‹ Traité des maladies du foie et du pancréasChapitre 132 sur 178 · II. PANCRÉATITES 31 1 C R OP H YT I QU E S · texte numérisé non relu

II. PANCRÉATITES 31 1 C R OP H YT I QU E S

Étiologie et pathogéniè . — Les fièvres éruptives malignes, les fièvres entéro-mésentérique, pneumonique grave, la fièvre jaune, le choléra, la pyémie, la plupart des septicémies, et la tuberculose miliaire aiguë sont autant de maladies, dans le cours desquelles, il arrive d’observer des localisations sur les épithéliums du pancréas. Bien qu'insuffisamment étudiées, ces localisations, semblables à celles qui, dans les mêmes conditions, atteignent les cellules hépatiques, ne peuvent être mises en doute. Attribuées tout d’abord à l’action des microbes sur les éléments épithéliaux, les désordres pancréatiques, survenant dans ces conditions, sont considérés aujourd’hui, avec plus de raison, comme des effets des toxines microbiennes. Cette explication, assez plausible, s’appuie d’ailleurs sur des expériences pratiquées chez différents animaux, et qui ont permis de reproduire ces lésions par des injections de toxines.

Anatomie pathologique . — Le pancréas présente, dans ces diverses maladies, des caractères assez semblables. A peine plus volumineux qu’à l’état normal, il est comme boursouflé, rosé ou rouge par suite de la distention de ses vaisseaux, et, en dernier lieu, pâle et comme anémié. Sa consistance, diminuée, est un peu molle, et la coupe qu'on y pratique laisse échapper un liquide sanguinolent. Les cellules glandulaires, vues au microscope, troubles, tuméfiées, infiltrées d’un exsudât albumino-fibrineux, sont pourvues d’un ou de deux noyaux; elles présentent d’abord des granulations grisâtres albuminoïdes qui, plus tard, deviennent réfringentes et manifestement graisseuses, puisqu’elles se dissolvent sous l’action de l’éther.

Ces lésions ont une évolution en rapport avec celle de la maladie générale dans le cours de laquelle elles se manifestent . Leur terminaison habituelle est la résolution ; celle-ci s’opère par la transformation de l’exsudât cellulaire et par sa résorption. Dans quelques

PANCRÉATITES ÉPITHÉLIALES.

cas, pourtant, les éléments épithéliaux, altérés, sont détruits et leurs fonctions abolies; c’est alors qu’il est possible de constater la présence du sucre dans l’urine des malades, mais cette constatation est très rare.

Symptomatologie. — Les phénomènes que déterminent ces diverses pancréatites passent le plus souvent inaperçus, confondus qu’ils sont, avec ceux des maladies dans le cours desquelles elles se déclai’ent; aussi n’y a-t-il pas lieu d’être surpris de la rareté de leur diagnostic. Le pancréas, à peine tuméfié, ne donne lieu à aucun phénomène physique ; les troubles fonctionnels s’accusent simplement par un dégoût prononcé pour tout aliment, par un état nauséeux et rarement par des vomissements et de la diarrhée. Dans quelques cas, il existe de la douleur à l’épigastre, de l’angoisse et des défaillances, qu’il n’est pas possible d’attribuer à une péritonite. Ces derniers phénomènes, à la vérité, sont fort rares; il en est de même de la glycosurie qui, sans être abondante comme dans certains cas de sclérose avec destruction du pancréas, n’aurait pas moins une certaine importance, si on se donnait la peine de la chercher plus souvent, à la fin des maladies fébriles qui offrent tout à coup des phénomènes inquiétants.

La marche des désordres pancréatiques dans les maladies qui nous occupent n’est pas très bien connue; nous savons, toutefois, que ces lésions ont une évolution aiguë, et que, la plupart du temps, elles se terminent par la résorption de l’exsudât cellulaire fibrino-albumineux. et par le retour à l’état normal. Peuvent-elles aboutir à la destruction totale des cellules glandulaires et devenir une cause de mort? C’est là une question qui n’a pas encore été nettement résolue, ce qui paraît tenir surtout au défaut de recherche du glycose des urines, dans les maladies graves d’origine infectieuse, et à l’habitude acquise de mettre sur le compte de la fièvre la plupart des accidents qui s’y rencontrent.

L’attention une fois appelée sur ces points, il n’est pas douteux que de nouvelles recherches finiront par les éclairer ; et peut-être trouvera-t-on un jour que l’altération du pancréas contribue parfois à la mort dans les maladies microbiennes, celle-ci étant toujours le fait d’un trouble organique.

Sémiologie. — Le diagnostic des pancréatites microphytiques est des plus obscurs, en raison de la difficulté qu’il y a à séparer les phénomènes qui leur sont propres de ceux de la maladie principale. Aucun signe certain ne nous permet d’affirmer leur existence, si ce n’est la glycosurie ; mais, ce signe est rare et il ne nous est pas démontré qu’il ne puisse exister en dehors de toute affection

pancréatique. Les vomissements, la diarrhée, l’inappétence absolue, les défaillances sont des'symptômes trop fréquents et trop communs pour autoriser à admettre sûrement une pancréatite épithéliale.

Le pronostic de ces affections est, en somme, peu grave, puisque la guérison en est la règle et qu’elle survient habituellement avec celle de la maladie générale dont le désordre pancréatique dépend.

Thérapeutique . — Le traitement des pancréatites microphitiques est des plus pauvres, ce qui se comprend, puisque nous ignorons encore leurs conditions pathogénique, et que nous ne connaissons aucun agent susceptible de s’adresser aux altérations des éléments épithéliaux du pancréas ou à leurs causes. La première chose à faire, toutefois, est de combattre la maladie qui engendre ces désordres, afin de s’opposer aux principaux accidents qu’elle détermine, après quoi il y a lieu de calmer la douleur par les narcotiques. Les boissons gazeuses seront opposées aux vomissements, les stimulants diffusibles et les révulsifs cutanés trouveront leurs indications, s’il survient des défaillances, de la prostration, etc. Les urines devront être surveillées avec grand soin, et toutes les fois qu elles seront en défaut, il y aura lieu de prescrire des diurétiques ou môme des purgatifs.

Louis. Rech.path. et thérap. sur la fièvre typhoïde. Paris, 1829. — Conti (P.). Intorno l’inflammaz. del pancréas , osservata durante una costituzione epidemica di parotiti. {Bull. d. sc. med. di Bologna, 1837, sér. 2, t. III, p. 3-12.) — Hoffmann (C. E. E.). Untersach. über die pathol. anal. Verdnderungen d. Organ. bel Abdominaltyphus, 1869. — Norman Moore. Pathological observât, on the pancréas (St-Bartholomew's Hosp. Reports. London, 1882, p. 207.) — Stofnikow. Zur Lehre von der Function. des Pankreas im Fieber. {Archiv fiir path. Anat. und Physiol. Berlin, 1882, t. LXXXIX, p. 389.)

§ IL — PANCRÉATITES CONJONCTIVES

Spécialement localisées au tissu conjonctivo-vasculaire du pancréas, ces affections offrent deux genres anatomiquement distincts et caractérisés : l’un, par la présence d’un liquide purulent, l’autre, par la formation d’un tissu conjonctif jeune qui tend à s’organiser en tissu de cicatrice. Au premier, se rapportent les pancréatiques suppuratives ; au second, les pancréatites prolifératives ou scléreuses.

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