‹ Traité des maladies du foie et du pancréasChapitre 59 sur 178 · C. — Gangrène et emphysème du foie · texte numérisé non relu

C. — Gangrène et emphysème du foie

Gangrène du foie. — La gangrène du foie ne diffère pas sensiblement, comme genèse, delà suppuration de ce même organe; elle est toujours l’effet, ou bien d’une lésion de voisinage, ou bien du transport par le sang d’un agent spécial provenant d’un foyer gangréneux du poumon ou d’une autre partie du corps. Cependant, les cas de gangrène du foie sont relativement rares; je me souviens d’en avoir vu un seul, et ceux que rapportent les auteurs sont peu nombreux.

Le foie, mou et tuméfié, est le siège, parfois, d’un seul foyer étendu, d’autres fois, et le plus souvent, de foyers multiples, superficiels, grisâtres ou noirâtres, du volume d’une lentille ou d’une olive, et qui laissent échapper à l’incision un liquide sanieux et fétide. Les parois de ces foyers sont ramollies et anfractueuses et le tissu qui les entoure est ordinairement friable, verdâtre dans une étendue de quelques millimètres. Leur contenu renferme des leucocytes, du sang altéré et, en général, des microphytes de plusieurs sortes. Dans un cas intéressant rapporté par Monod, il y avait une association de microbes: le vibrion septique, le streptocoque et le bact.erimn coli , le premier anaérobie, le second mixte et le troisième aérobie. Les cellules hépatiques sont habituellement infiltrées de granulations protéiques et graisseuses. Les troncs de l’artère hépatique et de la veine porte n’ont rien, si on excepte celles qui se sont altérées au contact des germes; les conduits biliaires demeurent intacts. Les organes sont quelque peu modifiés par l’infection, et toujours il existe un foyer initial de gangrène.

Les symptômes propres à ce genre d’altération diffèrent peu

de ceux des suppurations d’origine artérielle. Les malades éprouvent des frissons multiples, et, vers le soir, de la fièvre avec paroxysmes. Le foie est augmenté de volume, douloureux à la percussion; la rate est tuméfiée. La physionomie du malade revêt bientôt un aspect typhique, il survient de l’agitation, du délire, de la prostration, et, le plus souvent, une mort rapide, sans qu’il soit possible d’arrêter les progrès du mal.

Lamarche de cette affection est aiguë, prompte, et sa terminaison pour ainsi dire fatale. Le diagnostic repose sur l’état douloureux et la tuméfaction du foie, l’hypermégalie de la rate, comme aussi sur l’existence de phénomènes généraux ataxo-adynamiques et sur la présence d’un foyer gangréneux dans un des points de l’organisme. Dans quelques cas, il peut être nettement établi : c’est lorsqu’il est possible d’arriver, à l’exemple de Monod, à retirer, à l’aide d’une seringue aspiratrice, des gaz et du pus d’un foyer hépatique. Le pronostic de cette affection est toujours grave.

Le traitement est jusqu’ici resté inefficace; cependant, lorsqu’on voit l’hyposulfite de soude guérir les gangrènes du poumon1, il y a lieu d’espérer qu’on pourra arriver un jour à modifier celles du foie, à l’aide d’un antiseptique qui serait porté à cet organe par la veine porte.

Emphysème du foie. — L’emphysème du foie est caractérisé par la présence de bulles de gaz disséminées sur une plus ou moins grande étendue du parenchyme de cet organe. Il constitue un désordre rare que, pour mon compte, j’ai rencontré seulement deux fois et qu’un petit nombre d’auteurs ont signalé. Il se voit dans l’état puerpéral, à la suite d’accès éclamptiques, circonstance qui, grâce à l’état du sérum du sang, aurait la propriété d’aggraver les infections (Charrin), ou, indépendamment de ces accès, par le fait d’une maladie aiguë d’origine variable, 'érysipèle traumatique, infection biliaire, etc. Il apparaît encore à la fin des fièvres graves : variole, et scarlatine hémorrhagiques, etc.; et, en somme, dans le cours des maladies les plus sérieuses et les plus meurtrières.

Le foie, tuméfié, ordinairement pâle et légèrement décoloré, donne, en différents points, une sensation très nette de crépitation emphysémateuse et un son tympanique à la percussion. Il laisse échapper, à la piqûre, un liquide verdâtre renfermant de nombreuses bulles de gaz (HintzeI, et présente, à la coupe, un aspect spongieux, criblé de petites excavations qui lui donnent quelque peu l’aspect d’un gâteau de miel. La consistance de cet

1. E. Lancereaux, Bulletin de thérapeutique, Paris, 1882, CIII, 433.

HÉPATITES CONJONCTIVES.

organe est molle et sa friabilité très grande; les éléments glandulaires sont altérés et des microbes sont répandus dans le parenchyme. L’ensemencement par Hintze d’un liquide extrait des voies biliaires, dans un cas de lithiase, donna des colonies d’un seul et même microbe qu’un examen complet permit de considérer comme le bacterium coli.

Trois opinions fort différentes ont été données pour expliquer cet état. Selon quelques auteurs, il précéderait l’agonie, causerait la mort et serait l’effet d’une infection suraiguë : tels semblent être les cas rapportés par Hintze, Demolin et Détienne, quoique la présence de gaz hépatiques n’ait pas été diagnostiquée par la percussion, pendant la vie. L’autopsie, faite en hiver, une fois, huit heures seulement après la mort, l’autre fois, trente-trois heures, avec une température de 0°, permet d’éliminer, en effet, toute idée de putréfaction. Cet emphysème, pourd’autres auteurs, survient au moment de l’agonie, qui prédispose, comme on sait, à l’envahissement du foie par les microbes : c’est là, vraisemblablement, le cas le plus habituel. 11 a été considéré, enfin, comme la conséquence d’une prompte et rapide putréfaction, et, de fait, c’est habituellement l’été qu’il a été observé. Telle a été ma manière de voir dans les faits qui ont passé sous mes yeux; mais il me semble, aujourd’hui, que cette opinion est trop exclusive, et je n’hésite pas à admettre que, dans un certain nombre de cas, l’emphysème du foie ne vienne aider à la mort et ne soit le résultat d’une fermentation que ferait naître, vraisemblablement, le vibrion septique, dans l’utérus ou dans le sang. Notons, d’ailleurs, que les cas d’emphysème du foie diffèrent notablement de ceux de la putréfaction cadavérique.

Paletta (J. B.). In his : Exereitationes patliologicae, 4°, Mediolani, 1826, pt. 2, 113-116. — Graves (R. -J.). Mortification of a large portion of the liver. (Dublin J. m. et chem. Sc., 1833, III, 360-363.) — Banks (J. T.). Case of gangrené of the liver. ( Dublin hosp. Gaz., 1856, III, 339-342.) — Monod. Association de microbes aérobies et anaérobies dans un cas de gangrène du foie. ( Société de Biologie, 1 1 mai 1895,354 et Bull. méd.,n° 39.) — Lévi (Ch.). Abcès miliaires gangréneux du foie et de la rate. Gangrène pulmonaire. (S oc. anat. 1896, et Bullet. méd., Paris, 1896, p. 893.)

Guérard. L’emphysème du foie qui coïncide presque constamment avec un emphysème général résultant de la putréfaction cadavérique. (Bull. Soc. anat. de Paris, 1832, vii, 25.) — Piorry. Foie contenant une grande quantité d’air, observé chez un variolé qui ne présentait en rien les caractères de la putréfaction. (Gaz. d. hôpitaux, Paris, 1851, 3 s., iii, 93.) — Demelin et Létienne. Sur la production du gaz dans certains viscères, en particulier le foie, au cours d’une affection généralisée . (Bull, de la Soc. anat., Paris, 1893, p. 581.) — Pilliet. Foie gazeux. (Ibid., Paris, 1894, p. 618.) — Hintze. De la formation de gaz dans le foie au cours de la cholèlithiase. (Münch. med. Wochenschrift., 1895, n° 10 et Journ. des Conn. mcd., Paris, 1896, p. 9.)

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