‹ Traité des maladies du foie et du pancréasChapitre 30 sur 178 · Moleschott, Arch. f. Physiologie, t. I, p · texte numérisé non relu

Moleschott, Arch. f. Physiologie, t. I, p

enlevé le foie, ont été conduits à admettre que la bile est formée par le foie et n’est que le produit de la sécrétion de cette glande. Ce premier point une fois établi, J ictère est forcément l’effet ou bien d’un obstacle au cours de la bile vers l’intestin ou bien d’une altération des cellules hépatiques. Dans ce dernier cas la bile est résorbée au sein du lobule par les lymphatiques qui, comme l’a montré M. Gillavry, forment une sorte de manchon autour des capillaires sanguins et sont ainsi en rapport avec les travées des cellules hépatiques ; dans le premier cas, au contraire, son absorption s’opère à l’intérieur des voies biliaires, comme cela semble résulter des expériences de Heidenhain qui, après avoir injecté du sulfate d’indigo dans le canal cholédoque d’un chien, vit se produire, au bout de quelques heures, une coloration bleue de la peau, des membranes muqueuses et séreuses de cet animal. Quelle que soit la cause de l’extravasation, la bile passe rapidement dans le sang qui la transporte aux différentes parties du corps, puis, la matière colorante, filtrant à travers les parois des capillaires, est presque aussitôt résorbée par les lymphatiques, ainsi que l’ont montré plusieurs expérimentateurs , et d’ailleurs comme j’ai pu le constater, chez un homme de soixante ans, atteint d’un épithéliome glandulaire du foie où les troncs lymphatiques de la cuisse présentèrent, non pas instantanément, mais progressivement de bas en haut, des tramées linéaires d’un beau jaune, bien avant que la peau ait revêtu cette même coloration t.

Indépendamment de ces deux types ictériques, la plupart des affections du foie se traduisent par une teinte jaune bronzée de la peau qui n’est pas une véritable jaunisse, attendu que les urines ne contiennent point de bilirubine. Cette teinte se remarque dans la plupart des congestions actives et passives du foie, et surtout dans les premières périodes de la cirrhose paludique ; elle n’existe pas au pourtour de la cornée, mais seulement dans les culs-de-sac de la conjonctive. Les urines, d’un jaune rougeâtre, plus ou moins foncées, ne donnent pas, si on vient à les traiter par l’acide nitrique, la teinte verte caractéristique du pigment biliaire, mais, à la limite des deux liquides, apparaît une zone colorée en rouge acajou foncé. C’est l’état désigné par Gubler sous le nom d’ictère hémaphéique, et par d’autres auteurs sous celui d’ictère hématique ou hématogène et attribué à une destruction exagérée des glo-

1. E. La.xcere.vux, De riièpato-adénome, Mém. de la Société de biologie, 1867, p. 181, et Gazette médic. de Paris, 1863, p. 616, 706, 736.

LES AFFECTIONS DU FOIE

ETUDE GENERALE

Imles rouges, avec accumulation de pigment dans le sang. La nature de la substance qui colore ainsi les téguments et les urines est peu connue; ce serait pour Hayem l’urobiline et un pigment rouge brun qui en dérive. Ce résultat est conforme à notre observation, mais, nous sommes en complet désaccord, avec cet auteur, lorsqu’il considère ce prétendu ictère comme étant fonction d’altération des cellules hépatiques, tandis que l’ictère vrai impliquerait l’intégrité de ces mêmes éléments. Dans les cirrhoses paludique et œnolique, en effet, il est commun de constater l’existence de l’hémaphéisme à la période moyenne de leur évolution, alors que les cellules du foie sont peu ou pas altérées, tandis que plus tard, lorsque la matière colorante biliaire existe dans l’urine, les phénomènes de l’insuffisance hépatique, indices d’un désordre profond de ces mêmes cellules, ne tardent pas à apparaître.

L’ictère ne donne lieu à aucune indication thérapeutique spéciale; son traitement dépend des conditions pathogéniques qui président à son développement. Toutefois, il importe de régulariser les fonctions intestinales, troublées par l’arrêt de l’excrétion biliaire, et de chercher à éliminer autant que possible la masse des matières colorantes qui s’accumulent dans le sang, c’est-à-dire de surveiller attentivement la fonction des reins et de l’activer s’il est nécessaire.

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