PHYSIOLOGIE DE L’APPAREIL HÉPATO-PANCRÉATIQUE
Le centre excito-sécréteur du foie siégerait dans la partie supérieure de la moelle épinière, son centre fréno-sêcréteur dans le bulbe, non loin du centre excito-sécréteur du pancréas.
Le produit de la sécrétion interne du pancréas, déversé dans le sang, aurait la propriété d’exciter le centre fréno-sécréteur du foie et de modérer en même temps le centre excito-sécréteur du même organe, de telle sorte que ce produit disparaissant, il survient une hyperglycémie. D’après Morat et Dufourt1 chacun de ces deux centres hépatiques transmettrait son action par des voies spéciales : le grand sympathique pour le centre excito-sécréteur, le pneumogastrique pour le centre fréno-sécréteur, et partant il y aurait une certaine analogie entre l’innervation du cœur et celle de l’appareil hépato-pancréatique. Ces données, qu’il n’est pas encore possible d’accepter définitivement, ne méritent pas moins d’être prises en très sérieuse considération, car, si elles étaient confirmées, elles rendraient parfaitement compte de l’influence des émotions et des désordres nerveux sur la production du diabète, en dehors d’une altération appréciable du pancréas.
Rôle du foie et de la rate, ou appareil hépato-splénique, dans les phénomènes de sanguification, ou fonction hémopoiétique.
De même que l’action du pancréas s’ajoute à celle du foie pour l’accomplissement des fonctions digestives et assimilatrices, de même, la rate vient en aide au foie lorsqu’il s’agit de la fonction hémopoiétique. Soupçonné par Galien, le rôle du foie sur le sang est loin d’être nettement déterminé, et si nous avons quelque connaissance de l’action de cet organe sur la composition du sérum sanguin, nous savons moins celle qu’il exerce sur la constitution des éléments figurés du sang, hématies et leucocytes.
Quelques auteurs, il est vrai, attribuent au foie un rôle important dans la formation des globules rouges, mais il en est d’autres qui le considèrent comme l’organe dans lequel s’accomplit la destruction de ces mêmes éléments, et aucun d’eux n’apporte de preuves sérieuses à l’appui de sa manière de voir. L’opinion que le foie serait chez le fœtus l’organe formateur des éléments figurés du sang n’est pas mieux démontrée. Cependant, si on s’en rapportait aux recherches les plus récentes, on serait conduit à admettre qu’il s’opère, dans le foie, une destruction des globules
1. Morat et Dufourt, Arch. physiologie nonn. et pathol., Paris, 1894, 371.
rouges. Gréhant a démontré la diminution de l’hémoglobine dans le sang des veines sus-hépatiques, comparé à celui de la veine porte, Malassez a mis hors de doute la diminution du nombre des globules rouges dans le sang qui sort du foie, et la concordance de ces données avec la formation de la matière colorante de la bile aux dépens de la matière colorante du sang est des plus suggestives.
Ces auteurs, toutefois, ont eu le tort de ne tenir aucun compte de la fonction splénique, et du reste, ceux qui ont étudié la rate, en tant qu’organe formateur ou destructeur des globules rouges et des globules blancs, ont de même par trop négligé l'influence du foie. A notre avis, ces deux organes jouent, vis-à-vis des éléments figurés du sang, un rôle analogue à celui de l’hépato-pancréas par rapport au sérum ; ils sont associés en vue d’une même fonction, la sanguification. Cette fonction peut déjà recevoir quelques éclaircissements de la pathologie qui a projeté, tout d’abord, une vive lumière sur le rôle du pancréas dans la glycogénie et la glycosurie.
La rate, dont l’artère est excessive pour son volume, joue nécessairement un rôle important sur la composition du sang, et ce n’est pas en vain que ce liquide est ramené au foie par la veine splénique, en même temps que le sang de l’intestin, soumis luimême à l’action des organes lymphoïdes du tube digestif.
Les modifications, qui résultent de cette double action et de celle du foie, ont pour but de rendre le sang propre à l’accomplissement de la grande fonction respiratoire, et c’est pour cela qu’à sa sortie du foie ce liquide est projeté dans les poumons. Une connexion fonctionnelle, incontestable, existe donc entre ces différents organes, et cette connexion n’est pas seulement physiologique, elle est encore pathologique, du moins en ce qui concerne le foie et la rate.
Ces organes, en effet, presque toujours simultanément altérés, présentent un symptôme fréquent sinon constant, Y hémorrhagie. La pathologie nous fournit de nombreux exemples de ce fait; la fréquence des hémorrhagies dans les hépatites épithéliales où le foie et la rate sont simultanément atteints, est bien connue; il en est de même de ce symptôme dans les cirrhoses et dans beaucoup d’autres affections hépatiques. La chlorose, que caractérisent la diminution de l’hémoglobine et la déformation des globules rouges, est accompagnée, comme je l’ai toujours constaté, de la tuméfaction de la rate et du foie : aussi le rôle fonctionnel de ces organes par rapport aux hématies ne peut être dou-