IV. — DÉSORDRES SPLÉNIQUES
Par le simple fait qu’elle déverse tout le sang qui la traverse dans la veine porte, la rate a nécessairement des rapports intimes avec le foie aussi bien dans l’état pathologique que dans l’état physiologique. Toute gêne circulatoire, placée sur le trajet de la veine porte ou de ses branches de division intra-hépatique, est, pour peu qu’elle se prolonge, la cause forcée d’une hypérémie passive de cet organe. Ainsi, toutes les lésions hépatiques qui entravent la circulation de la veine porte gênent fatalement la circulation de la veine splénique et produisent une augmentation de volume de la rate. Celle-ci, absolument passive, aboutit à l’induration et à une diminution de volume, comme dans les affections cardiaques, et de cette façon, elle peut venir en aide au diagnostic de certaines affections hépatiques, aussi l’examen de la rate ne doit-il être négligé dans aucune de ces affections.
Indépendamment de cette modification, la rate, dont la physiologie nous est peu connue, mais qui, pour des raisons importantes, mélange son sang à celui de la veine porte, est fréquemment altérée avec la glande hépatique, et sous l’influence des mêmes causes. Le lymphome, la dégénérescence amyloïde du foie coïncident habituellement avec ces mêmes désordres dans la rate; les hépatites syphilitique et paludique sont toujours accompagnées de lésions concomitantes de ce même organe. Cette coexistence, loin d’être accidentelle, ainsi qu’on pourrait le croire, s’observe, comme j’ai pu le constater, dans la plupart des affections du parenchyme hépatique, au début même de la cirrhose alcoolique, plusieurs années avant l’ascite. Elle ne fait jamais défaut dans les cas où le système lymphatique est en jeu, aussi la rencontrons-nous dans les maladies infectieuses : fièvre jaune, fièvre typhoïde, etc., qui ont, pour caractères généraux, de localiser leurs effets à ce système. Par conséquent, deux ordres de rapports unissent les altérations du foie et celles de la rate : tantôt la lésion hépatique, par l’obstacle qu elle apporte à la circulation de la veine porte, détermine une augmentation de volume de la rate que caractérise une simple stase sanguine; tantôt la lésion splénique, de même nature que la lésion hépatique, se développe sous la même influence et l’une et l’autre varient avec la nature de la maladie principale. Enfin, l’altération du foie et celle de la rate peuvent être absolument indépendantes, comme chez un homme atteint de tuméfaction avec indu-
LES AFFECTIONS DU FOIE
— ÉTUDE GÉNÉRALE
ration de la glande hépatique cl de la rate où je diagnostiquai une cirrhose paludique, d’autant mieux qu’il s’agissait d’un sujet ayant séjourné dans les colonies. Plus tard, m’étant aperçu de l’existence de nodosités fermes et ligneuses au palper de la surface hépatique, je dus changer mon diagnostic. 11 s’agissait, en effet, d’une rate palustre et d’un cancer du duodénum et du foie. Semblable erreur fut encore commise chez un paludique qui, avec une rate volumineuse, présentait un foie tuméfié et ferme à la suite d’une rétention biliaire provoquée par la présence d’un calcul situé à l’extrémité du canal cholédoque. Les faits de ce genre indiquent suffisamment le peu de valeur des statistiques qui chercheraient à établir la fréquence relative de la concomitance des affections de la rate et du foie.