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CHAPITRE IV

ANOMALIES D’INNERVATION OU NÉVROPATHIES PANCRÉATIQUES

Appareil de sécrétion, le pancréas est formé d’éléments épithéliaux ou cellules sécrétoires, de vaisseaux qui apportent à ces éléments les matériaux nécessaires à leur fonction et à leur nutrition, enfin d’un appareil nerveux qui préside à l’action et au jeu réciproque de chacune de ces parties.

Nous venons de voir que les altérations étendues des éléments glandulaires du pancréas déterminent l’insuffisance fonctionnelle de cette glande et l’apparition du syndrome diabète maigre; mais le fonctionnement de ces éléments étant sous la dépendance du système nerveux, il est facile de concevoir que des lésions matérielles ou de simples troubles fonctionnels de ce système peuvent conduire au même résultat.

Si on en juge par ce qui se passe dans d’autres glandes, le pancréas possède au moins deux sortes de nerfs : les uns vasomoteurs, les autres sécréteurs. Les nerfs vaso-moteurs sont constricteurs ou dilatateurs, et, l'on peut croire que les nerfs sécréteurs sont appelés à régir les uns la sécrétion externe, les autres la sécrétion interne. Malheureusement, l'existence de la plupart de ces nerfs n’est que soupçonnée et nous ne pouvons donner qu’un résumé de ce que l’on en sait. Cl. Bernard découvre, dans le bulbe, le centre fonctionnel de l’appareil glycogène; plus tard, Chauveau et Kauffmann décrivent, à ce même niveau, deux centres distincts : Lun excito-sécréteur du pancréas, l’autre fréno-sécréteur du foie; ils placent dans la moelle épinière le centre excito-sécréteur de cette dernière glande, mais ne disent rien du centre fréno-sécréteur du pancréas. Mo rat et Dufourt considèrent le sympathique comme

la voie centrifuge des excitations sécrétoires de l’appareil hépatopancréatique, et le pneumogastrique comme celle que suivent les incitations fréno-sécrétoires.

De ces faits, retenons simplement qu’il y a dans le bulbe un centre nerveux présidant au fonctionnement du pancréas, en tant que glande à sécrétion interne, et que de ce centre partent des filets nerveux, contenus les uns, dans le grand sympathique, les autres, dans le pneumogastrique. Or, tous ces filets aboutissent au plexus solaire, et c’est de ce second centre que proviennent les divisions qui se rendent au pancréas, en suivant les branches artérielles, pour se distribuer, soit aux petits vaisseaux, soit aux éléments glandulaires. Partant, il est facile de concevoir que les désordres nerveux du pancréas aient des sièges d’élection divers; à savoir : le centre bulbaire, les nerfs centrifuges ou centripètes, ou encore le plexus solaire, et comme ces désordres intéressent tantôt l’élément sécréteur, tantôt l’élément vasculaire, il en résulte que nous avons à étudier : 1° des névropathies sécrétoires ; 2° des névropathies vasomotrices .

Art. I. — Névropathies sécrétoires du pancréas.

Ces névropathies offrent deux variétés, selon que les nerfs qui régissent la sécrétion externe ou la sécrétion interne sont plus spécialement intéressés. Si, en réalité, ces fonctions sont indépendantes, il ne faut pas moins reconnaître la simultanéité habituelle de leurs troubles; toutefois, ceux de la sécrétion interne, étant de beaucoup les plus importants, nous occuperont d’une façon spéciale. La glycosurie, qui en est le caractère distinctif, est généralement abondante et accompagnée de polydipsie, de polyphagie, de polyurie et d’un état d’émaciation progressive. Or, ces symptômes, connus sous le nom de diabète, ne diffèrent pas sensiblement de ceux qui résultent de la destruction du pancréas, et en conséquence, il est rationnel de les attribuer au même organe. Ainsi, la glycosurie, à l’instar de l’albuminurie liée le plus souvent à un désordre matériel des reins, et, dans quelques cas, à un trouble névropathique de ces organes, serait l’effet, tantôt d’une lésion du pancréas, tantôt d’un désordre matériel ou d’un trouble purement fonctionnel du système nerveux de cetle même glande.

Le diabète subordonné à une lésion matérielle du système nerveux est depuis longtemps connu, celui qubse lie à un trouble

NÉVROPATHIES SÉCRÉTOIRES DU PANCRÉAS. 911

fonctionnel, l’est moins, et cependant, il mérite aussi notre attention. Sous la dépendance habituelle d’un acte réflexe, comme le démontrent les cas de lithiase pancréatique, de lithiase biliaire et encore certains cas de névralgies sciatique et faciale (Thomson), ee dernier est ordinairement passager et transitoire, ce qui permet d’en rapprocher, en raison de ses intermittences, le diabète constitutionnel ou diabète gras.

En conséquence, l’étude qui va suivre comprendra :

1° Les effets sur le pancréas des désordres matériels de son appareil nerveux, et, comme ces désordres se traduisent surtout par une glycosurie abondante, établie expérimentalement par la piqûre du bulbe (Cl. Bernard), nous les désignerons sous le nom de diabète par lésion nerveuse.

2° Les effets, sur la même glande, d’excitations réflexes se manifestant de préférence par une glycosurie transitoire ou diabète réflexe.

3° Le diabète constitutionnel ou diabète gras , qui, par ses analogies avec le diabète réflexe, mérite d’en être rapproché.

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