LIVRE II
ÉTUDE SPÉCIALE
Introduction historique. — Classification et Bibliographie générale.
Les anciens se préoccupaient peu ou pas du pancréas. Cependant Hérophile, Eudemius, Rufus d’Ephèse et Galien avaient une vague idée de cette glande. Au xvne siècle, Gaspard Aselli (1627) la confondait avec une agglomération de ganglions mésentériques, mais en 1642, J. M. Holïmann et G. Wirsung découvraient le conduit pancréatique, le premier sur un coq d’Inde, le second chez l’homme, et, vingt-deux ans plus tard, Renier de Gi’aaf commençait l’examen des propriétés et des usages du pancréas.
Il n’y a pas lieu d’être surpris de l’ignorance des médecins de l’antiquité et dumoyenâge, puisque, même àcette dernière époque, on manquait de données certaines sur la physiologie et sur l’anatomie pathologique des organes. Ce qui étonne, c’est plutôt le contraste entre le silence des anciens et l’importance exagérée, attribuée au pancréas par les écrivains du xvie siècle, dont les opinions ne reposaient, malgré tout, sur aucune observation exacte. Higmore regardait le pancréas comme le siège et l’origine de l’apoplexie et de la paralysie ; Sylvius de le Roë, comme celui de l’hystérie; Fernel, plus sévère dans ses observations, n’en faisait pas moins, avant ces auteurs, le point de départ de Thypochondrie et de la mélancolie. De Graaf accordait aux lésions de cette glande une influence sur la production des fièvres intermittentes, et Riolan sur la plupart des maladies. Ainsi, on était parvenu à faire jouer au pancréas, à l’instar de la glande hépatique, un rôle plus ou moins important dans la genèse des affections de l’organisme humain. Mais, cette fois encore, les théories devaient
s’évanouir devant l’observation des faits; car, il n’en fut plus question le jour où on se mit à chercher sérieusement les altérations des organes. L’anatomie pathologique, à peine naissante, fut encore une fois le flambeau de la pathologie; c’est, en effet, par son intermédiaire, qu’il est possible d’arriver au déterminisme rigoureux des affections du pancréas.
Quelques médecins : Percival, Abercrombie, R. Briglit, en Angleterre; Bécourt, Mondière, Ancelet, en France; Harles, Engel, Klebs et plusieurs autres, en Allemagne, ont rapporté des faits intéressants d’altération de cette glande; mais ces faits, réunis pour la plupart par Ancelet, ne donnent qu’une faible idée de la pathologie du pancréas. Celle-ci restait donc à faire, en grande partie du moins, quand en 1877, je communiquai à l’Académie de médecine, avec pièces anatomiques à l’appui, plusieurs observations de lésions graves de cet organe, accompagnées de diabète, et, m’appuyant sur les caractères et l’évolution rapide de ce syndrome, je démontrai l’existence d’une relation de cause à effet entre ces lésions et le diabète. Ce fait, entièrement nouveau, devait forcément froisser certains esprits qui se contentèrent de le nier. La démonstration n’était pas moins des plus claires pour nous qui pensons que la pathologie n’est qu’une série d’expériences faites par la nature, et que l’observation clinique conduit à une certitude non moins absolue que l’expérimentation. Aussi, à partir de cette époque, je ne cessai d’enseigner que les altérations graves du pancréas avaient pour conséquence une glycosurie abondante et spéciale que je désignais sous le nom de diabète maigre ou encore sous celui de diabète pancréatique .
En 1879, un de mes meilleurs internes, le Dr Lapierre, de Sedan, prenait, pour sujet de thèse, cette question qu’il s’appliqua à développer d’après mon enseignement, comme le firent plus tard plusieurs autres de mes élèves1. En 1888, je revins sur le même sujet, avec de nouvelles observations, absolument semblables aux précédentes, et j’arrivai à la même conclusion, à savoir que la destruction du pancréas donne naissance à un diabète maigre des plus graves. En 1889, deux expérimentateurs, VonMering et Minkowski inspirés par nos recherches cliniques, confirmèrent cette proposition, et de ce moment date une nouvelle phase de l’étude pathologique du pancréas, basée sur la connaissance d’un syndrome qui permet de mieux reconnaître ses altérations.
1. Voyez les thèses des Drs Boutard, Des différents types de diabète sucré, Paris, 1891. — Bernstein-Kohan, Du diabète traumatique , Paris, 1891. — J. Thiroloix, Le diabète pancréatique, Paris, 1892. — P. Bielooussoff, Le diabète sucré chez les enfants, Paris, 1894.
Appuyé sur l’étude des faits observés par nous depuis vingt ans, nous essayerons d’apporter quelque clarté dans l’étude des affections pancréatiques, et, pour cela, nous suivrons la division qui nous a servi pour l’étude des affections hépatiques (voy. p. 122), ce qui est bien naturel, puisque le foie et le pancréas sont deux glandes construites sur un même canevas. En conséquence, nous passerons successivement en revue les anomalies de formation, les anomalies de nutrition , de circulation, à' innervation et les anomalies accidentelles , de façon à embrasser toute la pathologie du pancréas.
Enfin, pour compléter l’esquisse historique qui précède, nous renverrons le lecteur aux indications bibliographiques qui suivent :
BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE
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