‹ Traité des maladies du foie et du pancréasChapitre 155 sur 178 · V. APPAREIL GÉNITO-URINAIRE · texte numérisé non relu

V. APPAREIL GÉNITO-URINAIRE

Les organes génitaux, à part les éruptions le plus souvent eczémateuses des lèvres et de la partie supérieure des cuisses chez la femme, celles du pourtour du gland et du prépuce chez l’homme, sont rarement lésés dans le cours du diabète, même lorsqu’il est rendu plus de 300 grammes de sucre par vingt-quatre heures. Plusieurs examens histologiques des testicules, pratiqués dans notre service, ont montré au docteur Paulesco, notre savant interne, que ces organes conservaient une intégrité au moins apparente,

1. Marchai, de C alyt, Recherches sur les accidents du diabète. Paris, 1864.

attendu que leurs éléments ne présentaient aucune altération appréciable. Or, la perte des facultés génitales étant l’un des premiers symptômes observés dans ces conditions, nous devons forcément reconnaître que le trouble fonctionnel n’est pas dans un rapport toujours constant avec l’état histologique des organes, et que les testicules, comme d’ailleurs le pancréas, peuvent avoir leurs fonctions sérieusement troublées, malgré l’intégrité apparente de leurs parties élémentaires.

Les reins, dans quelques cas, se comportent comme les testicules, car il n’est pas rare de constater le trouble ou la suspension de leur fonction, sans qu’ils présentent aucun désordre matériel. C’est de la sorte que la quantité des urines diminue parfois d’une façon considérable, dans le cours et surtout à la période finale de la plupart des diabètes ; mais le phénomène qui traduit particulièrement la modification des reins chez les diabétiques est l’albuminurie. Ce symptôme se rencontre trop fréquemment avec la glycosurie pour qu’il n’y ait entre eux qu’une simple coïncidence, et pour ce fait, on n’a pas manqué d’attribuer au diabète le passage de l’albumine dans les urines; mais c’est là une erreur qui doit être réfutée. A cet effet, il suffit de procéder comme nous l’avons fait jusqu’ici, c’est-à-dire de rechercher la fréquence de l’albuminurie dans les différentes formes diabétiques. Le rapprochement de nos observations, à ce point de vue, est des plus remarquables, car, dans le diabète pancréatique et dans le diabète nerveux où il est rendu par vingt-quatre heures de 300 à 1 000 grammes de sucre, l’albuminurie est exceptionnelle, à moins d’une complication tuberculeuse, tandis que dans le diabète constitutionnel dont la quantité de sucre oscille entre quelques grammes et 100 grammes, elle est fréquente, d’où la conclusion que l’albuminurie n’est pas la conséquence de la glycosurie. Sur 87 cas de diabète gras, nous avons noté l’albuminurie 35 fois, et sur 42 cas de diabète maigre 4 fois seulement, encore s’agissait-il de malades atteints d’artério-sclérose et surtout de tuberculose pulmonaire.

Ce premier fait une fois établi il est facile de reconnaître que l’albuminurie dans le diabète est l’effet de circonstances pathologiques diverses. Subordonnée parfois à une néphrite artérielle, elle se rencontre d’autres fois sans aucun désordre matériel des reins, comme dans certains cas de diabète par lésion nerveuse et de diabète constitutionnel. Associée à la tuberculose des organes et surtout des poumons, elle dépend, enfin, d’une lésion des épithéliums ayant tous les caractères de la néphrite épithéliale des

tuberculeux, ainsi que l’on peut en juger par la figure 125. Cette forme, rencontrée uniquement dans les cas de tuberculose a donc été attribuée à tort au diabète.

Manifestation commune dans l’herpétisme, la néphrite artérielle coexiste fréquemment avec le diabète constitutionnel, et se traduit par de la polyurie nocturne, la décoloration, la faible densité des urines, un précipité albumineux peu abondant et

Fig. 125. — Tuméfaction trouble des épithéliums du rein dans un cas de diabète avec tuberculose.

rarement floconneux. La néphrite, qui se lie à la tuberculose, se révèle, au contraire, par des urines colorées, relativement rares, sans diminution de densité, avec précipité floconneux des plus abondants, et s’observe de préférence, comme la tuberculose, dans le diabète pancréatique.

L’albuminurie sans désordre matériel des reins se voit uniquement dans le diabète constitutionnel ou encore dans le diabète par lésion nerveuse, et partant, elle se lie très vraisemblablement à un désordre fonctionnel ou matériel du bulbe. Elle se reconnaît à l’abondance du précipité floconneux, à l’absence d’une polyurie marquée et de la diminution de la densité des urines. Les

malades, d’ailleurs, conservent leurs forces, et, sans l’inquiétude parfois excessive que leur cause l’albuminurie surajoutée à la glycosurie, ils se croiraient bien portants. Ils sont, en réalité, assez peu malades, car, à part quelques crises d’urémie, ils ne s’arrêtent guère, ce qui m’a conduit à dire que l’albuminurie, survenant au cours d’un diabète gras, est moins grave que celle qui en est indépendante.

J’étais appelé, il y a quelques années, par le D1' Leclerc pour un homme d’une quarantaine d’années à la fois glycosurique et albuminurique qui présentait avec des phénomènes d’intoxication urémique et d’intoxication diabétique, une prostration excessive, des vomissements verdâtres, un pouls fréquent, une lièvre intense et une grande gêne respiratoire. Cette situation nous paraissant désespérée, un traitement énergique fut institué, et sous l'influence de la caféine, de l’éther, de purgatifs et de frictions cutanées, etc., un rétablissement eut non seulement lieu, mais le sucre et l’albumine disparurent momentanément des urines. En tout cas, le malade continue de vivre et se porte bien à la condition d’éviter la fatigue et les refroidissements. Un fait, non moins curieux, est celui de notre ancienne surveillante dont voici l’histoire :

J. de P..., actuellement âgée de 50 ans, perdit son mari en 1881 ; àcette occasion elle éprouva un immense chagrin et une fatigue physique très grande. Jusque-là bien portante, elle remarqua à partir de ce moment qu’elle n’avait plus son entrain habituel et qu’elle éprouvait des malaises inacoutumés.

Deux ans plus tard (1883), à la suite de fatigues et d’un léger refroidissement, elle se trouva atteinte assez brusquement d’une céphalée intense, de vomissements verdâtres et d’une Fièvre avec prostration, accélération du pouls, tous accidents qui conduisirent mon interne à diagnostiquer une fièvre typhoïde. L’intensité de la céphalée et les vomissements m’ayant fait soupçonner une crise d’urémie, l’examen des urines démontra, pour la première fois, la présence non seulement d’une quantité considérable d’albumine, mais encore du sucre en proportion notable.

Cette crise dura environ trois semaines, et finit par céder à l’emploi de diurétiques et de purgatifs énergiques. — Pendant trois ans consécutifs, j’eus à soigner six crises urémiques semblables, toutes accompagnées d’élévation de la température, 39 et 40°, et d’accélération du pouls. En 1888, survint une dernière crise, et depuis lors, cette malade s’est bien portée à part une poussée articulaire des deux genoux qui dura près de six semaines. Au moment des crises, les urines devenaient rares, contenaient beaucoup d’albumine et une certaine quantité de sucre ; dans leurs intervalles, l’albumine et le sucre diminuaient considérablement. Depuis 1888, l’albumine et le sucre ont complètement disparu des urines ; faisons remarquer que, malgré la glycosurie dont elle était atteinte, cette malade n’a jamais présenté ni polydipsie, ni polyphagie, ni polyurie notable.

Nous l’avons revue tout récemment, et il nous a été agréable de constater

qu’elle jouit aujourd’hui d’une excellente santé; elle a un embonpoint qui frise l'obésité, sa face est colorée, sa physionomie excellente et ses forces persistent. D’ailleurs, cette dame, aujourd’hui l’une des meilleurs surveillantes de nos hôpitaux, n’est pas artério-scléreuse et ses urines, normales, ne contiennent ni sucre ni albumine ; de telle sorte qu’il y a lieu de croire que son albuminurie tenait à un trouble fonctionnel plutôt qu’à une lésion matérielle.

Sa mère, morte à l’âge de 63 ans, était tellement obèse qu’elle pouvait à peine marcher; sa sœur que j’ai connue était également obèse et il lui reste un frère âgé de 58 ans, obèse et rhumatisant. Après avoir eu des épistaxis dans sa jeunesse, elle a été atteinte d’hémorrhoïdes et de douleurs articulaires suivies de craquements au niveau des deux genoux. Elle a commencé à prendre de l’embonpoint vers 30 à 35 ans. A 41 ans, elle pesait 200 livres, poids qu’elle a conservé depuis lors.

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