IV. — INFLUENCES PATHOLOGIQUES
Ces influences sont nombreuses, car les maladies générales qui, d’ordinaire, retentissent sur la plupart des grands appareils de l’organisme, n’épargnent pas le foie. Elles ont presque toutes la propriété de modifier, plus ou moins profondément, la structure de cette glande ; aussi, pour avoir une idée exacte de leur influence, nous passerons successivement en revue : 1° les maladies toxiques ; 2° les maladies infectieuses; 3° les maladies constitutionnelles.
Agents toxiques. — Les substances toxiques affectent généralement le foie, et de même que beaucoup d’autres matières, elles sont en partie emmagasinées par cette glande. Ce n’est pas toujours impunément, car quelques-unes ont une action élective et souvent funeste sur le parenchyme hépatique; ce sont celles qui localisent de préférence leurs effets sur les cellules sécrétoires.
Des quantités relativement faibles de phosphore ou d’arsenic ont la propriété d’altérer ces éléments qui se gonflent, deviennent granuleux, et finissent par être réduits à l’état de détritus informes. Certaines substances métalliques, cuivre, plomb, argent, etc., peuvent séjourner dans le foie, sans grands inconvénients, si ce n’est en modifiant légèrement, dans quelques cas, le stroma conjonctif de façon à produire un très léger degré de sclérose; mais celle-ci est plutôt le fait de l’irritation déterminée par le passage, à travers le foie, de boissons irritantes, telles que le vin, l’alcool, etc.
Agents microphy tiques. — Les pyrexies ou maladies infectieuses, maladies à microbes, sont pour la plupart accompagnées d’altérations de la cellule hépatique, d’une analogie telle qu'on est porté à se demander si elles ne dépendent pas d’une condition commune; c’est ce qui arrive en réalité, pour les maladies les plus diverses, comme les fièvres éruptives, la dothiénentérie, la pneumonie, certaines septicémies, etc.
Ces désordres sont-ils un effet de la modification générale de l’organisme, produite par la maladie? Sont-ils le résultat d’une action directe du microbe sur la glande hépatique, ou d’un poison sécrété par lui? Ce sont là autant de questions qui sont loin d’être résolues et sur lesquelles nous aurons à revenir.
Certains agents microphytiques, toutefois, laissent intacte la cellule hépatique et s’adressent plus spécialement au tissu conjonctivo-lymphatique du foie. Tel est le virus syphilitique dont l’action sur cette glande est aujourd'hui bien connue; tels sont encore les bacilles de la morve et même du charbon. Les désordres engendrés par ce dernier, au sein du parenchyme hépatique, son! rares et peu étudiés; mais il n’en est pas de même du bacille de Koch, qui produit, dans le foie, tantôt des granulations tuberculeuses disséminés, tantôt des masses caséeuses, ayant pour siège plus spécial, les vaisseaux et les voies biliaires.
Maladies constitutionnelles. — L'influence exercée sur le foie par les maladies constitutionnelles, par l’herpétisme notamment, est des plus manifestes; elle se traduit, de temps à autre, par des poussées congestives donnant lieu à une tuméfaction légère de la glande et à un flux biliaire, plus ou moins abondant, avec ou sans ictère. Ce flux, que nous décrirons, à propos de l’hypérémie névropatique du foie, dont il est une conséquence, apparaît d’une façon intermittente et dure peu de temps, excepté dans quelques cas où il se continue pendant des mois ou même des années avec des interruptions d'une durée variable.
La goutte, que nous faisons rentrer dans l’herpétisme *, exercerait sur le foie, suivant quelques auteurs, une action qui nous semble très exagérée. Au dernier siècle, il était généralement admis que la goutte pouvait remonter vers le foie comme vers le cœur et l’estomac, mais aucun fait précis ne venait appuyer cette manière de voir. Scudamore et plus lard Gairdner, Galtier-Boissière, etc., signalèrent l’existence d’une tuméfaction douloureuse du foie au début des accès de goutte. Cette hypérémie hépatique n’ayant été constatée que par un petit nombre d’observateurs, on est en droit de se demander s’il ne s’agissait pas d’un désordre hépatique reconnaissant une tout autre cause, comme par exemple, un excès de table, l’abus prolongé du vin, la présence de calculs, etc. La lithiase biliaire est d’ailleurs un accident qui, comme la gravelle urinaire, a presque toujours été attribué à la goutte, et cela malgré l’absence de preuves démonstratives. L’exa-
1. E. Lancereaux, Leçons de cliniq. méd., années 1819-1891, Paris, 1892, p. 342.
men cadavérique est cependant peu favorable à cette manière de voir, car dans le plus grand nombre des cas de calculs hépatiques où j’ai examiné les articulations, il n’existait aucun dépôt uratique et inversement. Un fait qui, du reste, n’est contesté par personne, c’est que le foie est plutôt diminué qu’augmenté de volume dans le saturnisme chronique ; néanmoins, cette maladie est, comme on le sait, fréquemment accompagnée des lésions articulaires de la goutte.