ACTION SUH LES SUBSTANCES GRASSES
Bien que destiné à préparer l’assimilation des substances digestives, le foie n’a qu’une action minime sur les graisses de l’alimentation, puisque ces substances, après avoir subi dans l’intestin, I action du suc pancréatique uni à la bile, sont absorbées par les chylifères intestinaux et pénètrent dans le sang, sans traverser le foie.
Cependant une partie des graisses ingérées sont dédoublées dans l’intestin en glycérine et acides gras, puis, absorbées par les radicules de la veine porte, et vraisemblablement alors la glycérine s’unit aux acides gras et reforme de la graisse, bien que les preuves fassent encore défaut. 11 est admis néanmoins, par certains auteurs, que cette substance peut être transformée en glycogène, et même directement en sucre (Seegen). Le foie, en tout cas, joue un rôle dans l’adipogénie, car, si on tue un animal pendant la digestion, on trouve dans les cellules de cet organe des gouttelettes de graisse. Celles-ci proviennent-elles directement des substances grasses ingérées ou d’une transformation en graisse de certains autres aliments, par exemple, les hydrates de carbone? Frerichs, nourrissant des chiens avec de l’huile de foie de morue, constata une surcharge adipeuse des cellules hépatiques; chez des chiens alimentés à l'aide de substances azotées, Cl. Bernard ne trouva pas de graisse dans le foie, tandis que cette substance y était abondante avec une nourriture exclusivement composée d’hydrates de carbone.
Si ces recherches ne tranchent pas entièrement la question, elles mettent sur la voie de sa solution. L’interprétation de la présence des graisses dans le foie pendant la digestion et de la surcharge adipeuse physiologique observée, chez la femme, pendant la lactation, ne sont pas moins obscures. On ne peut en dire autant des adiposes rencontrées dans certains états pathologiques. L’adipose du buveur, et surtout du buveur d’alcool, caractérisée par une accumulat ion de graisse non seulement dans le foie, mais aussi sous la peau du ventre, dans les épiploons, le mésentère, sous le péricarde, etc., et attribuée par nous1 à la diminution des combustions, est en effet caractérisée, chez le buveur comme chez l’emphysémateux, par la diminution de l’exhalation d’acide carbonique. Quant à l’adipose observée chez certains tuber-
1. Voy. art. « Alcoolisme », Dict. encyclopëcl. des sc. méd., t. II, p. 673, Paris, 1865.
culeux, elle est à rapprocher de la dégénérescence amyloïde avec laquelle elle coïncide fréquemment.
Cliniquement, il y a une différence notable entre ces surcharges adipeuses et les stéatoses qui résultent de la transformation en graisse du protoplasma des cellules hépatiques; aussi, tandis que l’infiltration adipeuse, pour ainsi dire latente, se traduit uniquement par une augmentation de volume de l’organe, quelquefois par un peu de diarrhée, une teinte pâle et mate de la peau, la dégénération des cellules glandulaires du foie se révèle par le redoutable syndrome de l’insuffisance hépatique.
Quelques auteurs ont pensé que la graisse emmagasinée par le foie pouvait se transformer en cholestérine, mais le fait n’est pas prouvé et il est plus vraisemblable qu’elle est reprise par les lymphatiques de cette glande et va rejoindre la graisse venue de l’intestin .
4° INFLUENCE DU SYSTÈME NERVEUX SUR LES FONCTIONS DE LAPPARE1L HÉPATO-PANCRÉATIQUE
L’action de ce système sur l’appareil hépato-pancréatique chargé de la préparation de l’assimilation nutritive est forcément d’une grande importance. Par malheur, toutes les recherches entreprises sur la matière ont porté spécialement sur la glycogénie et la glycosurie, aucune étude sérieuse n’a été faite sur ce qu’on pourrait appeler Valbumino génie et Y adipogénie.
Cl. Bernard le premier, par une expérience célèbre, connue sous le nom de piqûre du 4e ventricule , démontra qu’il existait, dans le bulbe, un centre nerveux qui règle le fonctionnement du foie, en ce qui concerne la glycogénie, et serait un centre vasomoteur plutôt que sécrétoire. Plus tard, de nouvelles recherches le conduisirent à reconnaître que ce centre se trouvait activé par des incitations parties de la surface pulmonaire, c’est-à-dire du pneumogastrique, et qui avaient la moelle épinière et le grand sympathique pour voies centrifuges. Quand nos recherches cliniques, confirmées plus tard par l’expérimentation, eurent démontré le rôle important joué par le pancréas dans la genèse du diabète, Chauveau et Kaufmann1 reprirent la question, et arrivèrent à la conclusion que l’appareil hépato-pancréatique possédait, à l’exemple de toutes les glandes, deux centres nerveux dont l’un exciterait son fonctionnement, tandis que l’autre le modérerait.
1. Chauveau et Kaufmann, Compt. rend, de U Acad, des sciences, 1893.