contact avec la veine porte et la veine cave, des désordres circulatoires, tels que : œdème des membres inférieurs, ascite, varices, etc.

Fig. 95. — Femme atteinte cl’un kyste hydatique du bord postéro-supérieur du foie et de kystes multiples des épiploons.

1. J. Cruveilhier (Traité d’anat. path. gên. Paris, 1836, t. III, p. 530) est l’un des auteurs qui ont le mieux indiqué les modes de transformation des kystes hydatiques, déjà connus des anciens médecins, comme de Haen et surtout Ruysch ( Observ . anat., obs. XXV, Amstelod., 1732) qui désignaient leurs résidus sous le nom d’athérome ou de méliceris.

2. Dolbeau, Études sur les grands kystes de la surface convexe du foie. Thèse de Paris, 1856.

La rupture des kystes hydatiques a des conséquences très diverses, selon l’organe dans lequel elle se fait jour. Si elle est tantôt un mode de guérison, tantôt aussi elle cause les accidents les plus sérieux. Les organes vers lesquels les tumeurs hépatiques tendent à se faire jour sont les voies biliaires, l’estomac, les intestins et le péritoine, puis les bronches, la plèvre droite, le péricarde et par exception la paroi abdominale. Le plus souvent

Fig. 96. — Foie vu par sa face inférieure de façon à montrer un kyste hydatique du lobe gauche, engagé dans le canal cholédoque b et commençant à faire saillie au niveau de l’ampoule de Vater c.

d, ouverture du kyste dans le canal cholédoque; x, membrane hydatique soulevée par une érigne; aa. abcès multiples dans le lobe droit hypertrophié.

suppurés au moment de leur ouverture, ces kystes déterminent les infections les plus graves et quelquefois une mort rapide, si ce n’est lorsqu’ils viennent à se faire jour dans une cavité en communication avec l’extérieur, comme les bronches et le tube digestif. L’ouverture d’une poche hydatique dans les voies biliaires, bien qu’étant une sorte d’élimination naturelle, n’a pas moins des inconvénients sérieux, en raison de l’étroitesse des canaux et de l’obstruction qui a pour conséquence habituelle l’infection (fig. 96) ; celle qui se produit, par l’intermédiaire d’une fistule, dans l’es-

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tomac et les intestins est moins redoutable, bien qu’elle ne soit pas sans dangers. La rupture dans une cavité séreuse est des plus graves; celle qui s’effectue dans les bronches est la moins sérieuse; quant à la perforation qui s’établit à travers la paroi abdominale, conséquence ordinaire de la suppuration du kyste et de la formation d’un abcès, elle laisse à sa suite un trajet fistuleux et une suppuration prolongés. L’ouverture d’un kyste hydatique du foie dans la veine cave, observée dans quelques cas exceptionnels, a toujours été suivie de la mort par embolie cardio-pulmonaire *.

Forme multiloculaire. — A côté des kystes hydatiques dont il vient d’être question, se voient des formes d’échinocoques du foie dans lesquelles les hydatides, n’étant plus réunies dans une vésicule mère, se développent en grand nombre, les unes à côté des autres, de façon à former des tumeurs volumineuses, multiloculaires, désignées sous le nom d ’échinocoques alvéolaires.

Observé tout d’abord par Buhl et confondu avec une tumeur colloïde alvéolaire, le kyste hydatique multiloculaire a été reconnu par Luschka et Zeller2, puis par Virchow, qui le séparèrent des tumeurs gélatineuses alvéolaires. Formée d’un stroma conjonctif de nouvelle formation, plus ou moins développé et pigmenté, cette production présente des espaces multiples et irréguliers qui peuvent contenir un grain de millet ou un pois, et communiquent le plus souvent entre eux par des ouvertures d’un diamètre variable. Ces espaces on alvéoles renferment des hydatides habituellement plissées à leur intérieur avec des étranglements ou des diverticules latéraux, reçus dans les cavités accessoires. Chaque petite cavité contient une seule vésicule, tandis que les grandes cavités en renferment deux ou un plus grand nombre, ordinairement juxtaposées, et donnant naissance à des masses vésiculeuses qui s’étalent facilement dans l’eau, sous forme de membranes dont on voit s’isoler quelques vésicules. Ces hydatides subissent les mêmes modifications que celles du kyste ordinaire, se transforment, comme elles, en une sorte de masse gélatineuse à laquelle s’ajoutent des cristaux en aiguilles et de l’hématoïdine amorphe ou cristallisée. Les échinocoques, relativement rares, se rencontrent à peu près uniquement dans les vésicules qui occupent les grands alvéoles, car les petits sont stériles. Ces tumeurs, déjà différentes de celles que nous connaissons, tendent d’ailleurs, d’une façon presque constante, à se détruire et à se transformer en graisse vers leur centre où se produit une large

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