PHYSIOLOGIE DE L’APPAREIL HEP ATO-P ANCRE ATIQUE
leux. Ces points une fois acquis, il reste au physiologiste à déterminer, par l’analyse expérimentale, la nature des modifications subies par le liquide sanguin dans son passage à travers la rate et le foie.
En attendant, il y a lieu d’admettre que ces deux organes exercent sur les éléments figurés du sang une action connexe en vue de la respiration, de la même façon que le pancréas et le foie modifient le sérum en vue de l'assimilation nutritive.
Le système nerveux, dont l’action sur la fonction glycogénique est considérable, n’est pas moins important à la fonction de sanguification, si nous nous en rapportons à l’observation clinique qui nous a permis de constater, à plusieurs reprises, des anémies et des hémorrhagies quelquefois mortelles à la suite de vives commotions cérébrales ’.
Rôle du foie dans les intoxications, ou fonction toxilytique.
Alimenté par le sang de la veine porte qui renferme un grand nombre de substances venues du dehors, le foie a pour fonction la sélection et l’élaboration de ces substances; il transforme les unes, arrête ou détruit les autres de façon à les rendre inoffen- >ives. Un certain nombre de poisons métalliques, l’arsenic, le fer, le cuivre, le plomb, etc., sont ainsi arrêtés à leur passage dans le foie et en partie éliminés par la bile, tandis que d’autres substances, les sels de potasse et de soude, traversent librement cette glande.
L’action du foie s’exerce de la même façon sur les poisons organiques qu elle modifie ou détruit, et l’existence de cette fonction, soupçonnée par Heger, a été démontrée ensuite par Schitf1 2 3, puis, par Schitf et Lautenbach, Roger ’, etc.
Partant de ce fait que la ligature de la veine porte détermine chez l’animal un état semblable à l’état narcotique produit par la morphine, Schitf et Lautenbach pensèrent que cet état pouvait être l’effet d’un poison qui n’était plus détruit par le foie, et pour vérifier leur hypothèse, ils injectèrent à des animaux le sang d’autres animaux auxquels ils avaient pratiqué la ligature de la veine porte; ils arrivèrent à reconnaître ainsi que le sang veineux
1. Lancereaux, Traité d'anatomie pathologique, Paris, 1875-1877, I, 338-568.
2. Schiff, Sur une nouvelle l'onction du foie et effet de la ligature de la veine porte [Arch. des sciences phgs. et natur., t. LVIII, n° 231, mars 1877, Genève).
3. G. H. Roger, Le foie et les intoxications, Thèse de Paris, 1887.
d’un chien en santé, injecté dans les voies lymphatiques d’une grenouille, est sans danger, tandis que celui d’un chien mort après la ligature de la veine porte, amène la mort au bout de trois heures. Il restait à déterminer si le foie qui détruit les substances toxiques, formées dans l’organisme, ne jouissait pas du même privilège à l’égard de certains poisons. Alors, il fut constaté que la dose de nicotine nécessaire pour tuer un gros chien, après injection dans le sang, introduite dans l’intestin grêle, ou encore injectée dans les veines mésentériques, ne produit que peu de symptômes d’empoisonnement, et que ceux-ci disparaissent rapidement, puisque, au bout d’un quart d’heure, l’animal se trouve rétabli. Une dose double ne réussit pas à tuer l’animal, lorsque le poison traverse le foie, avant d’entrer dans la circulation générale, tandis qu’un chien dont la veine porte a été liée succombe à une injection cinq fois moindre. Roger, reprenant cette étude, constata que la strychnine, la quinine, la vératrine, l’atropine, l’hyosciamine, la morphine, subissent dans le foie des modifications analogues, et que la moitié environ de la quantité de ces poisons y est arrêtée, de telle sorte qu’une dose de morphine en injection hypodermique impressionne l'organisme deux fois plus que la même dose introduite par le tube digestif; il en est de même du curare, si dangereux lorsqu’il pénètre directement dans la circulation générale, et qui, ingéré par l’estomac, exige une dose trois fois plus considérable pour tuer le même poids d’animal.
Le foie, malgré tout, n’agit pas indistinctement sur tous les poisons, il laisse passer librement la digitaline, n’agit ni sur l’acétone, ni sur la glycérine et n’a qu’une inilucnce modérée sur l’alcool et l’éther éthylique. Bouchard1 a montré qu’il arrête le naphthol p et reste sans action sur le naphthol oc, en sorte qu’il s’agit bien d’une action élective du foie, comparable à celle du rein. Ces faits ne doivent pas échapper au clinicien; ils lui donnent la clé d’un grand nombre de phénomènes pathologiques.
L’intestin, comme nous le savons, renferme un certain nombre de substances toxiques, les unes d’origine alimentaire, les autres d’origine digestive (peptones) ou encore d’origine microbienne; dans quelques circonstances pathologiques, la quantité de ces poisons augmente dans des proportions considérables, et parfois même il s’y ajoute encore les substances médicamenteuses prescrites au malade. Or, toutes ces substances absorbées par la veine porte, parviennent jusque dans le foie qui en neutra-
1. Ch. Bouchard, Leçons sur les auto-intoxications, Paris, 1887, p. 13 et suiv.