MENSTRUATION, GROSSESSE ET MÉNOPAUSE
Age. — Le foie, comme tous les organes, subit aux différents âges de la vie des modifications en vertu desquelles ses fonctions augmentent ou diminuent, aussi bien que son aptitude morbide, en sorte que chaque phase de la vie a pour ainsi dire des affections propres. Dans la jeunesse les lésions du foie sont relativement rares, exceptionnelles même; celles que l’on observe, alors, portent plus particulièrement sur le tissu con jonctif (scléroses ou néoplasies conjonctives). Dans l’àge adulte, elles sont plus communes et intéressent isolément ou simultanément les différentes parties de la glande : stroma conjonctif et éléments épithéliaux. La vieillesse est, par contre, l’àge des concrétions biliaires, des formations épithéliales (cancer), et par conséquent les néoplasies diffèrent manifestement aux âges extrêmes de la vie.
Sexe. — Le sexe n’exerce qu’une action indirecte sur l’état pathologique du foie, car si la cirrhose est plus fréquente chez l’homme que chez la femme, c’est uniquement parce qu’il s’adonne plus que cette dernière aux excès de vin, et si les calculs biliaires sont plus communs chez celle-ci, la cause en est dans son genre de vie qui est plus sédentaire que celui de l’homme.
Grossesse , ménopause. — Le foie, cependant, n’est pas sans ressentir quelque peu l’influence des grands mouvements physiolo-
giques, il s’infiltre de graisse dans le cours de la grossesse, principalement au moment de la lactation, et cette circonstance permet de se rendre compte de la fréquence relative de l’hépatite épithéliale (ictère grave) au cours de la parturition \ La graisse, dont le dépôt se montre surtout dans les cellules du centre du lohule, disparaît en général avec la cessation de l’état puerpéral. 11 est vraisemblable qu'à chaque époque menstruelle le foie est le siège de modifications fonctionnelles, passagères, qui passent le plus souvent inaperçues, mais qui n’échapperaient pas, sans doute, si on se donnait la peine de suivre attentivement le fonctionnement régulier de cet organe. Vers l’époque de la ménopause, il est sujet aux affections calculeuses et aux accidents qui en sont la conséquence. Aussi cette phase de l’existence, qui est encore celle du développement du cancer, est-elle redoutable au point de vue des affections hépatiques.
II. — INFLUENCES HYGIÉNIQUES, RÉGIME ALIMENTAIRE, BOISSONS, EXERCICE MUSCULAIRE
Le régime a sur la glande hépatique une action tout à la fois générale et locale. Son action générale ne diffère pas de celle qu’il peut exercer sur tout autre organe parenchymateux; son action locale est l’effet de sa situation sur le trajet suivi par les substances provenant de la digestion. C’est pourquoi ces substances, soit par leur qualité, soit par leur quantité, peuvent être une cause de désordres qui souvent font varier les affections du foie d’un pays à un autre.
Il est de règle qu’un grand nombre de personnes consomment plus d’aliments qu’il n'est nécessaire aux besoins de l’organisme, et si une bonne partie s’en va par les fèces, il en passe quelquefois dans le sang plus qu’il ne convient pour la nutrition générale. Dans ce cas, l’excès de consommation est rejeté dans un état d’oxydation incomplète par les reins, les poumons, etc., ou bien s’accumule dans le foie, d’où un surcroît de besogne qui finit par le troubler dans son fonctionnement et l’altérer.
La nature des aliments n’est pas sans importance; les matières grasses et sucrées, ingérées même en petite quantité, auraient, suivant Murchison, la propriété de troubler la fonction du foie et
1. E. Lancereaux, Atlas d’anat. pathologique, Paris, 1871, p. 85. — Comp. A. Petit, De l'ictère grave pendant l'état puerpéral, Thèse Paris, 1865.
LES AFFECTIONS Dll FOIE. — ÉTUDE GÉNÉRALE.
de produire l’uricémie, mieux que ne le ferait une nourriture purement azotée, telle que la viande. Une alimentation exagérée, et principalement composée de substances féculentes, ne tarde pas à donner naissance à une stéatose hépatique, à l’exemple de ce <|ui se passe chez les volailles que l’on engraisse. L’usage des substances épicées, renfermant des huiles essentielles, comme le poivre de Cayenne, le piment, etc., sont suivies quelquefois de désordres d’un autre genre, de cirrhose par exemple (Lesson). Des aliments de mauvaise qualité ou falsifiés peuvent engendrer enfin des ictères, ce que nous n’avons que trop constaté pendant le siège de Paris.
Mais, ce sont surtout les excès de boisson qui ont pour effet de modifier le parenchyme hépatique : les unes, comme les alcools, en produisant un état congeslif transitoire et peu à peu la stéatose des cellules, les autres, comme le vin, en irritant les extrémités capillaires de la veine porte, et en favorisant la prolifération du tissu conjonctif, d’où la formation de la lésion désignée sous le nom de cirrhose. L’observation nous a appris, en effet, que cette affection provenait non pas de l’abus des boissons distillées, comme on le croit généralement, mais de l’excès des boissons fermentées. Le vin, pris à jeun, en raison, sans doute, des acides et des sels qu’il renferme, comme aussi de la possibilité d’en ingérer une grande quantité, estime cause commune de cirrhose hépatique ; mais, cette affection est l’effet plus ordinaire des vins falsifiés et surtout des vins plâtrés, ce qui explique sa fréquence à Paris. Ainsi, nous ne pouvons admettre avec Murchison que l’intluence nuisible des boissons alcooliques sur le foie augmente, en raison directe de la quantité de sucre et d’alcool qu’elles renferment, car il n’est pas prouvé que la bière, le champagne et les liqueurs sucrées soient pour le foie des boissons plus dangereuses que les vins du Midi et du Bordelais. Ajoutons que c’est vers le milieu de la vie, de trente à quarantecinq ans, ou même de vingt à trente ans que surviennent les désordres hépatiques, provenant d’excès de boissons ou d’alimentation.
L’exercice musculaire, si nécessaire à l’intégrité des poumons, n’est pas moins important pour le fonctionnement régulier du foie. On sait que les habitudes sédentaires tendent à amener des troubles hépatiques et que les calculs biliaires sont plus communs chez la femme que chez l’homme occupé. Certains animaux, les bœufs par exemple, sont atteints de concrétions biliaires, sous 1 influence de l’alimentation hivernale, et surtout du défaut d’exercice; ces concrétions disparaissent l’été quand ces animaux vont pâturer et reprennent la vie au grand air. La diminution de l’ap-
port d’oxygène, le défaut d’air, d’exercice musculaire, contribuent enfin à ralentir les processus de combustion qui se passent dans le foie et favorisent l’accumulation dans cet organe, et dans l’économie entière, de graisse et de produits non suffisamment oxydés.
La température du corps a, comme l’exercice musculaire, une action manifeste sur la glande hépatique. Plusieurs auteurs, ayant remarqué que le foie était en dégénérescence stéatosique dans la plupart des maladies avec élévation de température, ont pensé que cette altération pouvait dépendre de l’élévation de la chaleur animale. Wickham Legg1, désireux d’avoir la preuve expérimentale de cette opinion, exposa des lapins à une température élevée qui finissait par les tuer, et trouva le foie exsangue, les acini diminués de volume et les cellules infiltrées de granulations protéiques qui dissimulaient en partie les noyaux. Semblables altérations se rencontraient dans le cœur et les reins, puis, au bout d’un certain temps, la graisse prenait la place des granulations protéiques, et il se produisait une véritable stéatose hépatique. Toutefois, s’il y a lieu de remarquer que ces animaux n’étaient pas absolument dans les conditions d’un individu atteint de fièvre par le fait de la résorption d’un poison ou de l’action d’agents microbiens, il n’est pas moins vrai que ces expériences mettent hors de doute l’action de la chaleur sur la glande hépatique. Le froid, qui a pour effet de favoriser l’absorption de l’oxygène de l’air, prédispose peu aux désordres fonctionnels et matériels du foie; c’est pourquoi, ces désordres sont moins fréquents dans les climats froids que dans la zone tetnpérée et dans les contrées tropicales; chez nous, d’ailleurs, ils sont plus communs en été qu’en hiver.