‹ Traité des maladies du foie et du pancréasChapitre 117 sur 178 · Recamier, Revue méd. Paris, 1825, t. I, p · texte numérisé non relu

Recamier, Revue méd. Paris, 1825, t. I, p

3. A. -A. Boinet, Traitement des tumeurs hydatiques du foie par les pondions capillaires et par les ponctions suivies d’injections iodées. Paris, 1859.

lui sera prescrite. Lemieux, dans les kystes, de moyen volume, est de vider entièrement le liquide; dans les kystes volumineux, il est préférable d’en laisser une partie, de façon à éviter des accidents syncopaux qui pour être rares n’ont pas moins été observés.

La soustraction du liquide hydatique change les conditions d’existence du parasite, qui succombe en général, vraisemblablement par insuffisance de matériaux nutritifs. Les hydatides mortes s’affaissent et se transforment, le kyste revient sur luimême, et la poche s’infiltre de sels calcaires, comme dans les cas de guérison spontanée. La suppuration est exceptionnelle si on opère avec des soins de propreté, mais le liquide se reproduit quelquefois, et il y a lieu de pratiquer une nouvelle ponction, ainsi que nous l’avons fait, avec plein succès, dans le cas suivant :

Kyste hydatique du foie. — Deux ponctions. — Guérison.

C..., Pauline, parfumeuse, âgée de 35 ans, éprouvait déjà depuis un an, lorsqu’elle vint nous consulter, une douleur sourde dans l'hypochondre gauche immédiatement au-dessous du rebord costal, et qui s’exaspérait par les mouvements respiratoires un peu profonds, par la toux, le bâillement, etc. Peu de temps après le début de ces phénomènes douloureux, la malade voit apparaître, au niveau du creux épigastrique, une grosseur qui augmente à vue d’œil.

En même temps, cette femme commence à souffrir dans l’épaule droite, au niveau du creux sous-claviculaire et dans le dos au-dessous de l’omoplate; ce sont des tiraillements intenses, surtout dans le décubitus dorsal.

Elle est maigre, un peu pâle, a les traits tirés, et le cœur soulevé, déjeté en dehors, tandis que la pointe bat dans Faisselle gauche. Le pouls est régulier, normal et d’intensité moyenne ; le poumon est intact.

Le ventre, volumineux, est saillant, à droite. Au creux épigastrique, à gauche de l’appendice xyphoïde, il existe une tumeur du volume du poing, et qui à chaque inspiration sort davantage au-dessous du rebord costal. Le foie est énorme; son bord antérieur décrit une ligne très oblique, qui remonte de la fosse iliaque, vers la neuvième côte gauche, en passant par l’ombilic. La rate est nonnale.

Une ponction pratiquée avec l’appareil Potain, au niveau de la tumeur épigastrique, donne issue à 1 300 grammes d’un liquide clair, transparent, non albumineux. A la suite de cette ponction; il survient pendant toute une journée des vomissements et une poussée d’urticaire.

Un mois plus tard, la poche étant devenue de nouveau saillante, il est fait une nouvelle ponction, et on retire deux litres d’un liquide jaunâtre, opalescent, contenant une grande quantité d’albumine, indice de la mort des échinocoques. Depuis lors, la grosseur épigastrique ne s’est plus reproduite; le foie, diminue de volume et les douleurs cessent, tandis que l’état général de la malade s’améliore rapidement. Nous avons revu cette malade un an après la dernière ponction ; elle avait considérablement engraissé, se trouvait très bien portante, et ne présentait pas trace de tumeur à l’épigastre.

Quelques médecins dans le but de faire périr plus sûrement

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les hydatides, font passer dans la poche kystique dont ils ont extrait le liquide de 100 à 200 grammes de liqueur de Van Swieten qu’ils retirent au bout de huit à dix minutes, d’autres injectent de l’eau naphtolée, etc., etc. ; mais, si ces procédés ont pu donner de bons résultats, il n’est pas prouvé qu’ils soient supérieurs à la simple ponction aspiratrice, du moins tant que le kyste, encore jeune, possède une poche assez peu épaisse.

La soustraction du liquide hydatique n’est ordinairement suivie d’aucun accident; toutefois, il arrive de voir des malades éprouver, peu de temps après l’opération, du malaise, de la dyspnée des nausées, du hoquet, des vomissements et de la fièvre. Ces symptômes, qui peuvent éveiller tout d’abord l’idée d’une péritonite, sont heureusement bientôt suivis de démangeaisons et d’nne poussée d’urticaire, liée à l’absorption d’une faible quantité de liquide hydatique. Ce liquide, dans lequel on a trouvé des substances appartenant à la classe des ptomaïnes, est ainsi toxique à la façon des moules.

Quand un kyste hydatique ne cède pas à une ou deux ponctions capillaires, l’incision est la méthode qui reste à la disposition du chirurgien; celle-ci, d’ailleurs, est de toute nécessité lorsqu’il s’agit de kystes suppurés, de kystes anciens dont la poche a perdu toute élasticité, de kystes encombrés de vésicules ou émergés du tissu hépatique auquel ils se rattachent par un simple pédicule. Deux procédés sont actuellement en présence : l’ouverture en deux temps préconisée par Wolkmann, l’incision en un seul temps qui porte les noms de Lindemann et Landau. Le premier trouve son indication dans les cas où le kyste est intrahépatique : une incision est pratiquée et bourrée de gaz iodoformée, puis, au bout de huit ou dix jours, le temps nécessaire à la formation d'adhérences, le kyste est ouvert sans inconvénients. Le second procédé est préférable quand le kyste émerge de l’organe; alors, en effet, l’ouverture peut être directe et les lèvres résultant de l’incision sont suturées aux lèvres de la plaie abdominale. Les vésicules s’écoulent, on lave avec de l’eau bouillie et on attend le retrait de la poche. Si celui-ci tarde trop, on badigeonne les parois avec de la teinture d’iode, dans le but de les faire bourgeonner et adhérer entre elles. Malgré tout, la cicatrisation est parfois lente à se produire, puis il arrive que, la bile venant à pénétrer dans la poche kystique, donne naissance à une fistule biliaire assez persistante pour mettre en danger les jours du malade. D’ailleurs, l’évacuation brusque du contenu d’un kyste volumineux avec déplacement du cœur n’est

pas toujours sans danger et peut entraîner une mort rapide1.

Le traitement des kystes du foie, en somme, doit être subordonné à un bon diagnostic, puisque, à l’instar de tout autre traitement médical ou chirurgical, il repose sur des indications fort variables dans la pratique. Il est donc nécessaire, avant d’opérer ces tumeurs, de déterminer autant que possible le siège et le nombre des kystes, l’épaisseur des parois, l’abondance des hydatides, la qualité du liquide qui les baigne, et surtout de savoir s’ils sont ou non suppurés, attendu que chacune de ces particularités devient une source d’indications spéciales : aussi la ponction aspiratrice à l’aide d’une aiguille de Pravaz est-elle alors d’un précieux secours. Celles-ci une fois déterminées, il faut savoir qu’une simple ponction suffit fréquemment à tuer les hydatides et à obtenir une guérison définitive, quand les parois du kyste sont souples et minces, et les hydatides peu abondantes. Par contre, si le kyste est suppuré, l’incision est forcée, comme aussi lorsque la poche est indurée et les hydatides très nombreuses. La profondeur et le siège du kyste à la région antéro-supérieure ou antéro-inférieure du foie contribuera également à modifier le procédé opératoire qui s’effectuera en un seul, ou en deux temps, et aussi le point de l’incision qui, devant être rapproché le plus possible de la tumeur, aura lieu tantôt à travers les parois abdominales et tantôt à travers la paroi thoracique dont, s’il est nécessaire, on réséquera plusieurs côtes.

Consultez la bibliographie de mon traité d ’Anat. pathologique, Paris, 1875- 1877, t. I, p. 729, 731 et de plus :

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Cysticerque ladrique.

Le cysticerque ladrique ( cysticercus cellulosæ, Rudolphi) ou larve du tænia solium (fig. 99 et 100), dont la présence est relativement commune dans le foie de quelques animaux, se fait remarquer par sa rareté dans celui de l’homme. Son habitat chez ce dernier est le tissu cellulaire sous-cutané, le système musculaire,

Fig. 99. — Cysticerque ladrique du porc (gr. nat.).

a, tête, col et corps sortis de la vésicule ; b , les mêmes parties contenues de la vésicule.

Fig. 100. — A. Tête du cysticerque ladrique de l’homme grossi 80 fois, arme de 14 grands et de 15 petits crochets.

B. a, grand crochet; b , petit crochet.

l’œil, l’encéphale, et par exception, le foie où il ne détermine jamais de désordres bien appréciables, en raison du petit nombre des individus qui s’y développent. Il n’en est pas de même chez le porc où il produit parfois un certain degré de cirrhose hépatique.

Le cysticerque pisiforme altère plus spécialement le foie du lapin. Envahie par ce parasite, la glande hépatique, d’après

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Laulanié1, s’hypertrophie, se durcit et présente des traînées sinueuses, étroites, peu étendues en longueur, quelquefois ramifiées, offrant au centre une couleur gris transparent qui semble indiquer la présence d’un liquide, et sur les bords une marge linéaire de nuance jaunâtre. Ces traînées sont les galeries du cysticerque qu’il est facile de faire sortir par une dissection fine. Celui-ci se montre alors sous la forme d’un sac allongé, offrant à l’une de ses extrémités un point blanchâtre qui est sa tête. Il présente le plus souvent un étranglement moyen qui le divise en deux parties et donne à l’ensemble la ligure de certaines vessies natatoires.

Des cysticerques divers, par conséquent, peuvent envahir le foie, et, lorsqu’ils y sont un peu nombreux, ils y produisent de la cirrhose. Cette affection se rencontre rarement chez l’homme où on a pu trouver près d’un millier de cysticerques sans que le foie fût envahi par ces parasites2.

Actinomycose hépatique.

Le foie est l’un des organes abdominaux où se localise de préférence l’actinomyces; ce parasite, vu d’abord par Lebert ( Iconographie pathologique ), a été étudié dans ces derniers temps avec grand soin partout où il se rencontre, et jusque dans les viscères où sa localisation ne peut nous laisser indifférent.

Étiologie et pathogénie. — Plus commune chez les animaux que chez l’homme, l’actinomycose se voit particulièrement chez les bovidés et les équidés, plus rarement chez les porcs. Assimilée pendant longtemps à une tumeur cancéreuse ou scrofuleuse, elle règne en Russie, en Allemagne, surtout en Bavière, dans quelques cantons de la Suisse, en Grande-Bretagne et en France, de préférence dans la vallée du Rhône et le département du Nord.

Sa cause, longtemps méconnue, a été enfin démontrée par la clinique et par l’expérimentation. On sait aujourd’hui le rôle joué par les graminées dans l’étiologie de cette affection, qui est l’effet de la greffe d’un parasite sur leurs épis, ceux de l’orge en particulier; ainsi s’explique sa plus grande fréquence chez les bovidés, et sa localisation plus spéciale au niveau des gencives, des mâchoires, des intestins et dans le foie.

1. Laulanié, Sur une cirrhose veineuse développée chez le lapin par la présence d’un parasite (le Cyslicercus pisiformis ), etc. ( Journ . des Sociétés savantes, Paris, 21 janvier 1885).

2. C. Davaine, Traité des entozoaires, 2 • édition, Paris, 1877. — E. Lancereaux, Traité d’anatomie pathologique , Paris, 1875-77, t. 1, p- 716.

Fig. 101. — Section d’un foie atteint d’actinomycose et déposé dans l’alcool.

1, a, une des principales masses actinomycosiques, b. veine hépatique, c, veine porte, d, jeunes formations. — 2, amas de granules isolés, — 3, portion de la fig. 1 montrant les cavités renfermant ces granules (J. Harley).

composé surtout de globules lymphoïdes. 11 revêt alors la forme de filaments et doit être regardé comme l’agent reproducteur du parasite; c’est lui qui, par ses variations morphologiques, favorise enfin l’expansion du parasite, car si Bostrom n’a pu déterminer chez les animaux une actinomycose expérimentale, Wolff et Israël sont parvenus à inoculer l’actinomyces dans le péritoine de cobayes

Chez l’homme, l’actinomycose n’a pas d’autre cause, et paraît résulter de la mauvaise habitude qu’ont certaines personnes de la campagne de mâchonner des brins de paille et des épis. Une fois dans l’organisme, le mycélium de l'actinomyces se fragmente, une grande partie de ses segments sont absorbés, tandis que d’autres résistent, se transforment et prolifèrent au sein d’un tissu

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et de lapins. Sacrifiés après cinq semaines, ces animaux ont présenté une lésion localisée, et même, chez l’un d’eux qui survécut un an et demi à l’inoculation, deux foyers métastatiques trouvés dans le foie permirent de suivre l’évolution de cette lésion.

Anatomie et 'physiologie pathologiques. — Le foie atteint d’actinomycose augmente de volume, offre à sa surface une légère saillie ou du moins des adhérences et des changements d,e coloration qui déjà mettent sur la voie d’une altération profonde. Celle-ci se présente, à la suite d’une incision, sous la forme de masses d'un

volume qui varie depuis la grosseur d’une noisette ou d’une noix jusqu’à celle d'une tète de fœtus ; elle est généralement arrondie et laisse échapper un fluide puri-

Fig. 102. — Foyer jeune d’actinomyces vu au microscope.

I. a, zone extérieure teintée en rouge sombre par l’éosine ; 6, zone moyenne colorée en bleu par le bleu de -méthyle ; c, partie centrale d'apparence radiée ; rf, agglomérations de leucocytes; e , tissu fibreux; f, cellules hépatiques comprimées et séparées par un tissu conjonctif jeune.

II. a, filaments de mycélium; b, corps en massue ou sporange dont quelques-uns se prolongent

jusque dans la couche des leucocytes d ; c, leucocytes (Wynne).

forme, comme s’il s’agissait d’un abcès; en y regardant de plus prés, il est facile de reconnaître que ce liquide ne provient pas d’une cavité unique, mais d’un grand nombre de cavités de l’étendue d’un pois ou d’une petite noisette, limitées par un tissu fibreux et dont l’apparence est celle d’une éponge. Les cavités les plus larges sont remplies d’un pus épais qui s’écoule sous une légère pression, les plus petites ont un contenu gélatineux, assez semblable à celui d’un kyste hydatique multiloculaire, de telle sorte que l’ensemble présente en général une disposition radiée donnant à la coupe une apparence étoilée (fig. 101).

Des coupes fines, pratiquées à travers un foyer jeune d’actino-

mycose, permettent de constater, à la limite du parenchyme hépatique, après durcissement dans la liqueur de Müller, l’alcool, et coloration parle bleu de méthyle, l’éosine, etc., l’existence d’une agglomération de leucocytes, limitée par un tissu fibreux se continuant avec le parenchyme hépatique du voisinage. Ces éléments, disposés linéairement et enclavés au sein d’un tissu conjonctif jeune, sont comprimés et atrophiés ; mais au centre de la masse leucocytique, on aperçoit, à un faible grossissement, une tache limitée par une zone étroite, d’apparence radiée, et teintée en rouge par l’éosine ; puis, à sa partie interne, une autre zone colorée par le bleu de méthyle, et enfin une partie centrale ayant, comme les deux zones, une apparence radiée (fig. 102). Vue à un plus fort grossissement, la zone rouge consiste en un grand nombre de corps en forme de massue qui sont vraisemblablement des sporanges, tandis que la zone bleue est formée d’une masse dense de filaments de mycélium, offrant des granulations vers sa partie centrale faiblement colorée.

L’actinomycose hépatique est tantôt primitive, tantôt secondaire à l’altération mycosique d’un autre organe, et, en particulier, ficelle de l’intestin dont le cæcum est le lieu d’élection habituel. Quel que soit son point de départ, le foyer mycosique augmente peu à peu de volume, gagne, dans certains cas, la paroi abdominale, et s’ouvre à l’extérieur par des trajets fistuleux. La rate et les reins sont quelquefois simultanément atteints, plus souvent la plèvre et les poumons, comme s’il y avait propagation du parasite du foie à ces organes.

Symptomatologie . — La percussion du foie permet, en général, de constater un certain degré de tuméfaction de cette glande, et le palper donne la sensation d’une masse plus ou moins circonscrite et indurée. La douleur qui, la plupart du temps, attire avant tout l’attention du malade et du médecin, est provoquée ou exagérée par les efforts, par les mouvements respiratoires et par toute sorte d’exercice. La diminution des forces, un dépérissement lent et progressif lui font bientôt cortège; puis, au bout d’un ou plusieurs mois, apparaissent un état fébrile, revenant surtout vers le soir, une sorte de fièvre de suppuration, suivie de sueurs, et qui, rapprochée de la douleur de l’hypocondre, conduit à soupçonner l’existence d’un abcès hépatique. En fin de compte, surviennent des troubles digestifs : l’appétit diminue et la digestion est difficile ; le malade se maintient néanmoins et s’améliore si le parasite vient à périr. Dans le cas contraire, qui est le plus commun, il continue à maigrir et à dépérir ; des métastases ont lieu du côté de la plèvre et des poumons; ou bien, s'il existe des lésions

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intestinales, il survient de la diarrhée et un dépérissement de plus en plus profond qui emporte le malade, à moins qu’une péritonite suppuréene vienne compliquer cet état et précipiter le dénouement.

L’évolution de l’actinomycose hépatique est, en somme, celle d’une affection chronique; elle offre deux phases successives : une première phase, représentée par des troubles digestifs, de la maigreur, la diminution des forces, etc.; une seconde phase, caractérisée par des accès fébriles et un dépérissement progressif. La guérison est possible, dans le cours de la première phase, lorsque le parasite vient à mourir; autrement, la suppuration devenant de plus en plus abondante, il se produit une sorte de fièvre hectique ou pyémique, qui finit par épuiser le malade. La faible étendue de l’altération préserve des phénomènes d’insuffisance hépatique; mais il n’est pas rare de voir apparaître une péritonite suppurée et rapidement mortelle.

Sémiologie . — Le diagnostic de l’actinomycose hépatique offre de sérieuses difficultés , tant à cause du siège profond de cette affection que du peu de réaction qu’elle détermine. La constatation du parasite sous le champ du microscope est bien un signe pathognomonique; mais cette constatation, à moins d’une fistule, n’est possible qu’à la suite d’une ponction aspiratrice, et celle-ci a de faibles chances de réussite, s’il n’existe une lésion pleurale concomitante. Les abcès, les gommes et les tubercules du foie sont les affections qui se rapprochent le plus de l’actinomycose hépatique. De même que cette dernière, les abcès font saillie à la surface de la glande et déterminent des phénomènes fébriles; mais le liquide qu’on en retire est simplement purulent, tandis qu’il renferme des actinomyces si la tumeur est formée par le parasite. Les gommes, peu saillantes et susceptibles de ramollissement, ne produisent aucun accident fébrile et finissent en général par des cicatrices; quant aux lésions tuberculeuses, elles coexistent presque toujours avec de semblables désordres dans d’autres organes. Cependant, lorsque le parasite envahit simultanément le foie, la plèvre et les poumons, il survient une toux avec expectoration, et le malade présente les allures d’un phtisique, à tel point que la différence dans la localisation anatomique dont le siège ordinaire est la partie inférieure du poumon, devient la base principale du diagnostic, à moins de trouver dans le pus et les crachats les granulations blanchâtres ou jaunâtres de l’actinomyces. Traitées par une solution de potasse, pour les débarrasser des globules de pus, ces granulations laissent apercevoir les filaments radiés du parasite, renflés ou non à leurs extrémités périphériques, et dis-

tincts, par leur disposition et leurs ramifications, des filaments du leptothrix. Si les grains d’actinomycose étaient calcifiés, il suffirait de les traiter par l'acide chlorhydrique pour dissoudre les sels de chaux et apercevoir le parasite. Un examen des plus attentifs est donc nécessaire pour arriver à reconnaître l’actinomycose hépatique pendant la vie, et il n’y a pas lieu d’être surpris si, dans la plupart des cas, cette affection n’a été reconnue qu’à l’autopsie.

Le pronostic de l’actinomycose du foie est des plus sérieux, car la guérison que certaines cicatrices hépatiques permettent de supposer, est, pour le moins rare, et la mort doit être considérée comme étant la règle dans l’actinomycose des organes abdominaux, bien qu’il soit permis de compter sur la guérison tant que l’affection reste locale et accessible aux moyens chirurgicaux.

Prophylaxie et thérapeutique. — L’expérience ayant démontré que l’actinomyces, avant sa pénétration dans l’organisme humain, a son siège sur certaines graminées, il est nécessaire d’en instruire le public, si on veut le préserver du danger qu’il peut courir en mâchonnant des brins de paille ou des épis ; mais, en outre, on aura soin de prévenir les personnes appelées à soigner des animaux atteints d’actinomycose, de la possibilité d’une propagation de cette affection, chose relativement commune à la campagne. Le parasite n’infectant pas la viande de bœuf, celle-ci peut être ingérée impunément; il n’en est pas de même de celle du porc qui, en vertu d’une prédisposition spéciale, peut offrir des dangers semblables à ceux de la trichinose; aussi, malgré l’extrême rareté de cette localisation, convient-il d’en interdire l’usage.

Le traitement de l’actinomycose est médical et chirurgical : le traitement médical a un double but, qui est de s’opposer au développement du parasite et de soutenir les forces du malade. L’iodure de potassium, expérimenté par Nocard sur les bœufs atteints de cette affection, est, jusqu’ici, le seul agent auquel on ait reconnu une action efficace. Ses bons effets sont nombreux, et, lorsqu’il s’agit de la localisation de l’actinomycose sur le foie, l’usage s’en trouve tout indiqué; la dose en est de 3 à 6 grammes dans les vingt-quatre heures, à la condition qu’il soit supporté. En cas d’insuccès du médicament, il reste à pratiquer la laparotomie, opération qui éclairera le diagnostic, s’il est incertain, et permettra, en outre, après avoir attiré le foie vers la paroi abdominale, de pratiquer le grattage du foyer actinomycosique et de le cautériser ensuite, sinon de le réséquer.

PARASITISME DU FOIE

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Distomatose hépatique.

Relativement commun chez le bœuf et le mouton, où il engendre une maladie désignée sous le nom de 'pourriture ou cachexie aqueuse, le distome du foie se voit rarement, chez l’homme. Trois espèces connues y ont [été cependant observées : le distoma hepaticum , le distoma lanceolatum , le distoma crassum; cette dernière, presque toujours chez des individus venant du sud de la Chine.

Étiologie et pathogénie. — La cause de la cachexie aqueuse du mouton est nettement établie depuis le jour où il a été reconnu que l’hote intermédiaire qui donne asile à l’embryon du distome hépatique est un petit mollusque amphibie, le lymnaeus trunculatus, habitant les prairies humides ou inondées. Sorti des conduits biliaires du mouton et rejeté par les fèces, l’œuf du distome donne naissance à l’embryon; mis en liberté dans l’eau après la chute de l’opercule qui recouvre le pore de sortie, celui-ci, pourvu de taches visuelles très sensibles à l’action de la lumière, et sous forme de fuseau, se meut au moyen de filaments ciliaires. Arrivé au contact d’un lymnaeus trunculatus , il en perfore la coquille au moyen de sa papille céphalique et se loge à l’intérieur. Là il se transforme en sporocyste, puis en cercaire qui gagne le foie aux dépens duquel il se nourrit, s’enkyste et demeure inactif jusqu’au

moment où il est avalé par le mouton. Le suc gastrique de ce dernier dissout l’enveloppe kystique et le parasite gagne les voies biliaires où il atteint son parfait développement.

Cette évolution complète, bien établie pour le mouton, ne diffère certainement pas chez l’homme où ce même parasite, introduit dans le tube digestif par les légumes crus ou par l’eau de boisson, parvient à l’état de cercaire dans l’intestin, et passe ensuite dans les voies biliaires où il demeure et achève son développement. Semblables évolution et transformation ont lieu pour le distome

lancéolé et aussi, pour le distoma sinense. Baelz, en effet, a décrit, sous le nom de douve endémique ou pernicieuse, un helminthe très fréquent dans certains villages du Japon, bâtis sur un sol vaseux récemment conquis sur la mer. Les habitants de ces villages, qui cultivent le riz, n’ayant d’autre eau

Anatomie et physiologie pathologiques . — La douve (fig. 103) fixe son habitat chez l’homme, comme chez les animaux, dans les voies biliaires. Les désordres anatomiques qui résultent de sa présence se traduisent par l'ectasie partielle ou généralisée, avec ou sans hypertrophie des canaux et de la vésicule du fiel, le plus souvent remplis d’une matière

râlement peu modifié; et, cependant, il était sclérosé, dans un cas rapporté par Bostrom, où cette lésion tenait tout à la fois à la présence des distomes et à la rétention de la bile. Baelz a constaté, dans l’épaisseur des parois de la vésicule et des conduits biliaires, des dilatations kystiques de la grosseur d’une noisette ou d’une noix, renfermant des centaines de petits vers rougeâtres, communiquant avec les voies biliaires, et atrophiant le tissu hépatique voisin.

Symptomatologie . — Les phénomènes, liés à la présence de la douve dans les canaux du foie de l’homme, se manifestent par un appétit déréglé, vorace, par la sensation d’une pression gravative, cuisante à l’épigastre, et par un certain degré de tuméfaction de la glande avec léger ictère et splénomégalie. Plus tard, il

potable que 'celle de leurs fosses d’irrigation, lui ont paru prendre le parasite en buvant cette eau, puisque, à une faible distance dans l’intérieur, où l’eau potable est meilleure, l’endémie parasitaire est inconnue, malgré la similitude des aliments.

l’œufsurmonté de mucilagineuse, jaunâtre, composée d’épithéliums son opcicule' cylindriques et d’œufs de distomes. Le foie est géné-

son opercule.

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survient une diarrhée sanguinolente, incoercible, de l’ascite, de l’anémie, de l’œdème des membres inférieurs et un dépérissement progressif, sorte de cachexie analogue à celle qui s’observe chez les animaux.

L’évolution de ces accidents est lente et chronique, leur durée, variable, oscille entre une ou plusieurs années. La guérison est spontanée lorsque les douves, parvenant à s’échapper des voies biliaires, sont expulsées parles fèces. C’est ce qui arriva chez un émigrant hindou qui, ayant rendu en dix jours trente-trois douves du foie, se trouva guéri d’une dysenterie jusque-là traitée sans succès (Pfihl); mais, en général, la mort survient à la suite d’un dépérissement excessif, au milieu de symptômes présentant de grandes analogies avec ceux de la rétention biliaire.

Sémiologie . • — Un seul signe permet de diagnostiquer sûrement la distomatose, c’est la présence des distomes ou de leurs œufs dans les fèces. En dehors de ce signe, un certain doute est toujours possible, malgré la tuméfaction du foie, la teinte plus ou moins ictérique des téguments, les troubles digestifs, l’amaigrissement et l’anémie. Le pronostic de cette affection est sérieux, attendu que la guérison spontanée en est rare.

La thérapeutique de la distomatose hépatique laisse à désirer; le fer et l’iode sont, avec une bonne hygiène, les meilleurs moyens à lui opposer; mais il y aurait lieu de chercher une substance qui par son élimination à travers les voies biliaires pût amener l’expulsion du parasite.

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Hématobiose et cirrhose parasitaire du foie.

Découvert par Bilharz en 1851, le ver trématode, connu sous le nom de distome hématobie, a pour siège d’élection les veines de la vessie, les uretères, et parfois aussi le système de la veine porte. La femelle, relativement mince, plus difficile à trouver que le mâle, est toujours accolée à ce dernier dont le corps, aplati, à bords repliés sur le ventre, forme une sorte de canal où elle se loge; d’où le nom de canal gynécophore et celui de gynecophoru.s haematobhis donné à ce parasite (fig. 104).

Bilharz a trouvé ce ver à l’intérieur de la veine porte, de ses rameaux et de ses racines, exemple la veine splénique; Sonzino a pu compter jusqu’à quarante distomes dans ce même vaisseau, en ayant soin de le lier en double et de détacher le foie et les autres viscères, de façon à éviter tout dégorgement de sang. Mais, les inconvénients de ce parasite ne proviennent pas tant du fait de sa présence que de celle de ses œufs. Parvenu à l’état adulte, après avoir accompli la copulation, il se loge, en effet, dans quelques petites veines où s’accomplit l’ovulation. Les œufs, émis en quantité innombrable, remplissent les vaisseaux du voisinage, les distendent, les rompent, et, de là, des hémorragies; mais, parfois aussi, ils s’en échappent sans amener de rupture, s’infiltrent dans les tissus, déterminent des désordres divers, et en particulier une sclérose plus ou moins accentuée.

PARASITISME DU FOIE

Anatomie et physiologie pathologiques . — La sclérose du foie, liée à la présence des œufs du distome hématobie, a été plusieurs fois observée; elle se manifeste par la tuméfaction et l’induration du parenchyme hépatique; j’ai pu l’étudier au musée pathologique de l’hôpital Saint-Barthélemy, à Londres, où se trouve un joli spécimen de cette altération provenant d’un Arabe mort à l’hôpital d’Alexandrie. Dans ce cas, le foie est non seulement sclérosé dans sa plus grande étendue, mais les poumons et la rate sont atteints de la même lésion.

Kartulis est parvenu à suivre la migration des œufs du distome

Fig. 104. — A. Distome hématobie mâle et femelle, fortement grossis, d’après Bilharz. ak, la femelle et son corps vu par transparence dans le canal gynécophore. i ;j h , le mâle. B, a b , œufs ; de distome hématobie provenant de la vessie, et entourés de mucus ; — c, embryons ciliés.

hématobie dans le rein, comme aussi dans les divisions de la veine porte où il les a ligurés. La glande hépatique, généralement augmentée de volume, se fait remarquer par l’induration, la résistance et I élasticité de son parenchyme; les œufs, en petit nombre, se voient surtout dans les divisions de la veine porte, au niveau des espaces de même nom, et à la circonférence des lobules; en sorte que la cirrhose, déterminée par leur présence, n’est pas sans quelque analogie avec la cirrhose veineuse du buveur et ne s’en distingue que par la grande irrégularité qui résulte de l’inégale répartition du parasite.

Symptomatologie . — Les phénomènes propres à cette affection, d’ordinaire, peu accusés, consistent en troubles digestifs, inappétence et dyspepsie; mais ces symptômes sont le plus souvent effacés par ceux qui se rapportent aux désordres simultanés des voies urinaires, des poumons, etc. La tuméfaction de la rate et la

plupart des désordres de la cirrhose vulgaire : météorisme, ascite et ictère apparaissent d’ordinaire sitôt que la cirrhose est constituée. Celle-ci évolue d’une façon lente, progressive, sans fièvre, et devient dangereuse surtout par la gène circulatoire de la veine porte.

Sémiologie. — Le diagnostic de cette cirrhose parasitaire serait des plus difficiles, si on n’était mis sur sa voie par l’existence des principaux troubles dus à la présence du distonie hématobie dans les voies urinaires, et surtout par l’hématurie ; les signes qui lui sont propres ne différant pas d’une façon sensible de ceux de la cirrhose ordinaire, l’évolution devra être prise en considération.

Cette affection est des plus sérieuses; car, à part les cas de mort du parasite, elle est habituellement fatale. Si le distome vient à périr dans les grosses veines, il ne survient aucun accident fâcheux, et la guérison est, alors, spontanée.

Prophylaxie et thérapeutique . — Les conditions de pénétration du distome hématobie dans l’organisme humain, n’étant pas jusqu’ici nettement déterminées, rendent difficile toute mesure prophylactique. Il est vraisemblable, toutefois, que le mécanisme de cette pénétration ne diffère pas de celui des autres vers de même classe et que ce distome, rendu avec les déjections, à l’état d’œuf ou d’embryon, trouve dans un organisme inférieur un milieu favorable pour accomplir sa seconde évolution ; malheureusement, cet organisme demeure inconnu, comme aussi la nature des aliments ou des boissons qui peuvent servir à son introduction chez l’homme vivant. En Egypte où ce ver règne à l’état endémique, les médecins conseillent avec raison de ne boire l’eau du Nil que parfaitement filtrée, et de ne manger de fruits et de salades qu’après un lavage complet.

Plusieurs substances ont été mises en usage pour débarrasser l’organisme du distome hématobie et, particulièrement, l’acide phénique en injections dans la vessie, mais l’intolérance de l’organe pour ce médicament a dû en faire supprimer l’emploi. La térébenthine n’a pas mieux réussi, et, pourtant, cette substance est peut-être celle qu’il serait possible d’opposer avec le plus de succès à la cirrhose hépatique provenant de ce ver.

Sonzino. La bilharzia hæmatobia et son rôle pathologique en Égypte. ( Archiv . gén. de méd. Paris, 1876, t. I, p. 652.) — Zancarol. Contribution à l'étude du distoma hæmatobium (Soc. méd. des hôpitaux. Paris, 1884 [23 juillet], p. 306.) — Kartulis. TJeber das Vorkommen der Eier des Distomum hæmotobium Bilharz in den Unterleibsorganen. ( Archiv f. path. Anat. und Physiol. Berlin, 1885, t. XCIX, p. 139, 1 pl.)

PARASITISME DU FOIE

Pentastome.

Deux espèces distinctes, le pentastoma denticulatum et le pentastoma constrictum, ont été observés dans le foie de l’homme. Primer1, pour la première fois, constata au Caire la présence, dans le foie de deux nègres, d’un parasite que Bilharz et Siebold qualifièrent de pentastoma constrictum. Depuis lors, Girard a présenté, à la Société de Biologie, ce même parasite recueilli dans le foie d'un tirailleur sénégalais brusquement décédé avec des symptômes de méningite aiguë. Les méninges ne renfermaient que des pneumocoques, mais le foie et le mésentère étaient bourrés de petits kystes dans lesquels existaient des parasites animés de mouvements lents et mesurant 18 à 22 millimètres de long.

Zenker observa plusieurs fois à Dresde, chez des individus âgés de vingt et un à soixante-quatorze ans, le pentastome denticulê que Wagner retrouva à Leipzig, Heschl à Vienne et Frerichs à Breslau. Ce parasite a son siège à la surface du foie où il est renfermé dans un petit kyste fibreux ayant grande tendance à s’infiltrer de sels de chaux ; aussi avonsnous pensé, depuis longtemps, que telle était Fig. îos. — Pentastome l’origine de tubercules ou noyaux calcaires,

denticuie fortement rencontrés par nous, dans plusieurs autopsies,

grossi. . 1 1

(Un trait placé sur le côté à la SUltaCe dll foie.

marque la grandeur Le penf.astome denticulê est, comme Leu-

naturelle.i i

ckart2 l’a démontré expérimentalement, le premier degré du pentastome qui vit dans les fosses nasales et les sinus frontaux du chien et d’autres animaux. Son corps est blanc, lancéolé, aplati, long de 4 à 6 millimètres, large de 1 à 2 millimètres, strié ou ridé transversalement, denticulê sur les bords en avant, et armé de lamelles ou épines implantées sur le tégument au moyen d’un pédicule tubulé (fig. 105). L’extrémité obtuse présente en-dessous une bouche elliptique, portant de chaque côté une paire de crochets, un peu inégaux, dirigés d’avant en arrière. Le pentastome étreint ( pentastoma constrictum )

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