FONCTIONS DU FOIE CHEZ EE FŒTUS
L’étude fort incomplète que nous venons défaire delà fonction du foie de l’adulte nous conduit à dire quelques mots de cette fonction chez le fœtus dont les conditions d’existence sont fort différentes. Le sang qui lui vient du placenta est en effet artérialisé, riche en oxygène et en substances nutritives et renferme ainsi les principes nécessaires à la nutrition des tissus. Mais, comme une partie de ce sang va directement au cœur, tandis que l’autre partie passe par le foie, il y a lieu de se demander si cette dernière sert uniquement à la nutrition et au développement de cet organe, ou si elle ne subit pas son influence en vue de l’assimilation nutritive. Rappelons que le foie apparaît de bonne heure
autour du tronc commun des veines omphalo-mésentériques qui apportent à l’embryon les principes nutritifs puisés dans le vitellus de la vésicule ombilicale, et que, dès la fin du premier mois, il acquiert un volume relativement considérable, puisqu’il occupe la presque totalité de la cavité abdominale, et que son poids est à celui du fœtus comme 1/1. Vers la lin du troisième mois, la veine allantoïdienne ou ombilicale, qui remplace les veines omphalomésentériques, envoie au foie une branche volumineuse, et le sang qui y pénètre en sort par les veines sus-hépatiques et se jette dans la veine cave inférieure. Or, dès ce moment, l’intestin renferme du méconium qui présente, à partir du duodénum, une couleur jaunâtre et contient les principaux éléments de la hile. Ce produit augmente progressivement de telle sorte qu’au sixième mois il remplit tout l’intestin grêle, mais, en même temps, le foie cont inue à se développer, moins que le fœtus toutefois, car son poids à la naissance comparé à celui du corps est seulement de 1/18: la circulation placentaire se trouvant alors interrompue, les vaisseaux des viscères abdominaux acquièrent un développement considérable et vont constituer la future veine porte.
Au milieu de ces transformations, le foie est, fait digne de remarque, toujours placé sur le trajet du sang qui renferme les principes nutritifs, et partant, il y a lieu de croire, étant donné son volume, qu’il les modifie de façon à les rendre assimilables, et que sa fonction ne diffère pas chez le fœtus et chez l’adulte : ses occupations ne changent pas, mais seulement ses fournisseurs. On admet, en outre, qu’à cet âge de la vie le foie joue un rôle dans ce que nous avons appelé la sanguification ; c’est au moins l’opinion émise par Külliker1. « Le foie du fœtus, dit cet auteur, est sans nul doute un organe d’une grande importance physiologique, ce que prouve avant tout sa grande vascularisation. Son rôle d’organe sécrétant la bile est alors subordonné à celui d’organe faisant subir au sang des modifications chimiques et morphologiques spéciales ».
1. A. Kulliker, Embryologie, trad. française. Paris, 1882, p. 934.