‹ Traité des maladies du foie et du pancréasChapitre 51 sur 178 · II. — ATROPHIES DU FOIE · texte numérisé non relu

II. — ATROPHIES DU FOIE

Sous le nom d’atrophie du foie la plupart des auteurs ont décrit des lésions diverses, ayant, pour unique caractère, la diminution de volume de la glande hépatique. Ch. Murchison l’un des premiers chercha à écarter de l’atrophie du foie tout ce qui s’en distingue, et définit ce désordre qu’il appelle atrophie simple : une diminution, dans le volume du foie, indépendante de toute altération dans sa structure.

Cette définition, qui a pour base le volume de la glande entière , n’est pas suffisamment précise, il est préférable de la faire reposer sur la manière d’être des éléments histologiques ou du moins de l’élément principal de laglande hépatique, et dedire que : l’atrophie vraie du foie est la diminution de volume, sans altération de structure, des parties élémentaires de cette glande.

L’âge avancé et l’inanition sont les principales circonstances dans lesquelles on voit survenir l’atrophie simple du foie. Comme tous les organes, cette glande avec l’âge se nourrit moins bien, de telle sorte que ses éléments diminuent de volume et, parfois, s’infiltrent de substances graisseuses, albuminoïdes ou calcaires. Le foie des vieillards est ordinairement pâle, ferme et de petit volume. L’inanition prolongée est une autre cause d’atropbie ou de déchéance hépatique, tenant à ce que, d’une part, le foie ne reçoit plus une somme de substances suffisantes à ses besoins de rénovation, et d’autre part, à ce que sa fonction se trouve ralentie. Il est commun, en effet, de trouver le foie diminué de volume, et, sans altération de structure appréciable, chez les personnes qui ont succombé à un épithéliome de l’œsophage ou du pylore. Murchison rapporte plusieurs cas d’atrophie simple du foie chez des sujets atteints de rétrécissements cancéreux de l’œsophage; les faits de ce genre sont également communs, à la suite du cancer de l’estomac ou même de l’intestin, ainsi que j’ai pu m’en assurer depuis longtemps. Cette atrophie est encore l’effet de causes mécaniques telles que : la compression du foie par un corset trop serré, par des néo-membranes péritonéales, des tumeurs, etc.

La condition pathogénique de ces atrophies est, en somme, l’insuffisance des matériaux de nutrition; mais n’y a-t-il pas d’autres conditions ? Cette question n’est pas résolue, et sans rien pouvoir affirmer, j e suis porté à croire que parfois, l’atrophie, comme l’hypertrophie hépatique, est subordonnée à un désordre nerveux, dont l’action s’exerce sur les vaisseaux plutôt que sur les cellules épithéliales.

L’atrophie du foie est partielle ou totale, suivant les conditions qui président à sa formation. La glande, dans le premier cas, est diminuée de volume sur une partie de son étendue, au niveau de l’un de ses lobes; dans le second cas, elle est de petite dimension, réduite d’un quart, d’un tiers, ou même de plus de la moitié de son poids et de son volume normal. Sa consistance et sa coloration sont conservées, son aspect est lisse à la coupe, et sa teinte uniforme. Vues au microscope, les cellules du foie ont leur structure, mais elles ont perdu de leur volume, et sont manifestement plus petites que dans les conditions normales; il est seulement fâcheux qu’on ait jusqu’ici trop peu cherché leur mesure exacte. Le tissu conjonctif, normal ou légèrement aminci, paraît plutôt épaissi en raison de l’atrophie des cellules, La fonction du foie, quelque peu modifié, est néanmoins suffisante, sans doute

AFFECTIONS DU FOIE

PU LEGMASIES.

parce que les besoins de l’organisme sont moins impérieux ; l’étude des conditions étiologiques de l’atrophie hépatique semble appuyer cette explication.

Le diagnostic de l’atrophie du foie repose principalement sur l’examen physique de cette glande; la constatation d’une diminution manifeste de son volume, sans trouble fonctionnel appréciable, est son critérium le plus absolu. Son pronostic est en général sans gravité, à la condition que la diminution de volume de la glande ne soit pas excessive.

Le traitement doit varier avec la pathogénie de l’atrophie hépatique. 11 consistera, dans les cas de cancer, à alimenter autant que possible les malades, et, lorsqu’il y a pression sur la glande, à combattre, par les moyens connus, la cause de cette pression. On devra s’enquérir enfin de la possibilité d’une influence nerveuse et agir selon l’indication.

De La Harpe (J.), A propos d’un cas d'atrophie du foie. {Bull, de la Soc. méd. de la Suisse romande, Lausanne, 1 8G8 , p. 326.) — Domenico Severi. Le atrofiedel fegato. ( Bivista clinica di Bologna, octobre 1874, et Rev. des sc. méd., 1875, t. Y, p. 90.) — Stiebel. Contribut. à l’étude de l’atrophie simple du foie à la suite de la périhépatite chronique. Thèse de Paris, 1875. — Murchison (Ch.). Leçons cliniques sur les maladies du foie. Trad. de l’angl. par le l)r Jules Cyr. Paris, 1878, p.263. — Poulin. Étude sur les atrophies viscérales consécutives aux inflammations chroniques des séreuses. Thèse de Paris, 1880.

Article II. — Phlegmasies du foie ou Hépatites. — Quelques mots d’historique. — Classification de ces affections.

Les anciens médecins, manquant du contrôle anatomique, ne pouvaient avoir des idées bien nettes sur les phlegmasies hépatiques; aussi, sous le nom d’intlammation, se trouvent décrits des désordres souvent fort divers, et, parmi les faits qui nous sont restés, les seuls auxquels s’attache une valeur réelle sont ceux dans lesquels le foie a présenté de la suppuration ou des abcès. Facilement distincte par ses caractères macroscopiques, l’hépatite suppurative a été reconnue et étudiée par les premiers anatomopathologistes : Bartholin, Baillou, Th. Bonnet, Manget, Valsava, etc., aussi Morgagni a-t-il pu parler sciemment de la manière dont les abcès du foie parviennent à se faire jour, soit dans un organe du voisinage, soit à l’extérieur.

Cependant la dureté du parenchyme hépatique attira également l’attention des premiers observateurs, la preuve en est dans les dénominations de hepàr durum, subdurum, subcultra,

stridens, scirrhus, obstructio hepatis, marasmus hepatis. Les médecins du xvieet duxvne siècle rapportent quelques observations de foie induré, mais ils n’arrivent pas à séparer l’induration simple du cancer de cet organe. Nicolas Tulpius constate, chez des personnes ascitiques, l’existence d’un foie dur, sec, aridum et retorridum , coriace et contracté.

Morgagni, rapprochant des faits recueillis par ses devanciers, ses observations personnelles, distingue, parmi les lésions hépatiques, un foie granulé, mais ce genre d’altération ne fut définitivement accepté que le jour où Laënnec donna à l’induration granulée du foie le nom de cirrhose (^ippoç, roux), et même à ce moment une notion exacte de la nature de cette induration faisait défaut. Plus tard seulement, lorsqu’on fut mieux renseigné sur la texture du foie, on parvint à reconnaître que la cirrhose était constituée par le développement exagéré du tissu conjonctif hépatique, et la plupart des auteurs n’hésitèrent pas à voir, dans cette affection, une inflammation chronique du foie. Ainsi, à côté de l’hépatite suppurée venait se placer un second genre de phlegmasie, Y induration granulée ou cirrhose du foie, caractérisée par l’épaississement du tissu fibreux de cette glande.

Toutefois, dans l’ensemble des faits rapportés parles médecins des derniers siècles, il en est qui se distinguent encore de ceux dont il vient d 'être question : Baillou cite l’observation d’un enfant dequatorze ans qui, le quinzième jour d’une jaunisse, enapparence bénigne, et accompagnée de selles incolores, fut pris de délire, de convulsions et mourut rapidement. Le cerveau fut trouvé sain, mais le foie était altéré. G. Vercelloni cite l’histoire de son frère qui, poursuivi par des créanciers, eut une telle frayeur qu’il devint subitement ictérique, tomba dans l’agitation, le délire et succomba le troisième jour. Morgagni fait mention de deux faits tirés de la pratique de Yalsalva, et relatifs à des jeunes gens qui, devenus ictériques, à la suite d’une émotion, moururent l’un, deux jours, l’autre vingt-quatre heures après le début d’accidents cérébraux. Ces faits restaient ignorés quand, vers le milieu de notre siècle, des observations nouvelles vinrent leur donner de l’actualité, grâce aux connaissances acquises sur la composition histologique du foie et à l’application du microscope à l’étude des lésions pathologiques des organes. Il fut reconnu dès lors qu’il s’agissait d’une affection manifestement distincte des deux précédeutes et qui avait pour siège anatomique les cellules glandulaires du foie.

Cette affection, en raison des phénomènes réactionnels qu’elle

HÉPATITES ÉPITHÉLIALES

détermine, fut également rangée parmi les états inflammatoires, d’où un nouveau genre de phlegmasie qui reçut d’abord le nom d'ictère grave, d'ictère hémorrhagique, d 'atrophie jaune aiguë, puis celui d'hépatite parenchymateuse (Virchow) et celui d’hépatite épithéliale (Lancereaux).

Ainsi se trouvèrent constitués, peu à peu, trois genres distincts de phlegmasies hépatiques, caractérisés : l’un par l’altération de l’élément glandulaire, hépatite épithéliale, l’autre par la présence du pus au sein du stroma conjonctif, hépatite suppurative , le troisième par la multiplication des éléments de ce stroma, hépatite proliférative ou cirrhose hépatique. Ces deux derniers genres ayant pour localisation spéciale le tissu conjonctif, nous avons été conduit à les réunir sous le nom commun (Y hépatites conjonctives, par opposition aux hépatites épithéliales qui ont, pour substratum anatomique, l’épithélium glandulaire.

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