PHYSIOLOGIE DE L’APPAREIL II É P A T O - P A N C R Ë A T I Q U E
<linc), donnent naissance à une réaction colorante caractéristique (Gmelin), laquelle permet de déceler la présence de ces pigments dans les liquides qui les contiennent, et en particulier dans l’urine. A cet effet, après avoir versé dans un verre à expérience une certaine quantité de ce liquide, on ajoute lentement, en le faisant couler le long de ses parois, de l’acide nitrique nitreux. Cet acide, étant plus lourd, gagne le fond, et à la ligne de séparation des deux liquides, par suite d’une oxydation plus ou moins complète de ces pigments, il se produit une zone formée par les colorations suivantes allant de haut en bas : vert, bleu, violet, rouge et jaune.
La bile contient encore des substances azotées, du mucus, qui lui donne sa viscosité et que sécrètent les glandes delà vésicule et des parois des conduits biliaires, des traces d urée et de lécithine, et enfin quelques substances ternaires dont la plus importante est la cholestérine.
Cholestérine. — Considérée par les chimistes comme un alcool, la cholestérine n'est pas une substance caractéristique de la hile, à la façon des sels et des pigments biliaires. Elle se rencontre dans les centres nerveux, la rate, le jaune d’œuf et jusque dans le règne végétal, et fait partie de la plupart des calculs biliaires de l’homme. Son origine nous est toujours inconnue, vu l’insuffisance de preuves apportées en faveur de l’opinion qui en fait un produit de désassimilation du système nerveux (Flint).
Sécrétion et excrétion biliaires. — Schiff a montré par des expériences probantes que c’est à l'aide du sang de la veine porte que le foie fabrique la bile, l’artère hépatique n’ayant d’autre fonction que de servir à la nutrition de cet organe. Heidenhain, de son côté, a prouvé que la ligature de la veine cave pratiquée au-dessous du foie ne supprime pas la sécrétion biliaire et que l’augmentation de la tension sanguine n’exerce aucune action sur la formation de la bile; ainsi, ce produit n’est pas l’effet d’une simple filtration, il est manifestement formé par le foie.
Cependant, le mécanisme de cette formation est des plus obscurs, dans l’ignorance où nous sommes de la nature des substances à l’aide desquelles les cellules hépatiques fabriquent ce liquide. Aussi, s’il y a des raisons d’attribuer la formation des sels biliaires à un dédoublement des substances albuminoïdes, et celle de la cholestérine à une transformation des matières grasses, il faut reconnaître qu’aucune preuve certaine ne vient appuyer cette manière de voir. L’idée que le pigment biliaire est un dérivé de l’hémoglobine du sang, bien que vraisemblable, ne repose pas sur des faits nettement établis; d’ailleurs, le mécanisme de l’action
du foie sur la formation de ce pigment nous échappe, et l’hypothèse d’après laquelle il se produirait, dans les capillaires du foie, une destruction des globules rouges avec absorption de l’hémoglobine par les cellules hépatiques, et transformation en présence de la matière glycogène, puis élimination sous forme de bilirubine, n’est pas absolument prouvée.
Le foie humain sécrète et excrète par vingt-quatre heures en moyenne de 500 à 1000 centimètres cubes de bile, que diverses circonstances peuvent faire varier. L’inanition diminue la sécrétion biliaire, tandis qu’une alimentation abondante et surtout une alimentation azotée l’augmente. Un régime composé seulement d’hydrates de carbone et de graisses la diminue sensiblement; les boissons la modifient par la proportion d’eau qu’elles introduisent. Cette sécrétion, qui atteint son maximum environ sept heures après le repas (Cl. Bernard), est soumise à l’influence du système nerveux, laquelle s’exerce par l’intermédiaire des vaisseaux sanguins. Si on sectionne la moelle, au niveau du cou, la quantité de bile augmente, et si on excite le bout central, elle diminue; un effet semblable se produit par l’excitation du sciatique ou de tout autre nerf sensitif. Suivant Arthaud et Butte, l’excitation du bout central du pneumogastrique détermine une augmentation de la sécrétion biliaire, tandis que l’excitation du bout périphérique du même nerf amène sa diminution, comme aussi l’excitation des splanchniques.
Contrairement à la sécrétion de la bile, qui est continue, l’excrétion en est intermittente. Formé au niveau des lobules hépatiques, ce produit progresse dans les conduits biliaires sous l’influence de la vis à tergo, et trouvant, dans l’intervalle des repas, l’orifice d’embouchure du canal cholédoque fermé par un sphincter (Oddi), il dilate le canal cystique et pénètre dans la vésicule. Quand la digestion stomacale est terminée et que le chyme passe dans le duodénum, il se produit une contraction réflexe de la vésicule qui déverse son contenu dans l’intestin.
Les modifications qu’éprouve la bile déversée dans l’intestin sont peu connues. Toutefois, on sait que la cholestérine se retrouve en nature dans les fèces, et la biliverdine, à la suite de quelques changements, forme la stercobiline, qui colore les excréments; il est inadmissible qu’une partie du pigment soit ensuite résorbée par le foie pour s’éliminer par les reins, sous forme d’urobiline. Quant aux sels biliaires, ils sont tellement modifiés dans l’intestin que leurs éléments ne se retrouvent plus dans les fèces, si ce n’est, toutefois, sous la forme d’une substance non azotée, la dyslysine,
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qui parait résulter d’une déshydratation de l’acide cholalique.
Action physiologique de la bile. — La présence de ce liquide dans l’intestin du fœtus, à une époque où il n’y a pas encore d’aliments, porte à croire qu’il n’a aucune action dans la digestion; cependant, le fait que labile est déversée dans l'intestin au moment du passage des substances alimentaires et celui non moins démonstratif de l’amaigrissement progressif et de la mort, malgré un appétit vorace des animaux dont la bile ne parvient plus dans l'intestin, prouvent bien que ce produit joue un rôle manifeste dans la digestion. L’action exercée par la bile sur les hydrates de carbone et les albuminoïdes reste toujours à déterminer, en dépit de l’opinion suivant laquelle sa suppression ne troublerait en rien la digestion de ces substances. La coagulation in vitro des substances albuminoïdes par la bile a conduit à penser que ce liquide précipite les peptones résultant de la digestion stomacale et les prépare pour la digestion pancréatique; mais les expériences de Dastre démontrent que labile introduite dans l’estomac n’entrave nullement la digestion des albuminoïdes, et ne précipite pas les peptones déjà formées.
L’expérience et la clinique ayant appris que l’arrêt de l’afflux de la bile dans l’intestin est suivi du passage dans les fèces de la plus grande partie des matières grasses de l’alimentation, certains auteurs ont prétendu que ce produit exerçait une action sur la digestion de ces matières, tandis que d’autres lui accordent simplement de favoriser d’une façon mécanique leur absorption. L’entente n’est donc pas faite sur ce point, mais la tendance actuelle est de considérer la bile comme un complément du suc pancréatique, du moins en ce qui concerne la digestion des graisses.
La bile alcaline neutralise, en tout cas, le chyme qui sort de l’estomac, et provoque des mouvements intestinaux qui favorisent l'absorption intestinale ^Kuss et Duval) ; elle joue le rôle de désinfectant en empêchant ou du moins en diminuant les fermentations de l’intestin. Ces actions ne manquent pas d’une certaine importance ; elles permettent de se rendre compte du danger d’infection du foie dans les cas d’altération du liquide biliaire, de sa diminution ou d'un obstacle à son arrivée dans l’intestin.