II. — ATROPHIE DU PANCRÉAS
L’atrophie vraie du pancréas, c’est-à-dire l’atrophie sans désordres matériels, qui a pour caractère la simple diminution de volume des éléments glandulaires, est un état à peu près aussi rare que l’hypertrophie du même organe. Générale, elle se rencontre chezle vieillard, maisle plus souvent elle coexiste avec des modifications des éléments glandulaires. Le pancréas, revenu sur lui-même, est aminci, souvent induré et d’un poids inférieur à son poids normal. Lesacini, ratatinés, sont d’un brun jaunâtre. Semblable aspect s’observe encore dans les maladies anciennes, le cancer, la paralysie générale des aliénés, etc. Cette atrophie, chez l’adulte, consiste en une diminution de volume du parenchyme glandulaire qui, le plus souvent, ne reçoit plus une quantité suffisante de sang, par suite ou bien d’un rétrécissement vasculaire ou bien d’une compression portant tout à la fois sur les canaux et sur le tissu glandulaire lui-même. Ivlebs prétend que le pancréas est souvent atrophié dans le diabète sucré; mais, il serait plus exact de dire qu’il est petit, diminué de poids et de volume. Effectivement, s’il est fait mention de la longueur et de l’épaisseur de cette glande dans les faits qu’il cite, l’examen histologique est négligé, et nous ne pouvons considérer la dégénération graisseuse avec diminution de volume d’un organe, comme une atrophie proprement dite ; c’est là, du reste, une altération que nous étudierons plus loin.
L’atrophie partielle est l’etfetde causes semblables, mais moins étendues, à savoir d’une modification des nerfs ou des vaisseaux. Une diminution plus ou moins considérable du produit de sécrétion est la conséquence de l’atrophie générale ou partielle de la glande pancréatique ; cette conséquence, étant donnée la faible intensité du désordre anatomique, n’a d'ordinaire aucun inconvénient sérieux, en sorte que l’atrophie comme l’hypertrophie du pancréas sont des états que le clinicien ne diagnostique pas et que l’anatomopathologiste même parvient rarement à reconnaître et à différencier.
Castelain, Hypertrophie du pancréas. (Bull. mëd. du Nord, Lille, 1863, sér. 2, t. IV, p. 30.) — Klebs, Handb. der pathol. Anatomie, Berlin, 1868, p. 536.
Article II. — Phlegmasies du Pancréas ou Pancréatites.
L’étude de ces affections a suivi celle des phlegmasies des autres organes, bien que le pancréas, autrefois comme aujourd’hui, fût quelque peu négligé dans les autopsies. Depuis le commen-
cernent du siècle pourtant, un certain nombre d’auteurs se sont appliqués à décrire des pancréatites ; mais les divisions de ces affections et l’absence d’examen histologique n’étaient pas de nature à les faire connaître. Les travaux les plus récents, euxmêmes, n’ont pas apporté la clarté dans la question, car il ne suffit pas de dire qu’une pancréatite est hémorrhagique, parce qu’il existe un certain nombre d’extravasats sanguins à la surface ou dans la profondeur du parenchyme glandulaire, pas plus que de la déclarer infectieuse sous prétexte qu’on y aura trouvé quelques microbes. Il faut, pour convaincre l’homme de science, indiquer la cause de l’altération, sa localisation élémentaire et son évolution, et, s’il s’agit d’un état infectieux, montrer la relation qui existe entre cet état et la phlegmasie pancréatique.
Les causes de ces phlegmasies, insuffisamment connues, devront être passées sous silence dans plusieurs cas, et, bien qu’elles soient la base naturelle de leur division, nous devons, pour l’instant, établir celle-ci sur l’anatomie pathologique ; c’est pourquoi nous classerons les pancréatites, comme les hépatites, d’après leur localisation histologique, sous deux chefs principaux, et nous décrirons successivement: 1° des ■pancréatites épithéliales ; 2° des pancréatites conjonctives.
§ I. — PANCRÉATITES ÉPITHÉLIALES
Cette dénomination nous sert à désigner les affections spécialement localisées au tissu acineux et caractérisées par une infiltration albumino-fibrineuse, ou tuméfaction trouble des cellules sécrétoires du pancréas, se terminant par la résorption de l’exsudât ou encore par la nécrose de ces éléments.
Moins bien étudiées jusqu’ici que les phlegmasies épithéliales du foie, ces affections sont suffisamment connues pour qu’il soit possible de les rapprocher de ces dernières et de les classer de la même façon. Elles constituent, en effet, un genre distinct qui, en raison de la nature variable des agents étiologiques, comprend des espèces diverses, assez semblables à celles des hépatites épithéliales décrites plus haut. Elles proviennent, en effet, les unes de l’action d'un poison sur le pancréas, les autres de celle plus ou moins directe d’un agent microphytique sur cette même glande ; aussi, de même que les hépatites, les pancréatites éphithéliales sont classées par nous de la façon suivante : pancréatites toxiques; pancréatites microphy tiques.
PANCRÉATITES ÉPITHÉLIALES.