I. PANCRÉATITES TOXIQUES
Ces affections, peu étudiées et fort mal connues, en raison de l’oubli dans lequel est généralement tenu le pancréas, se rencontrent cependant dans un certain nombre d’empoisonnements, et ne peuvent être entièrement passées sous silence.
Anatomie pathologique. — Les intoxications pbosphorée, arsenicale, antimoniée, etc., produisent, en effet, du côté du pancréas des lésions qui, pour être moins accusées que celles du foie, sont néanmoins indiscutables. Elles consistent dans un léger degré de tuméfaction de cette glande qui perd de sa consistance, revêt une teinte jaunâtre et présente un plus ou moins grand nombre de petites ecchymoses sous-péritonéales.
Vus au microscope, les acini glandulaires se font remarquer par une faible tuméfaction, et par une infiltration granulo-graisseuse des cellules épithéliales, plus ou moins réfringentes. Ces cellules, tuméfiées et parfois déformées, continuent à fonctionner, du moins dans la majorité des cas; pourtant, il n’est pas impossible qu’elles finissent par une destruction, ce qui permet, sans doute, de se rendre compte de la glycosurie constatée dans un certain nombre d’empoisonnements, et principalement dans ceux qui sont produits par les substances dites stéatogènes ’.
Arnozan et Vaillard qui ont décrit des altérations du pancréas à la suite de l’empoisonnement par le sublimé, chez le lapin, ont eu leur attention attirée sur l’état des canaux excréteurs qui étaient injectés, plutôt que sur les éléments glandulaires; mais il est permis de penser que la glycosurie, observée dans quelques cas, à la suite de l’administration du mercure, a dû avoir pour origine l’altération de ces éléments plutôt que celle de leurs conduits excréteurs.
Symptomatologie . — Les symptômes propres à ces lésions, toujours confondus avec ceux des altérations des autres organes, ont été trop peu étudiés pour qu’il soit possible d’en parler avec assurance. Toutefois, ils sont de deux ordres : digestifs et nutritifs. Les premiers se traduisent par de l’inappétence et la presque impossibilité de digérer, les seconds, par de la glycosurie. Leur évolution varie avec la gravité du poison.
Sémiologie. — Ces accidents doivent être soupçonnés, dans certains cas, où des désordres avancés donnent naissance à des troubles digestifs caractérisés par un dégoût excessif des aliments. Mais
I . Consultez : Cartier, thèse de Paris, 1891, et Un.méd., Paris, 1892, t. I, p. 67. — Laur, La glycosurie dans l’empoisonnement phosplioré (Wien. /clin. Wochenschrift., n°2, 1898).
le moyen le plus sûr de s’assurer pendant la vie qu’un poison, dont la propriété est de modifier les tissus épithéliaux a pu altérer les cellules du pancréas, est de rechercher le sucre dans les urines, car, la plupart du temps, sa présence suffira au diagnostic.
Le pronostic des pancréatiques toxiques est des plus sérieux, attendu que ces lésions font toujours cortège à de graves désordres du foie et d’autres viscères. Leur traitement ne diffère pas de celui qui s’adresse à l'empoisonnement général (voy. Hépatites toxiques, p. 159).