‹ Traité des maladies du foie et du pancréasChapitre 31 sur 178 · GLYCOSURIE ET GLYCOGÉNIE · texte numérisé non relu

GLYCOSURIE ET GLYCOGÉNIE

L’opinion de quelques auteurs qui n’hésitent pas à attribuer à un désordre hépatique, non seulement le diabète, mais encore la goutte, est certainement erronée; cependant, dans certaines affections avancées du foie, lorsque cet organe ne peut plus emmagasiner et transformer le sucre qu’il reçoit des voies digestives, il arrive que ce sucre le traverse sans être modifié, et arrive par le sang jusqu’aux reins qui l’éliminent. Cette glycosurie pour ainsi dire physiologique est peu abondante, intermittente et subordonnée en grande partie à l’alimentation du malade. Pour la découvrir, il suffit, à l’exemple de Colrat et de Lépine, de faire ingérer une certaine quantité de sucre à des cirrhotiques avancés, d’examiner ensuite l’urine pour y retrouver ce sucre non utilisé par les cellules du foie. Cette donnée n'est pas à négliger, attendu qu’elle peut servir à reconnaître le degré d’altération de certaines affections hépatiques.

Le foie, dont le rôle est de fournir à l’organisme le sucre nécessaire à la nutrition des tissus, devient forcément, lorsqu’il

s’altère, une cause de troubles nutritifs variés. Les auteurs qui, avec Murchison, se sont efforcés d’attribuer à un désordre hépatique certains cas d’obésité, en vertu de la transformation de la matière glycogène en matière grasse, n’ont donné de ce fait aucune démonstration sérieuse, pas plus que ceux qui ont essayé d’y rattacher le diabète gras ou constitutionnel. Par contre, la maigreur, phénomène commun au cours des affections du foie, se montre dans la plupart des lésions qni ont pour effet d’entraver la circulation de la veine porte ou l'excrétion biliaire. Très rapide dans la cirrhose du buveur, du moins à une certaine période où elle n’a d’égale que celle de la tuberculose, elle constitue à bon droit un signe des plus importants. Dans les cas d'obstruction du canal cholédoque, l’émaciation, pour être moindre, finit cependant par devenir considérable et même excessive, comme chez une malade de la ville, observée par moi, pendant plusieurs mois. Cette dame, âgée de soixante-cinq ans, était tellement amaigrie que sa graisse et ses muscles avaient, pour ainsi dire, totalement disparu. Elle se nourrissait de quelques potages et d’un peu de lait; sa faiblesse était arrivée à un tel degré que je m’attendais à la voir succomber d’un instant à l’autre, quand, à la suite d’un purgatif, tenté en dernier ressort, le calcul passa dans l’intestin, le cours de la bile se rétablit, et l’embonpoint ordinaire ne tarda pas à reparaître.

Que l’absence de bile dans l’intestin, en s’opposant à l’absorption des matières grasses et des peptones, contribue à amener l’amaigrissement, la chose est certaine, mais il faut ajouter, depuis les expériences de Wickham Legg sur la ligature du canal cholédoque que, même alors, l’émaciation est encore aidée par le trouble de la fonction glycogénique, qui est pour nous, depuis longtemps, la grande et principale cause des troubles nutritifs observés dans le cours des affections hépatiques.

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