V. — INFLUENCE DES ORGANES SUR LE FOIE ET RÉCIPROQUEMENT
La solidarité physiologique qui unit les organes entre eux est telle que l’un ne peut être modifié dans sa fonction sans qu’il en résulte un désordre quelconque pour les autres. Le foie est soumis à cette loi générale, et, de même que sa fonction est quelquefois troublée par l’altération d’autres organes, de même les désordres dont il est le siège ne manquent pas de retentir sur la plupart des appareils de l'économie. Les viscères qui font partie de l’appareil digestif sont naturellement ceux qui méritent d’être examinés d’abord à ce point de vue.
Pancréas. — Le pancréas, dont une lésion profonde exerce sur le foie une influence telle que, dans certaines circonstances, elle annihile une de ses principales fonctions, la glycémie, joue ainsi un rôle important dans la pathologie hépatique. A son tour le foie, dont le canal excréteur se réunit au canal pancréatique, parvient quelquefois à troubler le fonctionnement du pancréas, de même que l’épithéliome de la tête du pancréas, par l’obstacle apporté à l’écoulement de la bile dans l’intestin, devient l’occasion d’un désordre hépatique des plus sérieux.
Rate. — La rate, dont le sang se rend au foie, présente avec cette glande des rapports fonctionnels, et ceux-ci indiquent forcément des affinités pathologiques; aussi ces deux organes sontils simultanément affectés, dans bien des cas, tantôt parce que la même cause les a modifiés l’un et l’autre, comme dans le paludisme, la leucémie, la tuberculose, la syphilis, etc., tantôt parce que l’état pathologique du foie a retenti sur celui de la rate. Dans ce dernier fait, cet organe, secondairement altéré, est le siège d’une hypérémie stasique, résultant de la gêne apportée à la circulation porte. La rate est alors plus ou moins fortement tuméfiée et l’augmentation de son volume offre une grande importance pour le déterminisme de la lésion hépatique. Aussi, de même que
LES AFFECTIONS DU FOIE
— ÉTUDE GÉNÉRALE
le diagnostic des affections cardiaques est complété par l’examen du foie, de même celui désaffections de la glande hépatique exige, pour être complet, l'exploration de la rate.
Estomac et intestins. — Emanation de l’appareil digestif, le foie a des affinités d’autant plus intimes avec cet appareil que son principal vaisseau lui apporte tout le sang qui en provient. L’estomac, l’intestin et le foie sont d’ailleurs des organes physiologiquement connexes; aussi n'y a-t-il pas lieu d’être surpris si les désordres des premiers peuvent influencer le dernier et réciproquement. Toute modification un peu profonde de l’estomac ou de l’intestin retentit nécessairement sur le foie, l’observation journalière le démontre. La plupart des gastrites épithéliales (embarras gastrique) s'accompagnent d'ictère, les dyspepsies ont pour effet presque constant un trouble de la sécrétion biliaire, les diarrhées chroniques retentissent tellement sur le foie que, suivant Frerichs, elles seraient le point de départ d’une atrophie de cet organe, les ulcères de l’intestin sont le point de départ d’abcès du foie, et il a été admis une cirrhose par auto-intoxication d'origine intestinale1.
Dans tous ces cas, la propagation du désordre a lieu par continuité de tissus, par l’intermédiaire du système nerveux, et surtout par résorption de produits intestinaux. C'est la veine porte qui, dans ce dernier cas, sert de trait d’union entre les affections du tube digestif et celles du foie, en puisant dans l’intestin des produits de fermentation, tels que des acides butyrique, lactique, benzoïque, des substances chimiques diverses, des microbes, etc., qu’elle transporte ensuite jusque dans le parenchyme de la glande hépatique. Dès l'année 1863, je faisais remarquer, après Budd, que des produits de résorption intestinale, au niveau des ulcères dysentériques et autres, pouvaient être la cause d’abcès hépatiques et j’apportais des preuves à l’appui de cette manière de voir De nombreuses observations ont, depuis lors, mis ce fait hors de toute contestation, bien que l’on ne soit pas toujours d'accord sur la nature de l’agent pathogène qui d’ailleurs n’est pas unique. L'influence exercée par les agents microbiens n’est du reste pas plus nettement déterminée, malgré les travaux de Hanot et Boix2. Indépendamment de la veine porte, le canal cholédoque met le foie en rapport avec l'intestin, et toutes les fois que la hile est retenue ou perd ses propriétés antiseptiques, les voies biliaires et le foie sont exposés à une infection par des bacilles intestinaux.
1 . Emile Boix, le foie des dyspeptiques, thèse inaugurale , Paris, 1893.