‹ Traité des maladies du foie et du pancréasChapitre 18 sur 178 · PHYSIOLOGIE DE L’APPAREIL H EPATO-PAN CRE ATIQUE · texte numérisé non relu

PHYSIOLOGIE DE L’APPAREIL H EPATO-PAN CRE ATIQUE

l’arsenic et le phosphore, ainsi que l’ont vu Laskowsky et Luchsinger.

Tandis que d’un côté, pour arriver jusqu’au foie, les matières hydrocarbonées ont dû subir une opération analytique dont le résultat a été leur transformation en glycose, d’un autre côté, pour être emmagasiné par la cellule hépatique, ce glycose est appelé à subir une opération inverse ou synthétique : cette fois, en effet, c’est une substance amylacée ou glycogène qui va se former aux dépens du sucre et des peptones. Les opérations de ce genre, rares ou plutôt méconnues chez l’animal, s’observent plus souvent chez les végétaux, car on voit des graines (petits pois, etc.) dans lesquelles le sucre finit par se transformer en amidon.

Le mécanisme de cette synthèse chimique reste ignoré, mais il y a des raisons de croire que la cellule hépatique n’est pas seule à la produire et qu’elle est aidée en cela par la cellule pancréatique (sécrétion interne). Dès l’année 1877, j’ai démontré, cliniquement, qu’un diabète grave et rapidement mortel succédait à la destruction du pancréas '. A partir de l’année 1889, plusieurs physiologistes1 2, guidés par la connaissance de ce fait, pratiquèrent l’ablation totale de cette glande chez le chien et d’autres animaux, et cette opération se trouvant suivie du même phénomène, l'influence du pancréas sur la glycogénie et la glycosuriereçut sa sanction expérimentale. La séparation de cet organe de l’intestin, et sa greffe sous la peau de l’abdomen, permit plus tard de reconnaître que cett influence s’exerçait, non par le produit de sécrétion externe, mais bien par le produit de sécrétion interne, puisque tant qu’il existe un fragment de pancréas sous la peau, il n’y a pas de glycosurie, et que celle-ci survient dès qu’on enlève la greffe 3.

Ces faits une fois établis, il restait â rechercher le mode d’action du produit de sécrétion interne du pancréas dans la glyco-

1. E. Lancereaux, Notes et réflexions à propos de deux cas de diabète sucré avec altération du pancréas ( Bulletin de l’Académ. de médecine, Paris, I s77, p. 1215; Ibid., année 1888, p. 588). Le diabète maigre, ses symptômes, son évolution, son traitement, etc. [Un. méd., 31 janvier et 7 février 1880). — Le même, Trois types diabétiques, etc. [Bull, méd., 1890, 457, 525). — Rapport au Congrès méd. de Lyon, 1894.

2. Von Mering et Minkowski, Diabètes mellitus nach total Pancreas-extirpation (Labor. de cliniq. méd., Strasbourg, 1889 et Centralblatt f. Iclin. Med., 1890, XIV, 335). Lepine. Soc. des sc. méd. de Lyon oct. 1889, et Lyon méd., 308 et 493. — Hédon, Arch. de méd. expérimentale, 1890. — De Dominicis, Gaz. hebd. de méd. et de chirurgie, 1890, 605. — Gley, Soc. de Biologie, 11 et 25 avril 1891. — Thiroloix. Diabète pancréatique, Thèse de Paris, 1892.

3. Lancereaux et Thiroloix, Communication à l’Académie des sciences, 12 septembre 1892.

génie. Cette action s’exerce-t-elle dans le sang ou bien directement sur la cellule hépatique, ou enfin indirectement, par l’intermédiaire du système nerveux? C’est par cet intermédiaire que Chauveau et Kaufmann1 ont cherché d’abord à l’expliquer, en s’appuyant sur des expériences très ingénieuses; mais Kaufmann, plus tard, ayant sectionné tous les nerfs du hile du foie, a vu la glycosurie succéder encore à l’extirpation du pancréas, et en a conclu que le système nerveux ne joue, dans l’espèce, qu’un rôle accessoire

C’est donc sur le sang ou sur la cellule hépatique qu’agit le produit de sécrétion interne du pancréas? dans la première hypothèse, les cellules hépatiques ne feraient qu'emmagasiner la matière glycogène formée au sein de la veine porte; dans la seconde, ces éléments aidés ou non du pancréas, seraient les agents de la transformation du glycose en glycogène et de la fixation de cette dernière substance. En réalité, la solution de ces questions nous fait toujours défaut. Néanmoins, voyons ce qui se passe en pareil cas. Absorbées par les branches de la veine porte, les matières alimentaires se trouvent mises en rapport direct avec le produit de sécrétion interne du pancréas qu’y déversent les veines pancréatiques, et, dans ces conditions, il est naturel de se demander si ce produit ne jouit pas de la propriété d’opérer la synthèse que nous cherchons, c’est-à-dire de transformer ces substances en matière glycogène. Il deviendrait facile alors de comprendre comment, à la suite de l’extirpation du pancréas, cette transformation ne pouvant avoir lieu, le glycose, contenu dans le sang de la veine porte, passe directement dans le sang de la circulation générale et engendre l’hyperglycémie. Le pancréas aurait ainsi deux fonctions opposées : par l’une, il transformerait l’amidon en sucre dans l’intestin; par l’autre, le sucre en matière glycogène dans le sang de la veine porte. Les recherches expérimentales que nous avons entreprises sur la matière, depuis un certain temps, ne sont pas encore suffisamment avancées pour pouvoir donner une solution définitive à cette question, sur laquelle nous aurons à revenir plus loin.

1. Chauveau et Kaufmann, Compt. rend, de l'Académie des sciences, mars 1893 et Société de Biologie, même année.

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