I. LES HÉPATITES SUPPURATIVES
De toutes les hépatites, celles-ci sont le plus anciennement connues. Il en est question dans Hippocrate1, dans Galien2 3, dans Aretée; mais c’est aux xvne et xvme siècles, que les recherches d’anatomo-pathologistes célèbres tels que Bartholin, Baillou, Dodonaeus, Th. Bonnet, Manget, Valsava, ont commencé à apporter quelque peu de lumière dans l’étude des abcès du foie.
Grâce aux travaux de ces auteurs, Morgagni put rassembler un assez grand nombre d’observations, à l’aide desquelles il parvint à faire connaître la route suivie par le pus collecté dans le foie, pour se déverser au dehors. Au commencement de ce siècle, Abercombie, Louis, Andral, etc. publient d’intéressants mémoires sur la suppuration de la glande hépatique, dans nos climats ; mais les publications, les plus importantes sur la matière, sont dues aux médecins qui, comme Bontius, W. Saunders, Annesley, Cambay, Haspel, Ch. Morchead, Dutroulau, Rouis, etc., ont séjourné dans les régions tropicales où les abcès hépatiques sont relativement fréquents. Quelques-uns de ces auteurs ont pu, dans le principe, prendre pour des abcès du foie ce qui n’en était pas, mais les progrès de l'anatomie pathologique ont peu à peu rendu cette erreur impossible, en sorte que l’histoire de ces abcès peut être faite aujourd’hui d’une façon presque définitive.
Étiologie et pathogénie. — Très rares dans quelques contrées, les suppurations hépatiques sont relativement fréquentes dans certaines autres, et ce fait offre un réel intérêt, au point de vue de leur déterminisme étiologique. Peu communes dans les différents pays d’Europe, ces suppurations ne se rencontrent pas moins, d’une façon inaccoutumée, à la suite des épidémies de dysentérie, ainsi que l’ont noté, pour l’Irlande, Abercombie et Cheyne (épidémie de 1818 et 1822), et depuis lors Schmidt11 à Rotterdam, Riegler4 en Turquie, Gluck5 et d’autres
1. Hippocrate. Des affections internes, § 27. Œuvres, édition Littré, Paris, 1851, t. VII, p. 237.
2. Galien. Œuvres anatom. pliilosop., et méd., trad. fr., par Daremberg. Paris, 1856, t. II, p. 619.
3. Schmidt (F. -J. -J.). ( Nederl . Weeckbl. voor Geneesk., Amsterdam, 1854, IV, 257; 269, 279).
4. Riegler. Ueber Leberabcess [Wiener med. Wochenschrift, 1856, n° 46).
5. Gluck. Ueber einbolische Leberabcesse (Inaug. Dissert., Berlin, 1878).
HEPATITES CONJONCTIVES.
encore en Allemagne, Béhier1, Gestin, Berger et moi-môme2 en France.
En Asie Mineure, l'hépatite suppurée accompagne encore la dysenterie (Lombard), et cette affection se voit également en Syrie; Aubert Roche l’a observée chez les riverains de la mer Rouge. En Perse, les abcès hépatiques sont constatés chez les Européens et chez les indigènes (Polak). Très rares au Cachemire, ils se retrouvent dans la région méridionale et maritime de l’Afghanistan et du Beloutchistan, mais les différentes régions de l’Inde sont leurs foyers les plus communs et ceux où ils ont leur maximum d’intensité. Bontius3 4 5 signalait déjà cette fréquence lorsqu’il écrivait : Nullum viscus, præter intestina, frequentius in his regionibus infes. talur, quarn jecur, et depuis lors, les médecins anglais n’ont fait que confirmer cette assertion. Une statistique de la mort par abcès hépatiques, comparée à la mortalité générale, a donné les résultats suivants à Chevers i.
Pour la présidence du Bengale 2,9 p. 100
— — de Bombay ... 3,8 —
de Madras G, 3
Tous les médecins anglais qui ont pratiqué dans l’Inde s'accordent à admettre l’énorme fréquence des suppurations hépatiques, et cette fréquence est également grande à Ceylan où elle sévit sur les soldats européens, de préférence aux troupes indigènes. Pourtant, il nous faut reconnaître sa rareté dans les possessions françaises, notamment à Pondichéry (H.ullet). 11 n’en est pas de même en Cochinchine où, suivant Richaud, l’hépatite suppurée entrerait dans la proportion de 2 p. 100 dans la mortalité générale ’. Cette affection, qui se retrouve au Tonkin6 et en Chine, du moins dans les villes maritimes du Sud et de l’Est, et principalement à Shanghaï, Canton et Hong-Kong, est relativement moins fréquente au Japon; elle règne avec une certaine intensité dans l’archipel indo-malais, prédomine sur le littoral de Java, Sumatra et sur les cotes ouest et sud-ouest de Bornéo. Elle est moins fréquente aux Philippines, aux Carolines et aux Mariannes, rare aux