VII. DÉSORDRES RESPIRATOIRES : ASTHME, DYSPNÉE ET TOUX
Ces désordres ont une moindre importance que ceux des appareils digestif et circulatoire, dont la relation avec le foie est beaucoup plus intime que celle des poumons. Les connexions de ces derniers, avec la glande hépatique, ayant pour intermédiaire le système nerveux, c’est surtout par ce système que se produisent, dans le cours des affections hépatiques, les désordres respiratoires dont les principales formes sont : la dyspnée, la toux et quelquefois aussi l’asthme.
La dyspnée qui survient dans le cours des affections du foie est
LES AFFECTIONS DU FOIE
ÉTUDE GÉNÉRALE
variable et consiste tantôt dans une fréquence plus grande des mouvements respiratoires, tantôt dans une respiration irrégulière et saccadée. Ces deux types correspondent d’ordinaire à des lésions hépatiques différentes. Le premier est l’effet habituel de l’augmentation du volume dufoie qui gêne l’abaissement du diaphragme pendant l’inspiration. Cette dyspnée, purement mécanique, se rencontre toutes les fois que l’organe hépatique est notablement augmenté de volume, dans certaines formes de cirrhose et surtout dans les néoplasies et les kystes hydatiques qui ont leur siège à la convexité et au niveau du bord supérieur du foie. Subordonné à l’existence d’une irritation du diaphragme, d’une périhépatite ou d’une péritonite sous-diaphragmatique, le second type est l’effet de la gène du diaphragme et de la douleur concomitante. Ce dernier phénomène est seul en jeu dans la congestion du foie liée à une affection cardiaque, et dans les hépatites.
La toux comme la dyspnée, est l’effet tantôt d’une lésion locale, tantôt d’un acte réflexe dont le point de départ serait dans le foie. De toutes les lésions hépatiques qui peuvent se propager à la plèvre ou aux poumons et engendrer la toux, l’abcès et le kyste hydatique sont les plus fréquentes. La toux est quelquefois peu fatigante, sèche, d’autres fois quinteuse, pénible et suivie d’expectoration. Ce symptôme indépendant d’un désordre pleuropulmonaire, ou toux réflexe, est plus fréquent qu’on ne le croit généralement. Budd1, l’un des premiers, écrit à ce sujet : « L'irritation du foie, comme celle de l’estomac, a pour effet une toux courte, sèche, sympathique, de même que l'irritation de la plupart des viscères abdominaux, peut occasionner des vomissements. » Cette toux a été constatée dans plusieurs affections hépatiques chroniques, et Rendu l’a notée dans un cas d’abcès des pays chauds, avec maigreur excessive et diarrhée, pouvant simuler la phtisie. Plusieurs fois, il m’est arrivé d’observer ce phénomène, et tout dernièrement encore, chez une jeune femme de vingt-quatre ans, atteinte d’un énorme kyste hydatique suppuré du foie. Cette malade avait une toux sèche, bruyante et même un peu quinteuse, jusqu’au moment où on ponctionna son kyste avec un gros trocart ; peu de jours après cette opération, la toux avait définitivement cédé. Dans ce cas et dans celui de Rendu, où la cessation de la toux suivit l’ouverture de l’abcès hépatique dans l’intestin, il y a lieu de se demander si la pression sur le diaphragme et le refoulement de ce muscle n’ont pas été les principales causes de
1. Budd, On diseuses of the Liver , the third édition, London, 1847, 114.
la toux; mais, comme ces causes ne peuvent être invoquées dans d’autres cas, il faut admettre que l’excitation du pneumogastrique hépatique est plutôt le point de départ du réflexe qui produit ce symptôme.
Des accès d’asthme, observés dans le cours de lésions hépatiques, ayant disparu totalement avec ces lésions, on est conduit à supposer que ce syndrome est lui-même subordonné à l’existence d’une affection du foie. Landau rapporte un fait à l’appui de cette manière de voir : celui d’une femme, sujette depuis six ans à de violents accès d’asthme, durant lesquels elle était parfois en imminence d'asphyxie, et qui, à la suite de l’opération qui la débarrassa d’une tumeur hydatique renfermant plusieurs centaines de vésicules de première et de seconde génération, n’eut plus un seul accès. La tumeur occupait le point culminant du lobe gauche du foie, et le doigt introduit dans la poche kystique permettait de sentir les battements du cœur qui avait été fortement refoulé.