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II. — LES HÉPATITES PROLIFÉRATIVES OU SCLÉREUSES

(cirrhoses hépatiques)

Quelques mots d’historique. — Caractères généraux et classification étiologique de ce s affections.

Généralement désignées sous le nom de scléroses ou cirrhoses du foie, ces hépatites présentent, ainsi que beaucoup d’autres affections, trois phases historiques successives : une phase anatomique, une phase histologique, et une phase étiologique.

La phase anatomique remonte à une haute antiquité, car il parait que Hippocrate et Galien ne méconnaissaient pas entièrement l’induration hépatique et l’hydropisie qui l’accompagne chez les buveurs. L’école de Salerne croyait également à l’action du vin sur le foie, du moins, si on en juge par le passage ci-joint de son plus ancien commentateur, Arnaud de Villeneuve1; Fernel, puis Vesale font également mention de l’induration et de l’atrophie du foie chez les ivrognes; Morgagni et, plus lard, Bichat insistent sur les granulations que présente cet organe et le rôle qui leur revient dans la production de l’épanchement abdominal.

R. Bright, en 1827, rapporte plusieurs faits d’induration hépatique et agrandit le cadre de cette affection, en indiquant la plupart des désordres qui l’accompagnent., comme l’hypertrophie de la rate, l’épaississement de l’intestin, l’entérorrhagie, etc. Il admet que la cause de l’ascite doit être recherchée dans le processus hépatique dont il avoue ne pouvoir préciser la nature.

Laënnec '2 met en relief les traits essentiels de l’aspect extérieur de cette induration qu’il considère comme une production hétérogène et néoplasique, et, pour la distinguer du squirrhe, il lui donne le nom de cirrhose , à cause de sa couleur. Quant à l’étiologie, il ne s’en occupe pas, ce qui n’a pas empêché de donner à la cirrhose alcoolique et atrophique le nom de cirrhose de Laënnec.

La seconde phase historique de la cirrhose, commence peu après la naissance de l’histologie ; ce sont, en réalité, les recherches de Kiernan (1833) sur la structure du foie qui permirent de se rendre compte du siège élémentaire de cette affection. L’auteur anglais, après avoir démontré l’existence du tissu cellulaire (con-

1. « Frequens enim ebrietas inducit sex incommoda in corpore taunano quorum... primum est corruptio complexionis hepatis, quia vinum superflue Libitum ad hepar venit... unde hepar amittat virtutem sanguificam et loco sanguinis générât aquositates efficientes hydropises. . . » Citation de Françon, Thèse, Lyon, 1888 :

2. Laennec, Traité de l’auscultation, édit, delà Faculté. Paris, p. 595.

HÉPATITES CONJONCTIVES.

jonctif) autour et dans l’intérieur du lobule hépatique, attribue le processus cirrbotique à l’hypertrophie (hyperplasie) de cette trame conjonctive. Cette opinion fut reprise et développée, plus tard, par un grand nombre d’auteurs, principalement par Carswcll 1 en Angleterre; Hallmann2, Rokitansky en Allemagne, Gubler et d’autres encore en France; ainsi se trouva fixé le siège histologique en même temps que la nature inflammatoire de la cirrhose.

Des observations plus minutieuses n'ont fait que confirmer ces recherches, aussi, à partir de ce moment, il ne restait, pour compléter nos connaissances sur la cirrhose, qu’à préciser les conditions étiologiques de cette affection, et à les prendre pour base de classification, si elles correspondaient à des localisations pathologiques et à des modes d évolution différents.

Les recherches anatomo-pathologiques, auxquelles je me livrai dès le début de mes études médicales, me conduisirent bientôt à penser que tel devait être le progrès. Aussi, dès l’année 1859, alors que j’étais interne àl’Hôtel-Dieu, plusieurs de mes camarades m’ayant demandé de faire une conférence sur le traitement de la cirrhose, je me trouvai fort embarrassé, attendu qu’il m’était impossible d’envisager cette affection, jusque-là maladie univoque, autrement que comme la localisation anatomique de maladies diverses, ayant chacune des indications thérapeutiques spéciales.

Cette idée, considérée comme un peu risquée par mes collègues, était nettement arrêtée dans mon esprit, et, quelques années plus tard (1864), étant chef de clinique de la Faculté, dans le même hôpital, je m’appliquai à déterminer les caractères des cirrhoses et à les classer d’après la connaissance de leurs causes, et j’arrivai, ainsi, à admettre l’existence de trois espèces de cirrhose, ayant chacune des caractères anatomiques et histologiques propres et une évolution particulière. Ces caractères ont été nettement établis avec dessins à l’appui, dans notre Traité de la syphilis, Paris, 1866, et dans notr a Atlas d’anatomie pathologique, Paris, 1871, où la cirrhose est divisée, d’après ses causes, en espèces distinctes : cirrhose alcoolique , cirrhose paludique et cirrhose syphilitique.

Une quatrième espèce, produite par l’action sur le foie des poussières charbonneuses absorbées dans l’intestin, y est, en outre, admise. La présence de particules de charbon rencontrées dans l’intestin et dans le parenchyme hépatique fut la raison qui me parut militer en faveur de cette opinion, en même temps

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